«Fleurs de funérailles»: les poètes belges écrivent pour les morts

«Fleurs de funérailles»: les poètes belges écrivent pour les morts

Réunis par Carl Norac, le poète national que la Belgique s’est choisi pour les années 2020 et 2021, près d’une centaine de poètes du nord et du sud du pays s’allient depuis jeudi passé afin d’écrire et de dédier des poèmes funéraires à la mémoire de femmes et d’hommes décédés ces derniers jours - et pas que du coronavirus. Confinement strict oblige, toutes et tous ont été enterrés de façon expéditive, le plus souvent sans rite ni cérémonie, au mieux en présence d’une assemblée extrêmement clairsemée.

Bouleversés par la réalité de ces adieux souvent muets, toujours distants et privés d’embrassades, les poètes du pays ont tâché de puiser dans leurs mots de quoi mettre un peu de baume sur le cœur des endeuillés.

Le nom de cette opération, historique sur le plan littéraire et remarquable du point de vue de la dignité humaine : « Fleurs de funérailles ». Le résultat tient en quelques dizaines de textes. A leur lecture, on sent que nos poètes, défiés par l’importance de l’événement, donnent le meilleur d’eux-mêmes, élaguent, taillent dans l’artifice, vont à l’essentiel. Il y a quelques miracles de textes, empreints d’émotions diverses, parfois de colère, souvent d’espérance (on dirait des prières... fussent-elles païennes), toujours d’empathie profonde.

Oh, certes, ce ne sont que quelques mots. Que quelques vers. Et d’ailleurs, que peut un poème face à l’inéluctable ? Alors oui, cela ne pèse pas grand-chose. Cela ne nous rendra pas nos chers disparus. Mais si ce n’est pas grande chose, ce n’est pourtant pas tout à fait rien. Pour preuve : depuis le lancement de cette initiative bénévole, quelques familles de victimes ont fait appel aux poètes belges, via la Maison de la poésie de Namur, Les Midis de la poésie (Bruxelles) et VONK & Zonen (Anvers).

La plupart des poèmes sont par ailleurs accessibles sur le site du poète national.

Caroline Lamarche  : «  Poème pour ne pas partir seul  »

On naît entouré, mais peu,

deux ou trois personnes suffisent

pour vous aider à faire le chemin

vers la lumière, le cri.

On meurt entouré, mais peu,

deux ou trois proches suffisent

pour vous aider à faire le chemin

vers le silence, l’ombre.

C’est un temps d’exception

celui où l’adieu ressemble à l’arrivée

sans que l’on puisse s’étreindre.

C’est une saison d’exception

celle où le printemps ressemble au printemps

sans garnir de fleurs le lit, la chambre, la tombe.

Sans fleurs, sans gestes, tu pars

dans un linceul d’air et de vide.

Seuls les bourgeons tendrement dépliés

te célèbrent, têtus et pleins d’espoir.

Le jour viendra où, grandis, sauvés

de la menace du froid

ils mêleront leurs gestes fleuris

leurs caresses de vent

leurs semences pour demain.

Le jour viendra où ils échangeront

leurs souvenirs du temps où il fallait

s’aimer sans mains

se toucher avec les yeux.

Le jour viendra où nous aussi

avec nos bras comme des branches

nos cœurs comme de l’aubier tendre

nos mains comme des feuilles palpitantes

nous nous toucherons,

nous nous embrasserons

nombreux

frémissants

enfin serrés autour de toi.

Les autres poèmes.

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    3 Contributions

    • Les funérailles par les temps qui courent sont déjà extrêmement pénibles pour la famille, mais quand en plus le gestionnaire du cimetière (cas vécu ce matin) se trompe de tombe et qu'il faut reporter la mise en terre définitive, c'est d'autant plus pénible ...

    • Chiant !

    • vous avez sans doute fait des réserves de papier de toilette pour vous aider à ne pas comprendre un poème?