«Fleurs de funérailles»: Paul Demets

«Fleurs de funérailles»: Paul Demets

Paul Demets  : «  Re-respire (pour R.) »

Comme des poissons dans leur bocal nous tournons en rond

dans la pièce. Les jours glissent sur notre peau.

Jours dont on ne sait que faire.

Jours de désir de lointain, jours hâtifs comme des voix d’enfants

fleurant l’herbe culbutants nous immergeant

dans tout ce bleu qui jamais ne fut d’une plus étrange clarté.

Nous nous cachons dans des gants,

respectons la consigne des chariots. Touchons

le moins possible nos visages.

Nos mains se languissent de peau

et de laver. Car l’eau est respiration.

Les rideaux comme des cannes immobiles pendent au soleil.

Nous quittons la pièce, revenons vite.

Le chat nous fixe d’un œil innocent.

Quelque chose brille et frétille hors du bocal.

Re-respire, crions-nous, re-respire. Mais pantelant

ça se tortille, arqué. Toute la pièce

s’enroule autour de toi, tour sur tour.

Lundi 30 mars 2020, R. est morte à Gand. Elle avait tout juste 12 ans, ce qui fait d’elle une des plus jeunes victimes connues du Covid-19 au monde.

Traduction du néerlandais par Kim Andringa

Réunis par Carl Norac, le poète national belge, près d’une centaine de poètes du nord et du sud du pays s’allient depuis jeudi passé afin d’écrire et de dédier des poèmes funéraires à la mémoire de femmes et d’hommes disparus ces derniers jours (pas que du coronavirus), enterré(e)s de façon expéditive, le plus souvent sans rite ni cérémonie. Le nom de cette opération, historique sur le plan littéraire, remarquable du point de vue de la dignité humaine ? « Fleurs de funérailles ».

Quelques familles de victimes, depuis le lancement de cette opération bénévole, ont fait appel aux poètes, via la Maison de la poésie de Namur, Les Midis de la poésie (Bruxelles) et VONK en zonen (Anvers).

La plupart des poèmes sont par ailleurs accessibles sur le site du poète national.

Les autres poèmes.

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