Immunité collective, tester la population pour sortir du confinement… «Le Soir» répond à vos questions

Il existe plusieurs gammes de tests de dépistage du coronavirus.
Il existe plusieurs gammes de tests de dépistage du coronavirus. - Reuters / François Lenoir.

Sortir du confinement généralisé ne se fera pas tout de suite. Et pas brutalement du jour au lendemain. Pour pouvoir l’envisager, il faut imaginer une issue évitant une seconde vague de contamination.

Comment sortir de ce confinement ? Peut-être grâce à un vaccin qui endiguerait l’épidémie. Mais les recherches puis les tests cliniques prennent du temps. Il faudra plus d’un an avant d’en bénéficier. Par l’immunité acquise naturellement par la population, en attendant ? C’est une question qui revient régulièrement dans vos commentaires. La piste de sortir progressivement du confinement les personnes immunisées souffre de plusieurs écueils et de quelques questions sans réponses à ce stade.

Vos questions

1. Le confinement pour tout le monde est-il la bonne solution ? Dans l’espace commentaire du précédent article consacré aux réponses à vos questions, Thierry V. trouve « dommage que nous ne puissions connaître le pourcentage de Belges infectés par le virus ». Il poursuit sa réflexion : « Si moins de 60 % l’ont été, le confinement peut se justifier, dans le cas contraire, le remède (le confinement) est bien pire que le mal. Si seulement le confinement était appliqué aux personnes à risque, comme l’ont fait les pays qui ont déjà l’épidémie derrière eux… »

2. Pourquoi ne pas tester la population pour sortir du confinement ? Dans le même ordre d’idées, Adrien P. se demande « pourquoi ne pas envisager un test sérologique à grande échelle et pouvoir “déconfiner” les personnes immunisées, ce qui permettrait une reprise du travail ? »

Ce que disent les scientifiques

Pour l’épidémiologiste Simon Dellicour (ULB), cité dans Le Soir du 7 avril, quatre pistes se dégagent pour protéger la population du risque de contamination : « Un, la mise au point de traitements thérapeutiques efficaces permettrait de mieux traiter les patients hospitalisés et donc de diminuer le taux de mortalité mais aussi la saturation des hôpitaux. Deux, la capacité accrue de tests de dépistage, qui amènerait à un confinement ciblé des personnes infectées ou à déterminer qui est immunisé contre le virus. Trois, un traçage des personnes avec lesquelles elles ont été en contact via les smartphones, pour les avertir également. Mais cela charrie des questions éthiques (…). Quatre, il faudra régler la question des frontières, pour éviter que le virus ne revienne comme c’est le cas actuellement en Asie. »

La question d’un vaccin pour protéger la population est évidemment pertinente. Les labos du monde entier y travaillent. Ils sont d’ailleurs en rude concurrence. Mais aucun laboratoire ne pourra proposer un vaccin disponible pour l’ensemble des personnes avant le milieu de l’année 2021.

Nos réponses à vos questions

1. Réponse à Thierry V. : On ne connaît effectivement pas le taux de la population belge ayant été ou étant toujours infectée par le Covid-19. Et pour cause : on ne teste pas massivement la population, qui est pour le moment invitée à rester le plus possible chez elle afin de contenir la propagation du virus.

Selon une estimation du virologue Marc Van Ranst, partagée le 27 mars, 10 % des Belges auraient le coronavirus « sans même le savoir ». Cette proportion est peut-être un peu supérieure à ce jour, mais nous sommes loin des 60 % de la population que vous évoquez (et heureusement, sinon le taux d’hospitalisation serait bien supérieur).

Pourquoi ce chiffre de 60 % ? « D’après les spécialistes, un taux d’immunité collective de 60 % serait suffisant pour diminuer le risque de contagion », écrivait Le Soir récemment. « Les personnes qui ont été malades – ainsi que les porteurs sains qui n’ont pas développé de symptômes – ont en effet fabriqué des anticorps qui les protègent contre le virus. »

Mais attention ! On ne connaît pas encore bien les ressorts de cette « immunité » qui signifierait, si elle devient « collective », la disparition progressive du virus (si les personnes infectées contaminent moins de une personne en moyenne, le virus finit par disparaître. Même avec les mesures de confinement, ce stade n’est pas atteint).

Une étude menée sur des macaques a montré qu’une fois infectés par le Sars-Cov2, ils produisent des anticorps pour lui résister. Ils développent donc une immunité contre le virus. Mais combien de temps dure cette immunité ? Les scientifiques l’ignorent encore.

La plupart des gens infectés par le Sars-Cov1 (une précédente forme de coronavirus) développaient une immunité de huit à dix ans, tandis qu’avec le syndrome respiratoire du Moyen-Orient (Mers), leur immunité était plus courte. Selon le Dr  Menachery, virologue à l’Université du Texas, pour le nouveau coronavirus, l’immunité devrait durer un à deux ans. Au-delà, difficile à dire. Selon Florian Krammer, microbiologiste à l’institut Mount Sinai (New York), même si la protection est de courte durée et qu’il y a réinfection, elle serait moins grave, parce qu’un sous-ensemble de cellules garde la mémoire immunitaire pour réactiver une réponse efficace.

La voie de sortie de la pandémie par « l’immunité collective » a été privilégiée au début de la crise en Europe par le Royaume-Uni et les Pays-Bas. Ces deux pays sont largement revenus sur leur choix, devant le risque d’une catastrophe sanitaire sans précédent. Aujourd’hui, seule la Suède poursuit cette stratégie sur notre continent.

C’est donc le choix du confinement et des mesures de distanciation sociale qui prévalent pour limiter les risques sanitaires : un trop grand nombre de décès et une surcharge de nos capacités hospitalières.

Dans la mesure où bien moins de 60 % des Belges pour l’instant ont déjà contracté la maladie (donc potentiellement développé une immunité), ces mesures de confinement apparaissent comme le moindre mal. « C’est bien la mobilisation collective sans précédent qui évite un bilan beaucoup, beaucoup plus lourd », écrit sur Twitter ce jeudi Marius Gilbert, expert au sein du groupe « Déconfinement » constitué par le gouvernement. La Belgique compte déjà jeudi plus de 2.500 morts à cause du Covid-19.

Vous avez bien raison de souligner dans votre commentaire la nécessité de s’interroger dès maintenant sur une sortie de crise. En attendant un hypothétique vaccin, le moyen le plus rapide et efficace de savoir si on a développé des anticorps (puisque les personnes infectées peuvent être asymptomatiques), serait d’effectuer des tests. Massivement. Tester la population pour envisager un retour progressif à la normale et protéger les individus non immunisés.

2. Réponse à Adrien P. : Il existe plusieurs gammes de tests de dépistage du Covid-19.

D’abord, les tests « en 15 minutes ». Ils sont notamment développés par un laboratoire de Gembloux chez nous : il s’agit de prélever un échantillon naso-pharyngé sur une tigette qui est ensuite plongée dans une solution. Le résultat est positif ou négatif, un peu comme un test de grossesse. Avantage : sa rapidité et son coût. Désavantages : sa marge d’erreur assez importante. Le test est sûr à 100 % pour les cas détectés positifs, mais il manque environ 30 % des personnes infectées. Le virus s’attaque d’abord aux voies respiratoires supérieures puis descend vers les bronches. Ce qui pourrait expliquer les 30 % symptomatiques mais testés négatifs.

On dispose aussi de tests PCR. Là aussi, on effectue un prélèvement nasal. On envoie ensuite l’échantillon en laboratoire. Avantage : une marge d’erreur assez faible. Désavantages : il prend plusieurs heures, ne peut être effectué qu’en laboratoire et pour un nombre limité de personnes.

Il existe aussi des tests sérologiques, que vous évoquez dans votre question. Ce sont des tests qui déterminent la présence d’anticorps dans le sérum sanguin. Encore faudrit-il qu’ils soient stables et fiables, ce qui n’est pas encore acquis pour le moment. Le risque serait de lâcher dans la nature des « faux négatifs ». Il faut donc absolument des tests qui obtiennent l’aval des autorités compétentes.

Les laboratoires, universités et hôpitaux travaillent activement, avec le gouvernement, pour multiplier nos moyens de tester les Belges. Les premières capacités libérées sont réservées à un public à risque : les pensionnaires des maisons de repos.

Mais tester une grande partie de la population pour organiser un « déconfinement » progressif des personnes immunisées est bien la stratégie privilégiée par les scientifiques. Encore faut-il augmenter drastiquement nos capacités de testing.

« Le Soir » continue de vous accompagner dans cette crise liée à la pandémie de Covid-19. N’hésitez pas à poser toutes vos questions via le bouton « commentaires » ci-dessous. Chaque jour, nous publierons des réponses à une série d’interrogations : confinement, virus, mesures sociales, solidarités… Continuez à nous solliciter.

Cet article réservé aux abonnés
est en accès libre sur Le Soir+
Chargement
A la une
Tous

En direct

Le direct

     

    Cet article réservé aux abonnés est exceptionnellement en accès libre

    Abonnez-vous maintenant et accédez à l'ensemble des contenus numériques du Soir : les articles exclusifs, les dossiers, les archives, le journal numérique...

    7,5€/mois
    pendant 6 mois
    J'en profite
    Déjà abonné?Je me connecte
    Aussi en Société