«Les crises comme révélateur de la nécessité des services publics…»

«Les crises comme révélateur de la nécessité des services publics…»

Symbole d’une gestion étatique juste et équitable envers les citoyens, les services publics sont mis à mal depuis plus de 40 ans. Le néo-libéralisme a cherché à remettre en cause tout ce qui était institutionnalisé* depuis le pacte social d’après-guerre.

Après avoir reçu les coups de boutoir des années 80 (Reagan, Thatcher, Martens…), les assauts des années 90 et de la création européenne sur fond de marché unique et de libéralisation, les précédents gouvernements n’ont eu de cesse de diminuer les moyens alloués aux institutions de l’État.

À chaque crise, c’est vers l’État que l’on se tournait pour résoudre les problèmes, atténuer les effets, sauver la société en péril. En 2008, n’est-ce pas les deniers publics qui ont été utilisés pour sauver les banques ?

La logique libérale était bien claire dans ses pratiques : individualiser les profits, socialiser les pertes…

Sous couvert de réduction des déficits publics ou encore d’harmonisation des pratiques, on a organisé la déliquescence des instruments de l’État.

On y a également injecté, au travers de diverses réformes, nombre de pseudos nouvelles formes d’organisation du travail venues du secteur privé. La pression au travail s’est accrue, la « lenteur administrative » a fait place à une rapidité qui a sacrifié la qualité sur l’autel de la quantité, le travail s’est précarisé et, dans les conseils d’administration, l’enrichissement personnel a souvent pris le pas sur le service de l’intérêt général.

La crise que nous vivons actuellement, comme les précédentes, nous révèle l’importance d’une collectivisation des réactions. La plupart des pays qui ont dans un premier temps prôné l’immunisation collective, la logique individuelle, ont fait marche arrière ou se préparent à vivre une catastrophe sanitaire sans précédent. La logique du marché appliquée au matériel de soin est une honte que l’Histoire jugera. L’augmentation du prix des masques de protection dans un contexte de crise sanitaire ne devrait pas être permise. La délocalisation dans un contexte de mondialisation de l’économie capitaliste ne nous permet pas de produire et de disposer du matériel indispensable à la santé des citoyens. Tout cela pour des questions de profit !

Le service public c’est l’inverse de cela ! Il a pour mission de servir l’intérêt général, l’intérêt de tous. Il ne recherche pas le profit mais offrir à tous les mêmes services. Il est un modèle de société solidaire car il redistribue l’impôt sous forme de service à la population.

Aujourd’hui, notre modèle belge tient le coup vaille que vaille. Mais imaginez un instant quel aurait pu être la réaction de l’État si on n’avait pas désinvesti dans les services publics ?

La crise que nous vivons est une catastrophe sans nom. Mais le déconfinement et l’après crise vont constituer une opportunité de changement qu’il ne faudra pas laisser passer.

Nous avons l’occasion de rebâtir une société refondée sur les services publics, avec une économie dont la redistribution des richesses serait centrée sur l’intérêt général et pas l’intérêt de quelques-uns. Notre modèle est un échec : les inégalités s’accroissent, nous produisons davantage de richesses mais elles profitent à quelques-uns au détriment du plus grand nombre, on individualise les droits, on crée une société à deux vitesses où le chacun pour soi prévaut.

Il nous faut des services publics plus forts, plus justes pour pouvoir rendre un service de qualité.

Alors nous pourrions inverser la logique d’Adam Smith ou de Marshall, en considérant que les services publics sont a priori plus efficaces que le marché ! C’est finalement au marché de démontrer, en cas de « défaillance de l’intervention publique** » qu’il fera mieux que l’État. Le système économique actuel marchande tout ce qu’il peut : la faune, la flore, la santé des travailleurs… Ce système se veut corne d’abondance pour une minorité jamais rassasiée. Et à la fin, c’est l’intérêt général qui sera frappé par cet amassage de richesses intempestives.

Il devient impératif de bâtir le monde de demain. Ce Momentum nous devons le saisir car il serait inacceptable que nous retournions, une fois la crise passée, au business as usual

* J. Moden, J. Sloover, Le patronat belge : discours et idéologie 1973-1980, CRISP, Bruxelles, 1980. ** GALBRAITH JK, La science économique et l’intérêt général, Gallimard, 1974, traduit par J-L. CREMIEUX-BRILHAC et M. LE NAN de Economics and the Public Purpose, Houghton Mifflin, 1973.

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