«Covid-19: l’humanité enfin réunie autour d’une cause commune?»

«Covid-19: l’humanité enfin réunie autour d’une cause commune?»

Psychologue de formation, je rencontre chaque jour des patients épuisés, déprimés mais avant tout, pressés. Épuisement professionnel, couple en détresse, difficultés parentales, rupture du lien familial : manque de temps pour soi et manque de temps pour les autres.

Aujourd’hui, le Covid-19 rebat les cartes. Mais là où chacun prévoyait des altercations sévères en zone de confinement, on constate pourtant un étrange apaisement. Certaines familles semblent avoir pris de nouvelles marques : face à des parents présents, certains enfants et adolescents se montrent aussi plus collaborants. Chacun de nous a retrouvé du temps, du temps précieux. Le temps d’être ensemble, le temps de se parler, de s’écouter, de partager, de se redécouvrir. Le temps des embouteillages, le temps minuté et stressant du matin, le temps trop court en soirée et la sacro-sainte organisation du dîner, du bain, du coucher.

Les familles ont sorti les jeux de société, les plus petits sont aidés des aînés : chacun prend enfin conscience qu’il s’agit là d’un fragile équilibre qui pourrait lui être enlevé. « Être ensemble » est devenu une chance qui n’est plus assurée et à ce titre, elle doit être conscientisée et préservée.

D’autre part, chacun prend connaissance d’une réalité inédite : à l’instant T, il n’existe plus aucune « safe-place ». Il n’est plus question de guerre, de terrorisme, de conflits géopolitiques ou même d’épidémies endémiques dans des contrées éloignées, le virus du Covid-19 s’est sournoisement propagé et installé sur le Globe.

Et enfin, chacun peut comprendre. Ailleurs, d’autres survivent et cherchent à améliorer ce postulat, sortir de l’hypervigilance, récupérer du contrôle sur leur vie et échapper à l’incertitude. L’Occident devient le mauvais élève et ses occupants des parias. Notre laxisme des premiers temps démontre une fois de plus notre pseudo-certitude que « rien ne pourra jamais nous arriver ».

Mais face à l’adversité, l’humain dévoile encore ses ressources et se rapproche enfin de l’essentiel. En effet, l’heure est à l’entraide. Partout, les réseaux s’inondent de messages positifs, de mouvements de soutien et d’initiatives solidaires. L’individualisme confronté à l’isolement forcé donne naissance à un nouvel élément. La pression du temps s’est inversée, transformée. La patience a remplacé l’agitation. Les voisins proposent leur aide, les inconnus se disent bonjour lors des balades quotidiennes, les plus jeunes se préoccupent de leurs aînés, les mieux lotis s’inquiètent des moins chanceux. Chacun prend conscience de son interdépendance.

De fait, l’humain se réfère aux autres pour juger de son propre comportement, ce qu’on appelle la norme sociale. Ainsi, cette norme de comportement nous montre à quel point il est important d’être l’exemple de son voisin. Encore et toujours, incarner le changement qu’on souhaite voir s’opérer.

De même, une nouvelle norme de jugement apparaît : l’ordre des métiers a changé, les héros enfin reconnus. Ces derniers nous rappellent qu’ils vivent une réalité parallèle à la nôtre. Qu’ils fassent partie du corps médical ou non, les travailleurs de première ligne risquent chaque jour leur santé et par extension celle de leurs proches. De longues journées mêlant doutes et dévouement.

A chacun de vous, dont les limites ont été transgressées depuis longtemps, restez proches de vos familles, de vos amis, communiquez, échangez, continuez de vous imprégner des petites victoires. Des lueurs dans la pénombre.

Nous voilà tous réunis autour d’une cause commune : faire reculer la maladie. Se recentrer sur l’essentiel, soutenir par les mots, aider par le confinement, aimer par l’éloignement.

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