Carte blanche: un samedi 11 avril au coeur du Corona Lockdown à Anderlecht

Carte blanche: un samedi 11 avril au coeur du Corona Lockdown à Anderlecht

Deux des enfants, mon homme et moi partons faire une promenade à vélo. Nous laissons le nettoyage de la maison en plan et nous partons de Molenbeek, le quartier où nous habitons. Le but de la promenade est d'aller voir les cerisiers du Japon en fleur à Boistfort.

Du bas de la ville vers le haut, des quartiers pauvres vers le Bruxelles des riches.

C'est agréable de rouler à vélo dans ces quartiers privilégiés. C'est plus tranquille. Les gens sont à l'aise dans leur grande maison, dont beaucoup ont un jardin. Il y a donc moins de gens dans les rues et il est tout à fait possible de respecter les mesures de distanciation sociale.

Mais à Molenbeek et dans d'autres quartiers moins favorisés de Bruxelles, c'est une tout autre réalité: la distance sociale imposée d'un mètre et demi est presqu’impossible à tenir. Les trottoirs sont étroits, dans des rues étroites. Il y a tellement de gens qui y habitent, que la distanciation sociale tient lieu d'une invention surréaliste belge. Les plaines de jeu, comme partout en Belgique, sont fermées avec des scellés. Les enfants vivent avec leur famille dans de petits appartements, souvent même sans un petit balcon, et n'ont nulle part où aller. Ils deviennent dingues. Et leurs parents aussi.

Nous longeons le nouveau parc à la Porte de Ninove, où la plaine de jeu est, bien entendu, fermée. Nous continuons en direction de la gare du Midi et c'est là que la scène se porduit. Nous sommes Porte d'Anderlecht, à l'entrée du quartier de Cureghem, l'un des plus pauvres et les plus difficiles de Bruxelles. Il y a plein de combis de police et d'autres dépassent en trombe. A première vue, la situation semble incontrôlable, inquiétante, dangereuse. Nous pouvons passer mais le Monsieur noir de peau qui se promène à côté de nous se fait contrôler. Evidement. Un hélicoptère survole nos têtes. Nous filons comme l'éclair, mais cette image menaçante me hantera toute la journée.

Alors que nous déambulons à vélo dans les magnifiques quartiers chics de Bruxelles, où les glaces sont délicieuses, où promeneurs et cyclistes détendus croisent des arbres centenaires, nous apprenons les émeutes en cours à Cureghem. Et leur raison: vendredi soir, un jeune garçon est mort. Adil fuyait un contrôle de police. Et ce, dans un quartier plus que sous pression avec le lockdown. Pensez à la pauvreté, au chômage, aux petits logements insalubres, et vous comprendrez ce que je veux dire. Adil roulait sur son scooter, apparemment sans raison urgente, mais peut-être ne pouvait-il pas payer l'amende de 250 €. Ou peut-être en avait-il marre de s'être fait tellement contrôler, qu'il n'avait pas envie de l'être une fois de plus. Qui pourra le dire? Je lis que c'était un chouette garçon, qui faisait du travail de bénévolat dans son quartier et qui aimait bricoler son scooter lui-même.

Il ne fallait pas de boule de cristal pour prédire ces émeutes. Juste avant d'enfourcher mon vélo, je lisais le journal, De Standaard . Il y avait un reportage dans le supplément Magazine avec des photos d'une famille pendant le lockdown. Le tout était très joli: un beau jardin, un brasero, une vue sur les champs… presqu’idyllique. Mais que dire du contraste avec ce qui se passe et se vit ici dans notre quartier derrière les murs, sans jardin ni brasero.

Non, le Corona lockdown n'est pas pour tous une période de pause, d'introspection et de développement personnel. Pour beaucoup de gens, ce lockdown est un véritable enfer. J'espère que nous, et aussi nos dirigeants, de temps en temps, penserons à ces gens. Je sais que c'est difficile. Ils sont peu visibles et maintenant, plus que jamais, cloîtrés entre quatres murs. Alors que j'écris, vrombit un hélicotère au-dessus de Cureghem. Je vous le demande: n'oubliez pas ces gens.

Traduction de Hélène Robbe

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