«La culture est aussi un bien de première nécessité»

«La culture est aussi un bien de première nécessité»

L’actualité nous apprend que le gouvernement wallon a décidé de fermer d’autorité un chantier archéologique à Namur, sous le prétexte de remettre rapidement les entrepreneurs au travail. D’autre part, on entend qu’un tribunal français souhaite imposer à Amazon de se limiter aux produits de « première nécessité ».

Certes, on sait que les « librairies » demeurent ouvertes, mais entendez là surtout « les marchands de journaux », qui vendent également des produits de loteries et même des friandises. Les librairies dignes de ce nom, entendez les magasins où se trouvent les livres d’érudition, où on conseille les clients, sont fort généralement fermées.

Les musées, en cette période de confinement, sont également inaccessibles, et peu d’entre eux ont eu la possibilité d’améliorer leur offre de visites virtuelles et de documents en ligne. Cette fermeture impacte gravement leurs potentialités de reprise et affecte grandement leurs finances.

Pendant ce temps, les programmes de télévision distillent des contenus « distrayants », calqués sur les goûts de la majorité, et il faut bien chercher auprès de chaînes thématiques ou d’Arte pour trouver des émissions à haut impact culturel.

On apprend que les boutiques de bricolage et de jardinage vont rouvrir. C’est très bien pour occuper les personnes confinées, mais quid des musées, des galeries d’art, des librairies de qualité ?

Un peu partout se généralise le «  panem et circenses  », tandis que les médias laissent peu d’espace d’expression aux sociologues, psychologues ou philosophes, pour donner leur avis sur les effets secondaires de ce confinement. Seuls sont entendus les experts épidémiologistes, dont l’avis est certes légitime et primordial, mais sans considération aucune pour tout ce qui est relatif aux facteurs humains et aux conséquences socio-psychologiques, et avec une culpabilisation permanente de ceux qui n’acceptent pas la pensée commune, imposée et gouvernementale.

On assiste progressivement à une restriction du champ intellectuel. L’objectif exclusif est de survivre, sans considération pour le sens de cette vie, et en particulier pour la quête de significations auprès des grandes œuvres du passé, la confrontation des données immédiates de la perception avec les créations littéraires et artistiques et une forme avancée d’introspection et de quête de sens.

La place excessive accordée aux émotions immédiates impose une forme de restriction mentale, qui aboutit à négliger les faits historiques sur les grandes épidémies, leur influence sur l’histoire humaine, et aussi sur les circonstances qui ont permis à celle-ci de se généraliser. Même le fait politique et les fondements idéologiques du débat se sont dissous.

Cependant, pareille démonstration de la fragilité de la vie devrait incliner à profiter des circonstances pour se livrer à nombre de réflexions critiques alimentées par la haute culture, à faire « le plein », non de vivres, mais d’impédiments intellectuels pour redonner un sens à l’existence, afin que le prix de celle-ci vaille vraiment la peine d’être défendu. Cette claustration devait donner l’occasion de sonder ses profondeurs internes à la lumière des connaissances et des créations humaines de toutes époques, afin de partir virtuellement en quête de soi-même, et d’amorcer réellement une démarche philosophique.

Pour cela, les bien culturels doivent être considérés comme de « première nécessité ». Et il convient en extrême urgence de les rendre disponibles, afin que leur beauté nous donne la force d’acquérir plus de sagesse.

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