Deuil, burn-out parental… Des psychologues répondent à vos inquiétudes sur le confinement

Deuil, burn-out parental… Des psychologues répondent à vos inquiétudes sur le confinement

Le confinement pèse sur nous plus lourd que nous l’imaginons. Car notre vie entière a été chamboulée par ce nouveau quotidien. Le Soir a récolté vos témoignages sur notre page Facebook et sur notre site. L’équipe de Psysolidaires, une plateforme d’aide gratuite en ces temps de coronavirus, répond à vos difficultés. Twyggie Jeannot, psychologue clinicienne dans l’accompagnement du deuil, Annie Delplancq, psychologue clinicienne et psychotraumatrologue et praticienne EMDR, spécialiste de la thérapie familiale, et Anouk Rosseels, psychologue clinicienne et fondatrice de Psysolidaires se sont relayées pour vous aider à sortir de cette période difficile.

Si vous vivez difficilement le confinement, ces psychologues volontaires peuvent vous aider. Si vous ressentez le besoin d’une aide urgente, contactez par téléphone Télé accueil au numéro 107, le Centre de prévention suicide 0800.32.123 ou Crisis Bruxelles au 02.209.16.36.

Séverine T. : J’ai perdu mon papa le 20 mars (pas du Covid)… Il était pour la simplicité, ce qui a facilité les choses vu la situation actuelle. Je comprends tout à fait ces restrictions, le confinement. C’est indispensable !! Mais pour la famille qui reste, c’est assez difficile à vivre, le réconfort des autres, les visites… On s’accroche.

La réponse des psychologues : « Vos difficultés à vivre la perte de votre père sont compréhensibles. Quelques que soient les cultures et religions, la mise en place des rituels de deuil collectifs est bousculée par les mesures adoptées pour combattre l’épidémie. Être ensemble pour dire adieu, soulager ses peines, partager ses souvenirs du défunt autour d’un café… La présence physique pour une étreinte réconfortante est en pause mais autant que possible, si vous le pouvez, essayez de préserver le lien familial et social avec les outils de communication à distance. Pourquoi ne pas organiser une réunion avec la famille à une fréquence que vous souhaitez pour échanger sur votre vécu, vos histoires respectives avec votre père. A la fin des mesures, n’hésitez pas à vous réunir, de nouveau ensemble, pour commémorer sa mémoire. Courage à vous et vos proches. »

Angélique B. : Je suis de tout cœur avec la famille de ceux qui ont et vont perdre un proche ou un ami en cette période d’une personne proche ou ami décédé ces moments-ci ? Je me pose souvent la question et j’espère de tout cœur que cela ne m’arrivera pas. Quelle tristesse…

La réponse des psychologues : « L’impossibilité d’avoir pu échanger et accompagner le défunt, la perte soudaine et l’isolement social, sont des facteurs qui peuvent confronter l’endeuillé.e à une détresse affective et émotionnelle significative. L’endeuillé peut ressentir un choc, de la colère, de la tristesse et de la culpabilité accrus face à l’injustice ressentie. Alors, il s’agit d’être à l’écoute de ses émotions et trouver une oreille attentive pour mettre des mots sur ses souffrances ; que cela soit auprès d’un entourage de confiance (famille, amis) ou de professionnels. En étant chez soi, il est possible de mettre en place des rituels personnels, comme : un temps de recueillement, une lecture d’un poème, une bougie allumée pendant un temps précis. Ces moyens permettent d’accompagner l’endeuillé dans son processus progressif d’adaptation et d’acceptation de la perte. »

Anonyme : Après un accouchement, il faut gérer le post-partum en confinement : la crainte de donner le virus à son nouveau-né, les rendez-vous de contrôle chez le médecin annulés, le baby blues ou la dépression post-partum sans psychologue disponible, pas de sage-femme disponible en cas de soucis, les rendez-vous de suivi du nouveau-né perturbés…

La réponse des psychologues : « La naissance d’un enfant génère souvent beaucoup d’émotions. Et mettre au monde un petit dans un contexte comme celui-ci n’est certainement pas évident : le sentiment de responsabilité est à la hauteur de la fragilité ressentie. Le fait d’être en confinement ne doit toutefois pas vous couper du réseau. Il est important que vous vous sentiez soutenue dans cette période si sensible. Certes, chaque professionnel doit s’adapter. Mais de cette période se démarquent aussi beaucoup d’imagination et de solidarité : de nombreux psychologues par exemple, proposent actuellement des consultations à distance. N’hésitez pas à aller vers eux ou vers un parent, une amie. Il est important de rester reliée à votre réseau. Votre bébé découvre la vie, vous pouvez la lui décrire comme elle le sera bientôt. N’oubliez pas que cette période de confinement se terminera prochainement et que ces mesures ont été prises pour vous protéger, vous, votre bébé et vos proches. »

Gwenaëlle P.  : Comment voulez-vous travailler 8h par jour avec un bébé de 9 mois et un enfant de trois ans ? Leur faire à manger, faire les lessives, leur donner le bain, les habiller, jouer avec eux, etc. Alors que votre travail vous met des réunions sur Skype toute la journée ? Sachant qu’à ces moments-là, on n’arrive pas à se concentrer parce qu’on a les yeux rivés sur les enfants qui réclament l’attention de leur maman. Je suis littéralement exténuée ! A tel point que j’ai fait une chute de tension en montant les escaliers avec ma fille dans les bras et je suis tombée. On ne demande pas aux mamans en congé de maternité de travailler, il y a bien une raison, non ? Ici, je parle bien de garder des enfants en bas âge ! Et si les parents au bord de l’épuisement recevaient une option (un congé) pour souffler un peu et s’occuper pleinement de leurs enfants sans culpabiliser de les laisser livrés à eux-mêmes pour pouvoir faire les heures demandées par l’employeur ?

La réponse des psychologues : « La difficulté est effectivement de devoir gérer ensemble la vie professionnelle et la vie familiale alors que vous n’y étiez pas préparée, surtout dans de telles conditions. Et la pression est bien présente, celle d’arriver à tout concilier, tout en préparant de délicieux goûters et en suivant en ligne des cours de yoga. Mais vous sentez que c’est trop, que vous vous épuisez. Beaucoup d’autres personnes vivent les mêmes stress, les mêmes contraintes, avec si peu de relais en ces temps de confinement.

Prenez un temps pour organiser vos nouvelles journées. Ce train de vie n’est pas ordinaire et est déstabilisant autant pour les enfants que pour les parents. Il existe probablement des solutions et il est important d’en parler auprès de votre entreprise afin de trouver un aménagement de votre temps de travail. Permettez-vous également le lâcher prise, arrêtez de culpabiliser et autorisez-vous le droit à l’erreur. Essayez de vous ressourcer à travers des petits moments de plaisir, de partage, de sérénité. Ce n’est pas du temps perdu, c’est primordial, pour que vous puissiez continuer à tenir, le temps nécessaire. »

Catherine B. : Mes parents sont âgés. Et je suis loin d’eux. Ils ne sont pas en maison de retraite mais je ne les ai pas vus depuis janvier et je devais les voir en mai pour fêter mon anniversaire… Voyage reporté si on n’ouvre pas les frontières. Je ne sais pas quand je vais les revoir. Je suis inquiète. On s’appelle tous les deux jours et je leur répète de ne pas sortir ni recevoir de visiteurs ? C’est pour leur bien.

La réponse des psychologues : « Nous vous comprenons, nous traversons une période difficile, sans précédent.

Dans un premier temps, il est bon de garder en tête que cette situation aura une fin. Dans quelques semaines, vous pourrez à nouveau revoir vos parents.

Rappelez-vous également que ces mesures strictes ont été prises dans l’unique but de prendre soin les uns des autres. Acceptez la situation et essayez de la voir sous un autre versant : vous êtes chacun chez vous parce que vous vous protégez l’un l’autre, non pas parce que vous subissez un enfermement. Et vous restez en lien : vous continuez à appeler régulièrement vos parents. Garder le contact est essentiel. Lors de ces différents appels, il est également utile que vous leur transmettiez un état d’esprit positif. Courage et prenez bien soin de vous ! »

Psysolidaires.org est une plateforme qui relie 100 professionnels volontaires de la santé mentale avec toute personne en besoin d’écoute ou de soutien. Vous vivez difficilement le confinement ? Vous vous sentez seul et isolé ? Vous ressentez de l’anxiété ? Vous avez des difficultés à contrôler vos émotions et vos pensées ? Vivre avec la famille ou les proches devient problématique ? Des psychologues volontaires via www.psysolidaires.org sont prêts à vous aider tous les jours de 9h à 20h.

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