«L’Europe a besoin de nouvelles idées pour relever les défis»

«L’Europe a besoin de nouvelles idées pour relever les défis»
Reuters

Depuis plusieurs mois maintenant, le monde et l’Europe sont confrontés à la pandémie du Covid-19 – une crise sanitaire d’ampleur mondiale mais dont la gestion reste, pour l’instant, nationale et intergouvernementale. Rien de bien étonnant à cela car l’UE ne dispose que d’une compétence d’appui en matière de santé publique et se limite donc à encourager la coopération entre les Etats membres. Ceux-ci auraient-ils dû conférer à l’Union des compétences plus fortes en la matière ? Que nous apprendra cette pandémie ?

Les questions que pose ce contexte d’urgence nous mènent à une réflexion plus générale sur le fonctionnement de l’Union : notre système est-il encore adapté aux enjeux actuels ?

Une solidarité concrète

Au cours des dernières semaines, les citoyens européens ont démontré à quel point notre société était solide. Des régions transfrontalières ont organisé des transferts de patients d’un pays à l’autre, des personnels médicaux ont pu exercer dans les endroits où l’on avait besoin d’eux. Les scientifiques travaillant ensemble ont pu obtenir en quelques semaines des résultats qui prennent normalement plusieurs mois. Cette solidarité concrète montre que la coopération européenne existe, et chacun réalise que ce n’est qu’en travaillant ensemble que nous pourrons sortir d’une crise qui dépasse nos frontières.

Le paradoxe d’aujourd’hui est que nous savons que nous avons besoin d’une Union européenne plus forte et plus résistante, mais que les crises de la dernière décennie ont provoqué des réactions nationalistes qui compliquent des efforts supplémentaires vers de vraies solutions. Nous sommes conscients qu’une partie de la confiance des citoyens européens a été ébranlée, ces dernières années, et nous espérons que l’esprit de coopération et d’unité sauront prévaloir.

Un Conseil européen crucial

La solidarité étant la clé de voûte de notre Union, elle doit jouer encore plus dans les moments de crise qu’en temps normal car c’est alors que l’on vérifiera qu’elle n’est pas lettre morte. En tant qu’Européens, nous ne sommes pas dans un jeu à somme nulle ; nous gagnerons ou perdrons ensemble. Un Conseil européen vital se tiendra ce 23 avril. Le temps n’est plus aux hésitations ou aux réticences anciennes. Que les dirigeants européens fassent preuve de courage et parlent d’une même voix pour apporter toute l’aide nécessaire aux pays les plus cruellement touchés par le coronavirus !

Une gestion communautaire de la santé publique

Nous proposons qu’à l’avenir, dans le cas d’une pandémie, la santé publique soit décidée à l’échelon communautaire. Les niveaux national, régional et local garderaient des responsabilités. Cela peut nécessiter des ajustements des Traités mais serait nécessaire pour mieux affronter une maladie à dimension continentale.

Pour la crise actuelle, des décisions fortes doivent être prises. Il ne s’agit pas de mutualiser les dettes du passé mais de mutualiser la dette qui naîtra de la mise en place des moyens nécessaires pour répondre à la crise du coronavirus. A terme, un « Trésor public européen de la zone intégrée » devrait gérer les besoins d’emprunt des Etats.

Revoir le Budget 2021-2027 à la hausse

Le cadre financier pluriannuel 2021-2027 devrait également être revu à la hausse pour devenir un instrument de solidarité plus puissant et adapté aux situations d’urgence comme celle-ci.

Le Centre de coordination de la réaction d’urgence qui achemine l’aide sous forme d’expertise, de matériels de secours ou d’équipes de protection civile vers les pays touchés devra être pleinement opérationnel, la recherche médicale mieux coordonnée au niveau européen, tout comme la collecte et l’interprétation des données épidémiologiques.

Mettre fin à la concurrence fiscale

Lorsque cette pandémie prendra fin, elle laissera des marques importantes dans la société. Des milliers de personnes auront succombé et notre système économique sera disloqué. Nous devrons saisir cette occasion pour réinventer une organisation économique et sociale plus juste, plus durable et résistante. Ce serait un résultat essentiel !

Cela implique que nous maintenions et cultivions l’agilité gagnée dans la prise de décision et dans l’action. Des hôpitaux et équipements médicaux ont pu être réalisés en quelques jours là où des procédures bureaucratiques freinent habituellement toute démarche créatrice. L’Union européenne pourrait et devrait être, avec sa communauté de 446 millions de citoyens, une force active dans ce changement.

Imaginez à quoi ressemblerait notre économie si nous arrêtions de nous concurrencer fiscalement ? Les grands groupes technologiques ne pourraient pas déroger à leurs responsabilités en cherchant à éviter de payer l’impôt. Nous pourrions éliminer les subterfuges que permet notre système actuel et réinventer un système où tout le monde contribue, sans que le fardeau ne pèse injustement sur les épaules des ménages ou des petites entreprises. Un système qui stimule l’emploi au lieu de le taxer. Il conviendra de proposer un calendrier précis pour cette unification fiscale en Europe.

Une affaire commune à tous les Européens

Dans un monde qui retombe dans la tentation des luttes de pouvoir, à Pékin, Washington, Moscou, Delhi et Ankara, nous, Européens, devons défendre les valeurs qui fondent notre Union, à savoir la dignité de l’être humain, la liberté, la démocratie, l’État de droit et la paix. Cela est unique au monde. Ce n’est qu’en donnant à l’Europe une dimension politique à part entière que nous pourrons construire la société de demain et empêcher le monde de retomber dans les tragiques erreurs du passé.

Le Parlement européen et la Commission européenne nouvellement élus doivent se montrer prêts à promouvoir ce changement de fond.

Le Covid-19 nous a fait réaliser que nous avons besoin de nouvelles idées pour surmonter les défis actuels et nous adapter à un monde de plus en plus globalisé et dématérialisé.

L’Europe est une idée et un projet qui nous appartient à tous. Pour qu’il réussisse, nous devons rejeter les opinions négatives – parti pris politique, ego prononcé et peur du changement – et, en nous appuyant sur les fondements de notre histoire, croire avec ambition en l’espoir de construire l’une des grandes civilisations du 21e siècle.

Cosignataires : Dr Magdalena Adamowicz, membre du Parlement européen, fondatrice de la coalition internationale « Imagine There’s No Hate » (#ITNH), Pologne ; Carina Autengruber, présidente du European Youth Forum ; Brando Benifei, membre du Parlement européen et vice-président du European Movement International, Italie ; Elmar Brok, ancien membre du Parlement européen et président des European Federalists, Allemagne ; Pr. Manuel Castells, ministre espagnol de l’Enseignement supérieur, professeur de sociologie ; Étienne Davignon, ancien vice-président de la Commission européenne, président de Friends of Europe ; Pr. Paolo De Castro, membre du Parlement européen, ancien ministre italien de l’Agriculture ; Giovanni Fosti, président de la Fondazione Cariplo, Italie ; Alain Lamassoure, ancien membre du Parlement européen, France ; Enrico Letta, ancien Premier ministre italien, doyen de la Paris School of International Affairs (PSIA) à Sciences Po Paris, fondateur de la Scuola di Politiche, Italie ; Irene Milleiro, directrice générale Change.org Foundation, Espagne ; Carlos Moedas, ancien Commissaire européen à la Recherche, à l’Innovation et à la Science, administrateur de la Calouste Gulbenkian Foundation, Portugal ; Isabel Mota, présidente du conseil d’administration de la Calouste Gulbenkian Foundation, Portugal ; Dr Hans-Gert Pöttering, ancien président de la Konrad Adenauer Foundation, ancien président du Parlement européen, Allemagne ; Maria João Rodrigues, présidente de la European Foundation of Progressive Studies, ancienne MEP and vice-présidente du groupe S&D (2014-19), Portugal ; Claus Haugaard Sørensen, membre du Groupe consultatif sur les capacités d’urgence de l’OMS, ancien Conseiller principal de Resilience, Humanitarian Aid and Crisis Response, Commission européenne, Danemark ; Dr Daria Tataj, experte en Innovation et ancienne présidente des conseillers de haut niveau du Commissaire européen à la Recherche, à la Science et à l’Innovation, Pologne ; Nils Torvalds, membre du Parlement européen, Finlande ; Dr Boris Zala, ancien membre du Parlement européen, fondateur du Mouvement social-démocrate en Slovaquie.

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