«Une commission d’enquête parlementaire? Oui, mais d’abord des élections!»

«Une commission d’enquête parlementaire? Oui, mais d’abord des élections!»
Belga

Il y a quelques mois, nombreux étaient les acteurs politiques envisageant ou carrément exigeant de nouvelles élections au fédéral. On avait voté le 26 mai 2019 et la crise politique n’avait que trop duré. La formation du nouveau gouvernement s’enlisait, des coups de couteau politiques se perdaient dans les dos et des personnalités de premier plan s’étaient réfugiées dans les institutions européennes. Bien que personne n’imaginait que de nouvelles élections mènent à un résultat diamétralement différent, certains espéraient qu’elles donneraient le coup de fouet nécessaire à la formation du gouvernement fédéral.

Mais ça, c’était avant. Avant que la crise sanitaire du Covid-19 ne s’exporte dans notre pays. Avant que le gouvernement d’affaires courantes ne soit transformé en gouvernement de plein exercice. Avant que dix partis représentés au parlement ne donnent des pouvoirs spéciaux à ce nouveau gouvernement. Avant que la Première ministre ne se forge un nom dans l’histoire politique et surprenne beaucoup d’observateurs par son leadership. Avant que Maggie De Block ne devienne la tête de turc de tout un pays. Avant que le masque médical ne fasse la une des journaux pendant une période généralement accaparée par le masque… de carnaval.

Après une crise, de nouvelles élections sont nécessaires

Dans sa carte blanche parue il y a quelques jours sur le site du Soir, Jérémie Tojerow (juriste spécialisé en droit public et ancien conseiller à l’Institut Emile Vandervelde, NDLR) a raison d’affirmer qu’après le temps des docteurs, bientôt viendra le temps des électeurs. Une fois que la crise sanitaire sera dernière nous, une fois qu’on pourra retrouver une occupation plus normale de l’espace public, une fois que la mesure de la crise économique sera prise, il sera nécessaire de se rendre aux urnes. Il y aura certainement des candidates et des candidats parmi les héros de la crise. La campagne électorale portera certainement sur d’autres d’enjeux que celle de mai 2019. Et il faudra absolument par son vote donner sa préférence pour la direction que devraient prendre les mesures de relance de l’économie belge.

Mais de nouvelles élections sont surtout nécessaires afin de renouveler le personnel politique. Le confinement a été l’occasion pour de nombreux citoyens de réfléchir à leur engagement politique. Ces dernières semaines, des initiatives sont lancées, des groupes de citoyens engagés se sont réunis (virtuellement bien sûr) et des projets de nouveaux mouvements voire partis politiques sont en marche. Suite aux différents scandales en Wallonie et à Bruxelles en 2017, de tels mouvements avaient été lancés mais sans rencontrer de succès considérable lors des élections de 2018 et 2019. Les Belges sont apparemment attachés à leurs élites politiques, mais ça ne veut pas dire que les élections sont inutiles.

Certaines de nos élites politiques ont fait un travail admirable dans la gestion de la crise et elles méritent d’être récompensées, voire promues par nos votes. D’autres n’ont pas répondu aux attentes, se sont cherché des excuses ou ont utilisé la crise pour se livrer à un jeu politicien complètement déplacé. Celles-là doivent être jugées et sanctionnées politiquement. Cette évaluation politique de nos dirigeants doit se faire en trois étapes.

Une évaluation en trois étapes

La première étape est celle de l’élection. Idéalement, la sortie de crise sanitaire doit être couplée avec l’organisation d’élections. Fédérales bien sûr, mais pourquoi ne pas les coupler avec des élections régionales, communautaires et européennes ? Ce serait l’occasion de renouveler le personnel politique à tous les niveaux de pouvoir et de sanctionner celles et ceux qui n’ont pas été à la hauteur, qu’ils soient présidents de partis, ministres ou commissaires européens. Avec nos voix de préférence, nous avons le pouvoir de faire et de défaire les carrières politiques. Tel ou telle dirigeant(e) a fait – à vos yeux – fait du mauvais travail ? Ne votez plus pour elle ou lui, mais votez pour celle ou celui qui a eu un comportement responsable.

Le vote aura des conséquences

Car la deuxième étape est celle de la formation et du maintien des gouvernements. Bien que les ministres ne soient pas élus, ils sont dans leur grande majorité également candidats aux élections. Leurs performances électorales sont prises en compte lors de la composition des nouveaux gouvernements et dans leurs maintiens – ou non – dans leurs attributions ministérielles. Il sera difficile pour les présidents de partis de conserver l’un(e) ou l’autre ministre dans ses fonctions si les électeurs ont décidé massivement de ne plus voter pour lui ou elle. A l’inverse, un candidat ou une candidate fortement plébiscité(e) par la population verra ses chances d’occuper un poste ministériel augmenter en flèche.

Enfin, la troisième étape est celle des commissions d’enquête parlementaire. Ne nous voilons pas la face, il y aura certainement une commission d’enquête parlementaire après la fin de la crise du Covid-19. Qu’elle porte exclusivement sur la commande et l’achat des masques médicaux, sur la disponibilité et la distribution du matériel médical ou plus largement sur la réponse du gouvernement à la crise sanitaire, elle sera inévitable. Mais les personnes qui siégeront dans cette commission d’enquête ne peuvent pas être celles que nous avons élues en mai 2019. Il faut éviter que les mêmes individus soient juges et parties. C’est pourquoi il est impératif de renouveler le personnel politique afin que ces nouveaux dirigeants soient ceux qui jugeront leurs pairs et évalueront la qualité de leur travail lors de la crise. A défaut de pouvoir revenir en arrière, nous pouvons – par notre vote – toutes et tous devenir les acteurs de la démocratie belge de demain.

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