«Une aide au transport aérien sans conditions?»

«Une aide au transport aérien sans conditions?»
Belga

La crise du coronavirus est pénible à de nombreux égards, mais elle a au moins le mérite d’offrir aux Bruxellois un ciel dégagé d’avions et donc une ambiance urbaine nettement plus apaisée. Le cauchemar serait un retour au « business as usual », notamment celui de l’enfer du bruit généré par les avions survolant Bruxelles, avec des perspectives de croissance sans fin du trafic aérien.

Toute crise doit déboucher sur une nouvelle façon d’appréhender la société et le monde. En particulier, la crise actuelle démontre les effets pervers d’un excès de mondialisation de l’économie à flux tendus et donc de la facilité excessive avec laquelle les hommes et les marchandises se déplacent.

En 2008-2009, après la crise des « subprimes » et la déconfiture du secteur bancaire, les Etats ont renfloué les banques dans l’urgence à coup de dizaines de milliards d’euros. Hélas, les Etats n’ont pas suffisamment profité de l’octroi de ces aides généreuses aux banques pour leur imposer une nouvelle éthique et prévoir l’introduction de paramètres sociaux et environnementaux dans la gouvernance du système financier.

Ne pas refinancer le secteur « les yeux fermés »

Ne commettons pas la même erreur en 2020 avec la crise du coronavirus et la déconfiture du secteur aérien. Bruxelles Air Libre Brussel est d’avis qu’il serait grave d’injecter « les yeux fermés » des sommes astronomiques pour soutenir le secteur aérien sans définir simultanément une nouvelle politique globale du transport. Cette nouvelle politique doit s’inscrire dans les objectifs mondiaux de réduction des émissions de gaz à effet de serre, supprimer les privilèges exorbitants d’exonérations fiscales dont jouit le mode aérien, et tenir compte de l’impact environnemental complet de chaque mode, en vue d’internaliser tous les coûts externes dans la tarification du transport.

Analyser les impacts

Il est normal, après le choc de la pandémie, que les Etats viennent en aide aux secteurs et aux entreprises dans les secteurs essentiels au redéploiement économique, social et culturel. Mais toute aide doit être précédée d’une analyse quant à l’impact de ces secteurs, notamment leurs externalités négatives au niveau de la santé et de l’environnement. Ainsi, le mode aérien, non seulement amplifie les effets pervers de la mondialisation par la non-internalisation de ses coûts réels, mais en outre provoque des problèmes de santé physique et mentale à un nombre toujours croissant de personnes survolées.

Un paradoxe

On peut également se poser la question de savoir pourquoi de l’argent public (belge) devrait soutenir une compagnie qui, appartenant à Lufthansa, n’a plus rien de national, opérant sur un aéroport quasiment privé, lui-même détenu par des fonds de pension étrangers ne se souciant guère de notre environnement et de notre santé. Ryanair s’apprête à s’engouffrer dans cette brèche en annonçant son intention d’aller en justice pour concurrence déloyale, alors que la compagnie irlandaise est elle-même un des principaux acteurs des dérives du système qui nous ont amenés à l’augmentation sans limites du transport aérien. Fameux paradoxe… Le problème est complexe car Brussels Airlines n’est pas responsable de la situation avant confinement, de même que son renflouement ne résoudra pas les problèmes de pollution, de développement sans frein et de mauvaise gestion des routes aériennes au-dessus de nos têtes.

Une aide, oui mais sous conditions

Toutes les compagnies européennes sont dans le même « bateau », et les Etats (sous l’impulsion de l’Union européenne ?) devraient tous lier leurs aides financières à l’acceptation par l’ensemble de ces compagnies et de leurs représentants (OACI, IATA) de nouvelles règles de fonctionnement :

– Le strict respect des normes de l’OMS (Organisation Mondiale de la Santé) relatives au bruit des aéronefs à proximité de tous les aéroports.

– Des limitations (contingentement) de trafic sur les aéroports afin de réduire non seulement les nuisances mais aussi la pollution et ce en vue de freiner le réchauffement climatique.

– L’instauration d’une taxe sur le kérosène pour tous les vols (nationaux et internationaux).

– Une taxe écologique sur les billets d’avion qui responsabiliserait plus les voyageurs.

Les recettes de ces taxes devraient notamment être affectées au développement d’autres types de motorisation moins polluants et bruyants pour les avions et au soutien à d’autres modes de transport plus durables.

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