«La résilience dont nous avons besoin doit provenir d’un système durable, écologique et juste»

«La résilience dont nous avons besoin doit provenir d’un système durable, écologique et juste»
Roger Milutin.

Le gouvernement Wilmès est sur le point d’octroyer une aide d’État à Brussels Airlines en difficulté. La compagnie aérienne demande 290 millions d’euros. Cependant, elle n’offre aucune garantie à ses employés et ne mentionne à aucun moment comment elle contribuera à contenir cette autre grande crise : l’urgence climatique. Et cela, de la part d’un secteur qui alimente le réchauffement climatique.

La filiale belge de Lufthansa fait partie d’une longue liste de compagnies aériennes qui demandent un soutien financier en Europe. Le compteur affiche actuellement 26 milliards d’euros. Et pourtant ce secteur, responsable d’énormes émissions de gaz à effet de serre en constante augmentation, ne paie presque d’impôts et verse d’énormes dividendes à ses actionnaires.

Un soutien sous conditions

Rejetons-nous mordicus toute forme de soutien à Brussels Airlines ? Non, mais nous voudrions voir cette aide financière assortie de conditions : que les emplois des salariés soient une priorité, qu’une réduction drastique du nombre de vols soit envisagée et que ce soit lié à une reconversion vers des activités durables et « à l’épreuve du climat ».

Le gouvernement fédéral, même provisoire, a la boussole en main. Reviendra-t-il au modèle qui place le profit par-dessus tout ou privilégiera-t-il les individus et l’environnement ? Tiendra-t-il enfin compte de ce que notre planète peut supporter ou non ?

Tirer un trait sur l’urgence ?

C’est surprenant, la rapidité et la facilité apparente avec lesquelles des milliards sont maintenant débloqués pour faire face à la crise sanitaire aiguë. Très bien ! Les gouvernements redécouvrent l’importance du secteur de la santé, en appelant à notre solidarité et… en espérant que les gens oublieront les années de détricotage social et d’économies imposées. Malheureusement, certains signes indiquent déjà un retour rapide au « business as usual », comme si rien ne s’était passé. Alors que, il est temps de tirer un trait. Tirer un trait sur ce qu’apparemment nous devons trouver normal : la pollution de l’air et de l’eau, une nature qui se meure, des catastrophes climatiques croissantes, la production et la consommation effrénées. Plus, plus, plus.

Pour une société durable et vivable

Il est temps de remettre les compteurs à zéro, de se reconstruire. Entamons cette reconstruction en orientant durablement les moyens actuellement libérés vers une société résiliente, durable et vivable. Aujourd’hui, nous observons que des montants gigantesques sont rapidement libérés et que les gens sont soudainement à l’écoute de la science. Nous attendons le même accueil pour la science climatique et la lutte contre les changements climatiques. Les mesures symboliques et les plans flous pour l’avenir appartiennent désormais au passé.

Ici et là, les dirigeants politiques s’expriment. Mardi, Ursula Von der Leyen, la présidente de la Commission européenne, a déclaré dans un message vidéo que le Green Deal européen devrait être « une boussole pour sortir de la crise sanitaire », ajoutant que le Covid-19 est peut-être sur le point d’être sous contrôle, mais que le « réchauffement climatique est loin d’être maîtrisé ». La Belgique, l’une des régions les plus riches d’Europe, n’a aucune excuse.

Des défis toujours plus gigantesques

Il faut revoir la relation entre l’homme et la nature. Alors que ces dernières semaines, les Belges ont troqué les embouteillages pour des promenades familiales dans la nature, une brèche dans les digues du nord de la France a provoqué une pollution industrielle qui a tué toute la vie dans l’Escaut. Grâce à un travail acharné, cela a pu être évité de justesse du côté Flamand de la rivière. En ce moment et exceptionnellement tôt, les forêts et les réserves naturelles de Russie, de Pologne et même de Flandre, la semaine dernière, sont en feu. L’indignation suscitée par les incendies en Australie est à peine derrière nous. Nous ne pouvons laisser cette destruction massive et ce réchauffement climatique se poursuivre. Nous le pouvons d’autant moins que le prochain virus n’est pas loin (« La prochaine pandémie peut commencer demain », De Standaard Weekblad, 18 avril 2020).

Faire des choix logiques

La résilience dont nous avons besoin doit provenir d’un système durable, écologique et juste. Un système basé sur des valeurs, qui donne la priorité au bien-être de tous et non à celui de quelques-uns. Des soins de santé et des services sociaux accessibles, des normes du travail et environnementales élevées, une éducation et des transports publics abordables et de qualité, un modèle axé sur l’économie locale et circulaire ne devraient plus être des choix liés à une couleur politique. Ce sont des choix sociaux logiques. Avec une attention particulière à un système alimentaire qui traite les agriculteurs, les consommateurs et la nature de manière équitable. Ce n’est que comme cela que nous éviterons que l’humanité ne déraille et n’entraîne la planète dans sa chute.

En finir avec la procrastination !

Utopique ? La Scandinavie semble être sur la bonne voie. Prenons l’exemple de la Finlande. Avec ses propositions pour un plan de relance écologique, le gouvernement finlandais offre un canevas pour le reste de l’Europe. La Norvège, qui veut être neutre en carbone d’ici 2035, abandonne également les énergies fossiles dans son plan de stimulation Covid-19 et opte pour une économie circulaire décarbonée. Si plusieurs pays européens suivent cet exemple, même l’objectif climatique ambitieux de l’Union européenne, qui vise 65 % d’émissions en moins d’ici 2030, est encore possible.

La Première ministre Sophie Wilmès a une occasion historique de se placer elle-même et la Belgique parmi les chefs de file européens. Les excuses et la procrastination, ça ne marche plus.

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