«Soins et recherche doivent aller de pair dans la lutte contre le Covid-19»

«Soins et recherche doivent aller de pair dans la lutte contre le Covid-19»

Depuis le début de l’épidémie Covid-19, les médecins hospitaliers de première ligne que nous sommes se sont pleinement investis dans la prise en charge de ces patients. Nous avons tenté et nous nous efforçons chaque jour de faire face aux différents enjeux qui se sont profilés : prise en charge correcte des malades, sécurité du personnel soignant, le tout en jonglant avec de nombreux obstacles (incertitudes sur les options thérapeutiques efficaces, problématiques d’approvisionnement du matériel de première ligne, etc.).

Bâtir la connaissance

Dépourvus de traitement spécifique du Covid-19, nous devons nous limiter à assurer le meilleur soutien possible au fonctionnement des organes vitaux. Une multitude de traitements est proposée à l’heure actuelle (dont certains administrés en dernier recours) mais strictement aucun n’est validé par une étude randomisée de qualité. Or, notre mission est aussi de contribuer à bâtir la connaissance qui permettra, le jour venu, d’établir l’efficacité des traitements les plus prometteurs et ce, d’autant plus si nous devons nous préparer à une seconde vague. A cet égard, les études cliniques bien conduites sont indispensables.

Deux essais cliniques internationaux à large échelle sont aujourd’hui en cours, l’un dénommé Discovery, sous l’égide de l’Institut National de la Santé et de la Recherche Médicale en France, l’autre, appelé Solidarity, lancé par l’Organisation Mondiale de la Santé. Ils ont été conçus de manière à comparer les traitements expérimentaux entre eux tout en maximisant les chances de chaque patient de recevoir un traitement prometteur. En effet, des méthodes statistiques basées sur les probabilités dites conditionnelles permettent d’adapter les traitements administrés en se fondant sur les premiers résultats de l’essai.

Une administration complexe

Dès le mois de mars, plusieurs centres universitaires belges ont marqué leur intérêt pour la participation à ces protocoles ambitieux. Malheureusement, l’inclusion de nos patients dans ces études s’est avérée impraticable, sans que nous puissions identifier précisément la ou les causes du blocage, probablement pour des raisons administratives complexes. Ainsi, non seulement, nous nous retrouvons impuissants face à un virus d’une agressivité sans précédent, mais aussi incapables d’assurer notre mission académique de recherche médicale, la génération de connaissance ne pouvant se faire que par la participation à des protocoles multicentriques voire internationaux.

Le centre fédéral d’expertise des soins de santé (KCE) n’a pu soutenir l’inclusion de nos patients dans ces projets internationaux. Il vient d’approuver un protocole visant à contrôler l’inflammation suraiguë et devrait mettre en œuvre prochainement avec la collaboration de la Croix-Rouge de Belgique une ou deux études évaluant l’intérêt de l’administration de plasma prélevé chez des sujets convalescents à des malades souffrant de la forme pulmonaire sévère du Covid-19. Nous nous en réjouissons mais si la décroissance des admissions en soins intensifs se confirme, il y a fort à craindre que ces essais viennent trop tard pour avoir un impact significatif sur cette première vague.

D’autres études basées sur des diagnostics plus précoces – grâce à la multiplication des tests – seront sans nul doute nécessaires, en particulier si une deuxième vague devait survenir. Cette fois, nous espérons bien être de la partie, pour nous permettre d’une part, d’offrir la possibilité à nos patients de bénéficier de traitements en investigation dans le respect des principes éthiques et, d’autre part, de contribuer à l’amélioration de nos connaissances afin de déterminer quel traitement est réellement efficace.

Ecouter les médecins de première ligne

L’organisation de la recherche clinique à finalité non-commerciale s’est donc révélée inadaptée à la situation exceptionnelle que nous vivons au grand dam des nombreux médecins de diverses spécialités qui ont essayé de faire entendre leur voix depuis le début de cette épidémie et qui se battent quotidiennement depuis près de deux mois pour sauver des patients atteints de cette maladie. Ayant acquis une connaissance unique et précieuse de cette maladie, ces médecins de première ligne, moins entendus car trop occupés, devront jouer un rôle central dans l’élaboration des futurs protocoles de dépistage, de prévention et de traitement du Covid-19.

Nous appelons les différentes autorités responsables à en tirer les leçons pour permettre aux services hospitaliers universitaires d’assurer pleinement leur mission dans ces circonstances où la recherche est plus importante que jamais. Quant à nous, nous sommes d’ores et déjà prêts à nous engager dans cette démarche collaborative et solidaire.

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