«Exercer l’art infirmier requiert des qualifications: il ne s’agit pas seulement d’exécuter des soins»

«Exercer l’art infirmier requiert des qualifications: il ne s’agit pas seulement d’exécuter des soins»

A vous, mes amis Professionnels des Soins de Santé,

A toi, mon ami.e Médecin, Chirurgien, Dentiste, Pharmacien, Aide-soignant, Kinésithérapeute, Sage-Femme, Secouriste-ambulancier, Assistant pharmaco-technique, Diététicien, Ergothérapeute, Logopède, Audiologue et audicien, Orthoptiste-optométriste, Prothésiste, Bandagiste et orthésiste, Technicien de laboratoire médical, Podologue, Technologue en imagerie médicale, Transporteur de patients, Hygiéniste Bucco-Dentaire (et j’espère n’avoir oublié ou détourné aucune profession de soins de santé),

A toi, mon ami.e Infirmier.e,

J’imagine que – comme moi – tu t’es étranglé en découvrant l’Arrêté royal du 19/04/2020 en vue de permettre temporairement l’exercice de l’art infirmier par des professionnels de soins de santé non qualifiés.

J’imagine que – comme moi – tu t’es posé la question de savoir ce qu’était – finalement – cet art infirmier.

Sans prétention et en toute humilité, je pense avoir des réponses à cette question, exerçant moi-même ce métier depuis près de 17 années avec passion, et l’enseignant avec conviction depuis bientôt 8 années dans un établissement prônant le Libre Examen.

Une disposition irréelle

J’imagine que – comme moi – tu t’es projeté dans cette disposition désormais légale, aussi irréelle qu’irrespectueuse de voir un autre professionnel exercer un art qui n’est pas le sien (et si tu n’es pas d’accord avec l’arrêté royal, sache qu’un autre a été adopté dans la foulée pour autoriser ta réquisition).

J’imagine que – comme moi – tu as imaginé cette disposition appliquée à d’autres professions de soins de santé.

Et j’imagine que – comme moi – tu es arrivé à la conclusion qu’un diplôme acquis au terme de 4 années de formation (dont 2.300 heures de stage) et qu’une expertise acquise dans la prolongation d’une formation ne pouvaient être bradés, dévalués, déconsidérés, même sous prétexte d’utiliser des leviers juridiques préexistants et sous prétexte que – je cite – en l’absence d’un nombre suffisant de professionnels de santé (…), la dispensation des soins de santé (…) sera compromise et aura des conséquences dramatiques (et la gestion dramatique avant la crise avec les conséquences rencontrées hier, aujourd’hui, demain, on en parle ?)

Une exigence de compétences pointues

Par exercice de l’art infirmier, on entend :

1. Observer, identifier et établir l’état de santé sur les plans psychique, physique et social ; définir les problèmes en matière de soins infirmiers ; collaborer à l’établissement du diagnostic médical par le médecin et à l’exécution du traitement prescrit ; informer et conseiller le patient et sa famille ; assurer une assistance continue, accomplir des actes ou aider à leur accomplissement en vue du maintien, de l’amélioration et du rétablissement de la santé de personnes et de groupes qu’ils soient sains ou malades ; assurer l’accompagnement des mourants et l’accompagnement lors du processus de deuil ; engager de façon indépendante des mesures immédiates destinées à préserver la vie et appliquer des mesures dans les situations de crise ou de catastrophe ; analyser la qualité des soins afin d’améliorer sa propre pratique professionnelle en tant qu’infirmier/-iere ;

2. Accomplir des prestations techniques avec ou sans prescription médicale ;

3. Accomplir les actes pouvant être confiés par un médecin.

Des actes accessibles à tout un chacun ?

Parce qu’exercer l’art infirmier, ce n’est pas qu’exécuter des soins (les prestations techniques ou les actes des points 2 et 3, mais c’est avant tout prendre soin (toutes les activités du point 1).

L’Arrêté royal du 19/04/2020 témoigne à souhait de la méconnaissance de politiques envers nos professions de soins de santé.

Peut-être des politiques imaginent-ils qu’il suffit à un médecin de poser son stéthoscope sur mes poumons pour établir un diagnostic, qu’il suffit à un chirurgien d’inciser un tissu humain pour m’opérer, qu’il suffit à un dentiste de se servir d’une fraise pour réparer mes dents, qu’il suffit à un pharmacien de vendre ses produits en officine pour exercer son métier, qu’il suffit à un technologue en imagerie médicale d’appuyer sur un bouton pour faire mon scanner ?

Peut-être des politiques imaginent-ils qu’une (brève) formation suffira au médecin, au chirurgien, au dentiste, au pharmacien, au secouriste-ambulancier, au podologue, à l’ergothérapeute, au prothésiste, et j’en passe, pour accomplir les activités visées à l’article 46 (c’est-à-dire l’exercice des activités détaillées en supra aux points 1, 2, 3) ?

Pour une prise de conscience durable

A l’inverse, je n’imagine pas qu’une (brève) formation me suffise pour exercer les professions précitées.

Peut-être des politiques imaginent-ils que – je cite – permettre temporairement l’exercice de l’art infirmier par des professionnels de soins de santé non qualifiés (…) (permettra de garantir) les soins de santé et (d’éviter) des conséquences dramatiques (…), dans le cadre d’une coopération fonctionnelle (…) entre les professionnels de soins de santé non qualifiés et les médecins et/ou les infirmiers pouvant assurer leur formation et leur supervision ?

Peut-être…

Peut-être mes ami.e.s infirmier.e.s vont-ils/elles s’affilier massivement aux organisations professionnelles pour faire entendre et reconnaître notre profession (ces mêmes organisations planchent actuellement quant à la réponse à apporter).

Peut-être la population est-elle en train de (re)prendre conscience de notre expertise infirmière dans le prendre soin.

Une chose est sûre : il serait temps que cette prise de conscience soit durable et que des politiques la comprennent aussi.

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