Chez lui, à Nivelles, Aimé Mpane a recréé un atelier avec ses dessins et sculptures patiemment assemblées.
Chez lui, à Nivelles, Aimé Mpane a recréé un atelier avec ses dessins et sculptures patiemment assemblées.

Le MAD donne carte blanche au peintre Aimé Mpane

Artiste discret et chaleureux, Aimé Mpane, né en 1968, vit et travaille entre Kinshasa et Bruxelles. Formé au Congo et à La Cambre, il se fait remarquer par son étonnante combinaison entre peinture et sculpture ainsi que par une pratique artistique conjuguant les cultures africaines et occidentales. Né dans une famille d’ébéniste, il pratique très tôt le travail du bois tout en se révélant doué pour le dessin. Le mariage de ces deux techniques fait aujourd’hui une bonne part de sa spécificité. Ainsi que son rapport au temps et à l’histoire.

Il est remarqué chez nous avec une série de portraits en couleurs mêlant sculpture sur bois et peinture. Mais très vite, on découvre les autres facettes de son talent : sculptures réalisées directement dans le bois sans dessin préalable, installations diverses, collages de bois d’allumettes formant des personnages grandeur nature, grandes mosaïques murales, dessins, peintures… L’humain et la nature sont omniprésents dans son travail qui interroge les notions d’identité, de passage du temps, de souvenir, de colonisation, de rapport entre l’Europe et l’Afrique… Refusant la notion de réparation à propos de la colonisation, il défend le concept de restauration de la dignité humaine.

Créant un univers singulier résolument contemporain tout en étant nourri des traditions artistiques africaines et occidentales, son art fait le tour du monde, se retrouve dans les plus grands musées et les plus grandes collections. Une de ses sculptures géantes accueille désormais les visiteurs au Musée d’Afrique centrale de Tervuren.

Au début du confinement Eddy Devolder me demande : « que fais-tu ? »

Je lui réponds : « C’est merveilleux ! c’est mon temps de recueillement, non au sens religieux. J’essaye de trouver du bonheur tout simplement avec un minimum de moyens »

Je séjourne à Nivelles, j’ai élu domicile dans mon grenier avec quelques tiges d’allumettes et de la colle. Je ne me rends plus à Bruxelles dans mon atelier.

J’instaure un rituel. Tous les matins, je fais une méditation en collant des tiges d’allumettes pour obtenir deux têtes s’imbriquant l’une dans l’autre, tout en se tournant le dos.

En route pour commencer un corps-objet qui servira à une installation lors du dé-confinement.

Entouré de nature, je m’adonne au jardinage dans un jardin collectif où je plante des légumes et pommes de terre.

André Dubouchet dit… « Dans le monde quotidien, la Démesure l’emporte. » Il marche beaucoup : « Je respire ce que je vois »

Je dis aussi : « dans le monde du confinement, le Recueillement, l’emporte ».

Je pédale beaucoup et je dessine ce que je respire.

Tandis fin d’après-midi, mon vélo me fait un clin d’œil et alors nous partons à deux découvrir la beauté du printemps dans cette Wallonie verdoyante. Je prends deux carnets et de l’encre de chine. Chaque fois que je suis cristallisé devant des fleurs, un paysage, des vaches wallonnes, je dessine en noir et blanc rapidement, je dispose que de quelques minutes par dessin. Je redécouvre la nature, la terre et je suis en permanence en recherche d’une douce conversation. »

Eddy Devolder me répond :

« Dans le confinement

quelle place pour le recueillement

et la contemplation d’abord

le regard pour soi seul

la divagation de l’esprit vagabond

avant l’analogie de l’âme ressentie

dans l’ivresse de l’élévation

face à la vitalité souveraine

de la poussière qui déjà me survit

dans ce printemps précoce

dément lui aussi

quand je vois comme les arbres sont coiffés

lustres d’étincelles impressionnistes

et le rutilement des couleurs

*

le recueil,

le livre du recueillement

les Grecs l’appelaient anthologie

littéralement le discours des fleurs

la parole née du bouquet sauvage

et dans le vocabulaire des Romains

il y avait un verbe piluccare

qui signifiait tout à la fois décortiquer, peler et cueillir

le néerlandais plukken dérive directement de cette action

que nous partageons avec les singes

à cette différence près que nous pensons déjà à demain

c’est-à-dire à concrétiser

*

en face de moi : le lustre étincelant du poirier en fleurs

combien de fruits dans ces pétales piquetés

chastes larmes blanches

dans un cœur ardent enrobé de pollen

combien de buttinements obligés pour les féconder

et de bourdonnements

comme ceux qui résonnaient dans les églises à l’heure des rosaires murmurés

par des assemblées de fervents fidèles

*

Quel accueil réserver à autrui

Dans le confinement

quand la distanciation- la mesure de sécurité-

s’impose

fosse, fossé

et que nous devenons les obligés de la distance

quel sens donner à la proximité, alors

quand il n’y a plus de poignée de main, plus d’accolade, plus d’étreinte

sinon avec les êtres du partage quotidien ?

nous sommes devenus de petits fortins

des bicoques de boue et de sable mouillés

avec des masques et des gants pour armures

chevaliers d’un fantasme collectif

ce que le confinement m’impose cette distance,

n’est-elle pas ce qui me rapproche du négligé ?

*

comme un chasseur de papillon

je vais face au dehors

à la découverte du négligé

d’une présence inédite

et pourtant proche

mais trop discrète

alors qu’à y réfléchir

c’est peut-être elle qui mène vers le secret

quand je me surprends à lever la tête

vers l’appel du veau en prairie

songeant qu’il chercherait

peut-être à signifier simplement

la splendeur solaire du pissenlit en fleur à côté de lui

lequel s’incline devant le fabuleux agencement des taches

sur sa robe de couleur

une « poétique de la proximité »

durant la guerre 14-18

le peintre Auguste Renoir écrivait tous les jours

à son fils Jean au front

quand il estimait qu’il n’avait pas grand-chose à dire

sinon des banalités du quotidien

il lui envoyait une fleur du jardin

une violette souvent

une pâquerette par défaut

chaque fois

un chef-d’œuvre littéraire de peintre en somme

une pensée profonde soustraite au jardin

une perle puisée à sa couronne

Jean raconte que lorsqu’il la recevait

il la prenait par la tige

et tournait lentement

le message de son père

entre ses doigts

et que chaque fois il déclenchait

un carrousel d’émotions profondément enfouies

Go on Aimé ! me dit Eddy Devolder (écrivain belge). »

AIMÉ MPANE

Carnet de dessin accompagnant les balades en vélo dans la campagne.

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