«Celles et ceux qui ont traversé la tempête ensemble sont attendus sur la même terre ferme»

«Celles et ceux qui ont traversé la tempête ensemble sont attendus sur la même terre ferme»

Elles sont exposées à la pandémie comme tout le monde. Elles sont contraintes au confinement comme tout le monde. Elles font partie des moins protégés qui subissent le confinement dans des conditions beaucoup plus rudes, précaires et dangereuses que la majorité de la population de ce pays. Certaines d’entre elles étaient, déjà avant le confinement, retenues dans des espaces de promiscuité forcée qui ne permettent pas de respecter la distance sociale et les recommandations de l’Organisation mondiale de la santé pour empêcher la propagation du virus. La moitié d’entre elles n’ont pu en sortir et y encourent toujours des risques inutiles.

Elles participent à l’effort collectif pour limiter les dégâts de la crise en cours comme tout le monde. À ce titre, elles font partie de la société belge comme tout le monde. Elles sont souvent parmi les premiers volontaires à se proposer pour donner un coup de main ici ou là. Proportionnellement un peu plus que tout le monde, elles sont de celles et ceux qui vont faire les courses pour un voisin immobilisé, qui participent à la distribution de colis alimentaires, qui colportent le numéro vert pour l’aide sociale d’urgence. Un peu plus que tout le monde, en raison de leur parcours et de leur grande précarité, elles organisent des solidarités collectives pour faire face à la maladie, à la perte de revenu, aux difficultés de logement, à la prise en charge des enfants… La plupart d’entre elles seront prêtes à participer, à revendiquer, à agir, à expérimenter lorsqu’il s’agira de reconstruire une société à l’issue de cette crise en repartant sur d’autres bases plus viables pour toutes et tous.

Elles, ce sont les personnes résidant en Belgique sans titre de séjour régulier, celles qu’on appelle les personnes « sans-papiers ». Qui vivent parmi nous avec beaucoup de choses à proposer.

Malgré des décennies de sape par des politiques publiques et des attitudes individualistes encouragées par la même idéologie, cette crise nous montre l’importance de faire société, de répondre collectivement aux dangers du présent et aux défis du futur. Ce virus comme le réchauffement climatique nous rappelle que les adversités auxquelles nous nous confrontons ne connaissent pas de frontière. Il devrait en être de même pour la solidarité et les réponses qu’elles appellent.

N’est-ce pas l’occasion de reconnaître que nous faisons toutes et tous société, avec ou sans papier, avec ou sans domicile, avec ou sans contrat de travail. Le confinement nous confirme que la citoyenneté ne se réduit pas à la possession d’un titre. Les papiers ne sont pas encore nécessaires pour contribuer à la solidarité concrète et directe. Les personnes sans-papiers pourraient en faire davantage encore si l’on leur en accordait le droit, si l’on valorisait et intégrait dans notre tissu social tous leurs savoirs, savoir-faire et savoir-être.

Pourtant, elles sont loin d’être considérées comme des citoyennes et des citoyens à part entière. Pourtant les papiers sont toujours nécessaires pour bénéficier de la solidarité publique, pour s’intégrer dans la vie économique formelle et dans la politique de la cité. Pourtant leur participation massive à l’économie informelle montre à quel point elles sont utiles aux employeurs pour leur force de travail… et pour les exploiter, faire pression sur les salaires et esquiver les cotisations sociales.

Cette crise et la nécessité d’en sortir par le haut et par la solidarité ne sont-elles pas l’occasion d’enfin régulariser toutes les personnes sans-papiers ? D’abord, comme l’a décrété le gouvernement portugais, parce qu’elles sont pour l’instant dans l’impossibilité de rentrer dans un pays qu’elles ont eu de bonnes de raisons de quitter et parce que l’administration confinée à d’autres priorités. De ce point de vue, tous les centres fermés devraient ouvrir leurs portes. La rétention des étrangers n’ayant de raison d’être que dans l’organisation de leur expulsion, elle est devenue illégale depuis la suspension du trafic aérien.

Ensuite, parce que nous savons que le retour au pays n’a aucun sens pour elles, qu’elles resteront ici puisqu’elles y sont et qu’autant qu’elles y soient pleinement avec un titre de séjour non précaire. Afin qu’elles puissent s’impliquer comme tout le monde dans la reconstruction sociale qui fera suite à la crise, dans le monde du travail et les systèmes de solidarité qu’il faudra remettre à jour. Afin que tout le monde puisse profiter de leurs expériences et des ressources décisives qu’elles ont déployées pour surmonter les épreuves périlleuses qui les ont menées jusqu’ici.

Parce qu’elles sont avec nous et pas contre nous.

Soyons avec elles, pleinement.

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