«La reconstruction européenne post-Covid 19 doit nous protéger de la crise climatique»

«La reconstruction européenne post-Covid 19 doit nous protéger de la crise climatique»

Nous représentons des centaines d’organisations environnementales et sociales de coalitions nationales pour le climat, ainsi que des organisations de jeunes dans les différents pays de l’Union européenne, et depuis des années, nous nous mobilisons pour sensibiliser les dirigeants aux dangers permanents que représentent les changements climatiques pour nous toutes et tous. Inutile de rappeler ce que la science nous dit depuis si longtemps, notamment le nombre limité d’années qui nous restent pour changer de cap et éviter une hausse de température qui provoquerait des bouleversements aux conséquences dramatiques : qu’il s’agisse de notre capacité à vivre sous des vagues de chaleur, des défis de la production alimentaire, des ressources en eau, de l’augmentation des phénomènes météorologiques extrêmes, ou des migrations forcées que ces différents effets de la crise climatique entraîneront. Sans oublier la destruction dramatique de la biodiversité aux multiples conséquences sanitaires et alimentaires.

L’effroyable crise du Covid-19 a paralysé toutes nos sociétés, ébranlant notre système économique et remettant en cause les certitudes sur lesquelles reposaient jusqu’alors nos vies. La priorité absolue est d’en sortir le plus rapidement possible, d’assurer la sécurité pour toute personne et de mettre en place tous les moyens nécessaires pour éviter une catastrophe sociale, notamment pour les plus vulnérables d’entre nous.

Cependant, repartir comme avant serait une grave erreur. En effet, cette crise nous fait prendre conscience de la fragilité de notre mode de vie et de l’impact social effroyable qu’elle peut avoir sur les populations les plus fragiles. Mais surtout, elle n’a pas mis fin à la crise climatique, loin de là : les statistiques de la NASA montrent que le mois de mars 2020 a été le second mois le plus chaud depuis les premiers enregistrements des températures ! S’il existe des doutes par rapport à la menace que représente ou non le Covid-19 pour l’avenir, la menace posée par la crise climatique n’est même pas discutable.

Malgré notre regard critique, nous nous sommes réjouis que la présidente de la Commission et le président du Conseil aient tous deux présenté « Green Deal européen » au début de la législature, le définissant comme étant le moment où l’Union « va sur la lune ». La crise du Covid-19 ne peut pas remettre en cause ce Green Deal. Nous sommes heureux de constater que dix-neuf États membres et de nombreuses personnalités et parlementaires pensent comme nous. Mais nous ne sommes pas dupes ! Nous savons également que de nombreux autres États membres et groupes d’intérêt tels que le secteur automobile et divers lobbies industriels ont multiplié leurs demandes de suspension du Green Deal, sous prétexte de la crise du Covid…

En tant que mouvements de jeunes et de citoyens, nous demandons à la Commission et au Conseil non seulement de préserver le Green Deal, mais surtout de le renforcer, en tirant les premières conclusions des bouleversements de la crise actuelle.

La toute première conclusion à en tirer est que « quand on doit, on peut » : face à la menace de la crise du Covid-19, les gouvernements ont pu instaurer des confinements à grande échelle, établir de nouvelles normes de comportement et suspendre certaines activités économiques pour protéger leurs citoyennes et citoyens. De nombreux spécialistes estiment que le réchauffement climatique aura des conséquences différentes mais bien plus dramatiques pour la santé publique que le Covid-19. Si, comme celui-ci, la crise climatique se présentait comme une menace spécifique et immédiate, nous n’hésiterions certainement pas à prendre les mesures nécessaires pour nous protéger : qu’attendent nos dirigeants européens pour donner au Green Deal la dimension que la crise climatique exige ? De plus, un véritable Green Deal sera générateur d’emplois, de meilleures conditions de vie et, certainement, de santé. Et sur le plan économique, comme l’a prouvé une étude publiée dans Nature pendant la crise, il aura un impact positif sur la prospérité des États.

Ensuite, puisqu’il faut un « plan de reconstruction », il est impératif qu’il s’appuie sur les axes développés par le Green Deal. La crise nous oblige d’ailleurs à aller dans cette direction, qu’il s’agisse de protéger la biodiversité, dont la violation est à l’origine du virus, de changer le modèle agricole pour ne pas dépendre d’une main-d’œuvre bon marché devenue confinée, ou de réduire la pollution dans les villes, qui semble avoir amplifié le nombre de personnes touchées. Pour le reste, nous savons ce que nécessite la lutte contre le dérèglement climatique : une augmentation substantielle de l’objectif de réduction des émissions, un grand plan d’efficacité énergétique, ainsi que des investissements massifs dans les énergies renouvelables et les capacités de stockage.

Enfin, les ressources financières allouées à ce plan doivent être beaucoup plus ambitieuses que les montants avancés avant la crise. Même à l’époque, ceux-ci étaient déjà bien inférieurs à ce que la Cour des comptes européenne avait jugé nécessaire, et leur financement était par ailleurs loin d’être assuré. L’impact de la crise, selon l’analyse – prudente – du FMI, est d’environ 8 % du PIB européen. Que cela nous plaise ou non, il faudra trouver des montants de cette ampleur pour éviter une récession et des mesures d’austérité qui seraient socialement sanglantes et laisseraient la place à tous les partis populistes et anti-européens. L’endettement à court terme semble être une solution inévitable, mais il devra être compensé avec des ressources propres suffisantes, qu’il s’agisse d’impôts sur les bénéfices des grandes entreprises, sur les grands patrimoines personnels ou sur les activités polluantes. Il importe que les montants soient à la hauteur des défis climatiques et assurent une transition juste pour les travailleurs des secteurs dont l’intensité carbone est incompatible avec une économie européenne résiliente.

Nous sommes obligés de constater les lignes de division régionales au sein de l’Union européenne et nous demandons s’il est encore nécessaire de rappeler que la crise climatique dépasse toutes les frontières ?

Nous, jeunes et moins jeunes, citoyennes et citoyens, appelons nos dirigeants européens et nationaux à relever enfin les défis de ce siècle et à prendre des décisions collectives ambitieuses pour permettre à l’Union européenne de répondre en même temps aux défis sanitaires, économiques, sociaux et environnementaux posés par les multiples crises auxquelles nous sommes confrontés. Si l’Europe croit encore à son avenir, elle doit combiner trois principes incontournables : la prospérité, la solidarité et la durabilité.

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