«Pour un déconfinement pédagogique»

«Pour un déconfinement pédagogique»
Pierre-Yves Thienpont.

Je parlerai uniquement de l’enseignement général où j’ai enseigné de nombreuses années.

Les élèves de 6e rentrent pour une dizaine de jours, c’est bien.

J’espère que les délibérations ont déjà eu lieu et que les décisions finales de réussite ne seront pas tributaires des quelques activités auxquelles les étudiants participeront.

Je dis « activités » à dessein car ce n’est pas en 10 jours que l’on comblera des lacunes en français, mathématiques, sciences ou langues. Je pense qu’il faut saisir l’opportunité de ces journées pour préparer au mieux ces jeunes à accéder aux études supérieures en leur proposant des activités de synthèse, de prise de notes, de QCM…

Rien n’est pire que de recommencer une 6e. Il est certainement préférable d’éventuellement recommencer une première bac.

Pour ce qui est des délibérations dans les autres classes, pour les années impaires (1,3,5), le passage devrait être automatique et l’évaluation porterait sur le degré en juin 2021.

En 2e, si un élève était en échec lourd en fin de première et était toujours dans la même situation en mars, on pourrait raisonnablement envisager une 2S.

C’est sans doute en 4e que c’est le plus compliqué. Il faudrait regarder les résultats sur le degré et faire ou non un pari positif sur la capacité de l’élève à suivre l’option choisie au troisième degré.

Je pense qu’un des enjeux essentiels du redémarrage de l’école, c’est la préparation de la prochaine année scolaire et pas seulement la rentrée en septembre.

En effet, si on ne veut pas que les délibérations de juin 2021 ressemblent à un abattoir industriel, il y a lieu de réfléchir et d’organiser autrement l’année scolaire 2020-2021.

Il n’est pas question que les élèves soient confrontés à la matière de 4/3 d’année scolaire puisque cette année a été amputée d’un tiers.

Inventorier les acquis par branche

Mais il y a un risque que des professeurs y soient attentifs en début d’année et tentent de combler quelques lacunes et, le temps passant, reprennent leur programme de cours habituel comme si de rien n’était.

Il conviendrait donc que les professeurs se concertent par branche, tant horizontalement que verticalement afin de, dans un premier temps, faire le relevé, classe par classe, de la matière qui a été vue et de la matière qui est indispensable à voir pour suivre correctement les cours dans l’année supérieure. En faisant ce travail, chaque professeur devrait également pointer ce qui est essentiel et ce qui l’est moins dans son programme habituel.

Décider d’un programme commun

Une fois ce travail réalisé par tous les enseignants pour tous les cours et toutes les années, ils devraient se réunir afin de se mettre d’accord sur un programme commun de ce qui devra être vu en début d’année pour combler les lacunes et de ce qui est essentiel à voir le reste de l’année. Ce travail devrait également se faire avec les collègues des autres années afin de créer une cohérence entre ce qu’il faut absolument avoir vu d’une année à l’autre et un programme minimum par année.

Etablir un plan de matières

Une fois ce travail réalisé, chaque professeur devrait rédiger un document pour chacun de ses cours, qui devrait être validé par la direction. Ce document reprendrait les intentions pédagogiques du professeur pour l’année scolaire 2020-2021. Outre les modalités d’évaluation, ce document présenterait un plan de matières qui comprendrait trois volets.

Tout d’abord, la matière de l’année précédente qui n’a pas été vue et qui est indispensable pour poursuivre le cursus dans de bonnes conditions l’année suivante.

Ensuite, la matière jugée essentielle qui sera vue par la suite.

Enfin, la matière qui ne sera pas vue, faute de temps, et jugée moins importante pour poursuivre le cours dans l’année supérieure.

Impliquer parents et élèves

Il me semble important que le document reprenne la matière qui ne sera pas vue car cela permettra aux élèves de rappeler à leur professeur oublieux que telle ou telle matière ne doit pas être vue, mais surtout, cela informera les professeurs de l’année scolaire 2021-2022 de l’état exact des connaissances supposées des élèves et d’adapter leur plan de matières en conséquence. Ce document devrait être expliqué et remis aux élèves dès la rentrée de septembre. Il devrait également être présenté aux parents lors de soirées organisées dans le courant du mois de septembre afin de les rassurer et de leur expliquer clairement le cheminement choisi afin de rattraper sans pénaliser les mois perdus.

Recréer du lien

Les syndicats objecteront sans doute qu’il s’agit là d’imposer des prestations supplémentaires aux enseignants. Pourrais-je leur rappeler que les enseignants sont payés à 100 % depuis mars, sans contrôle d’activité. Il ne serait donc pas choquant, me semble-t-il, d’attendre d’eux une prestation d’une ou deux soirées en septembre afin de recréer du lien avec les parents et de démarrer l’année scolaire dans un climat de confiance réciproque.

Cette nouvelle année scolaire sera très particulière. Il faudra sans doute conserver les gestes barrières mais il faudra surtout, dans un premier temps, recréer du lien, raccrocher un certain nombre de jeunes après cinq mois sans école avant d’envisager un travail de fond sur les matières.

Je pense que les enseignants devraient être exclusivement préoccupés par cette urgence et il me semblerait judicieux que tout ce qui concerne les plans de pilotage soit mis entre parenthèses pour au moins une année scolaire.

Enfin, pour que cette année scolaire se termine le 30 juin, il faudrait, exceptionnellement, supprimer les recours internes et n’accepter que des recours externes qui seraient traités durant les vacances et dont les résultats seraient communiqués au grand plus tard le 28 août 2020.

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