«Au-delà des urnes, appelons les citoyen.ne.s dans les hémicycles pour construire une nouvelle société!»

«Au-delà des urnes, appelons les citoyen.ne.s dans les hémicycles pour construire une nouvelle société!»

Après Régis Dandoy, c’est cette fois au tour de Vincent de Coorebyter d’en appeler à de nouvelles élections fédérales en automne prochain.

La thèse du politologue de l’ULB est que la crise a rebattu les cartes et que « l’impératif démocratique » nécessite de solliciter l’opinion des citoyen.ne.s sur des questions relatives au monde d’après pour opérer des arbitrages économiques, environnementaux et de réforme de l’État. Et qu’il faut dès lors retourner aux urnes. Jusque-là, nous sommes d’accord. En effet, la sortie de la crise que nous vivons aujourd’hui nécessitera de la part des citoyen.ne.s un choix de société qui passe par des élections fédérales, un « vote projet ».

Là où nos opinions divergent fondamentalement, c’est dans la réponse trop limitée apportée à cet impératif démocratique. Alors que les professeurs Dandoy et de Coorbyter ne proposent que les élections, j’estime que, pour dessiner le monde d’après, elles seules ne suffiront pas. Il faut repenser un système dans lequel un.e citoyen.ne, plutôt que d’utiliser sa voix uniquement lors des échéances électorales, pourrait contribuer structurellement à la co-construction de notre société.

Se limiter aux scrutins pour connaître les orientations des citoyen.ne.s ne suffit pas, d’autant plus quand on veut s’attaquer aux enjeux majeurs qui nécessitent des actions qui dépassent le court-termisme électoral. L’adoption de décisions ambitieuses, sur le long terme, dans notre système traditionnel est parfois compliqué en raison de la crainte d’une éventuelle sanction lors de l’élection suivante. Une vision à long terme n’est pas forcément conciliable avec le temps électoral, qui réclame un impact immédiat. La Convention constitutionnelle irlandaise, une assemblée composée de citoyen.ne.s tiré.e.s au sort et de parlementaires, constitue un modèle inspirant à suivre : elle a permis de trancher des sujets de société tels que le mariage homosexuel et la dépénalisation de l’avortement qui paralysaient le système politique jusque-là. Considérant l’incroyable succès du processus, l’Irlande a décidé de prolonger l’initiative en s’attaquant au réchauffement climatique grâce à la confiance accordée à ses citoyen.ne.s tiré.e.s au sort via le même processus. Nous savons que face aux enjeux de justices sociale et environnementale, nous devrons adopter des décisions courageuses qui dépassent le temps électoral. Une nouvelle société, plus juste et égalitaire, ne pourra pas se construire au travers d’un ancien système exclusivement basé sur les élections. Seule une démocratie réellement participative et délibérative le pourra.

Les différentes assemblées bruxelloises (COCOF-COCOM-PRB) ont déjà fait un premier pas en prenant le parti de croire en une participation permanente des citoyen.ne.s au cœur même du fonctionnement des institutions. Dans les prochains mois, nous mettrons en place, au sein de ces assemblées, la première commission délibérative composée de 45 citoyen.ne.s tiré.e.s au sort et de 15 parlementaires qui, à l’issue de différentes journées de réunion, formuleront des recommandations sur une question proposée préalablement par d’autres citoyen.ne.s via un mécanisme de suggestion (1.000 citoyen.ne.s qui proposent une thématique). L’assemblée concernée devra alors indiquer quel suivi elle compte accorder à ces recommandations.

Il n’y a pas que Bruxelles qui innove. En Communauté germanophone également, une assemblée citoyenne vient d’être mise sur pied au sein du Parlement. La Belgique est aujourd’hui un modèle international en matière de démocratie délibérative. Lors de la première Université d’été sur la démocratie délibérative organisée par le G1000 en octobre dernier à Eupen, nous nous sommes retrouvés avec des participant.e.s du monde entier afin d’échanger sur les différentes innovations mondiales instaurées.

La démocratie en 2020 n’est pas uniquement synonyme d’élections et la Belgique en est un des exemples les plus parlants. Les citoyen.ne.s ont un rôle plus important à jouer que de cocher une case le jour des élections. Alors, pourquoi ne pas réellement franchir le rubicon démocratique en intégrant l’opinion des citoyen.ne.s pour construire le monde de demain ? Pourquoi ne pas institutionnaliser la délibération citoyenne en passant d’un système relativement passif basé sur les élections à une réelle démocratie participative ? Si nous voulons un avant et un après covid-19, commençons par bouleverser nos habitudes démocratiques : le monde d’après ne se construira que par la création de nouvelles structures de participation permanente des citoyen.ne.s, vectrices d’une réelle inclusion politique.

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