«La crise de l’aviation: une opportunité unique pour l’Europe!»

«La crise de l’aviation: une opportunité unique pour l’Europe!»
Reuters

Le secteur aérien se portait déjà mal avant la crise du Covid-19. Celle-ci a poussé beaucoup de compagnies aériennes au bord du gouffre. Le secteur est quasiment à l’arrêt et 25 millions d’emplois sont menacés à travers le monde. Le redémarrage sera long et difficile, trois ans selon certains spécialistes. Pourtant, cette crise sans précédent ouvre une formidable et unique opportunité de reconstruire une industrie qui en a besoin depuis longtemps.

Malgré les menaces de faillite et la pression exercée par les compagnies aériennes sur les gouvernements, la solution ne doit pas être trouvée dans la semaine. Céder à ce chantage mènerait à des aides décidées dans l’urgence par les Etats sans coordination au sein de l’Union européenne (UE).

La reconstruction de l’aviation européenne devrait se faire autour des axes suivants : une intervention forte de l’Europe, une collaboration innovante entre les secteurs public et privé, le strict respect des exigences climatiques et un plan d’accompagnement des travailleurs qui perdront inévitablement leur emploi.

Une nécessaire coordination entre les Etats

Alors que l’aviation est internationale par essence, l’Europe semble absente dans ce débat. Les Etats négocient individuellement avec les compagnies et sont souvent trop faibles pour résister à la pression voire au chantage des compagnies. Lufthansa, par exemple, profite de l’absence de collaboration entre les Etats afin de « diviser pour régner ». Lufthansa, active notamment en Allemagne, en Autriche, en Suisse et en Belgique (via Brussels Airlines) négocie des aides dans chaque pays, alors que les Etats seraient d’autant plus forts pour faire plier Lufthansa s’ils s’unissaient dans cette négociation.

La stratégie du secteur aérien pour la prochaine génération ne peut être développée et mise en œuvre qu’au niveau de l’UE. Seule l’Europe peut se montrer assez forte pour négocier d’égal à égal avec les compagnies aériennes. Elle seule peut imposer la consolidation du secteur et arbitrer entre les compagnies « nationales ». L’UE doit être le garant du respect des règles du jeu et prendre, en toute indépendance, les décisions stratégiques cohérentes qui s’imposent dans l’intérêt général sans se laisser influencer par les groupes de pression nationaux.

Pas d’avenir pour l’aviation sans respect des règles climatiques

Le secteur aérien s’est toujours opposé avec vigueur aux mesures climatiques. Si aujourd’hui, il demande massivement de l’aide, le moment est idéal pour lui imposer le respect des objectifs climatiques et les méthodes pour atteindre ces objectifs, notamment la réduction des capacités et les investissements à faire en matière écologique. Seule L’UE a le poids pour imposer aux compagnies aériennes le respect des objectifs climatiques.

« Air Europe International »

Selon Greenpeace, le total des aides d’Etat au secteur aérien en Europe dans le cadre de la crise actuelle totalisera €30 milliards (dont €13 déjà accordés et €17 encore en discussion).

Au lieu de laisser s’éparpiller ces aides accordées par les Etats sur des bases peu cohérentes, imaginons que l’UE crée une société faîtière (une holding) qui serait capitalisée à concurrence de €30 milliards. Appelons-la « Air Europe International » (AEI). A la place de chaque Etat, c’est AEI qui accorderait des aides aux compagnies aériennes sous la forme de prises de participations. Pour être utiles sans être dominantes, ces participations s’élèveraient à minimum 25,1 % (minorité de blocage) et maximum 50 % (contrôle conjoint). Via la holding AEI, l’UE assurerait la cohérence des aides accordées et des stratégies mises en place en matière d’investissements, de régulation des capacités et de la tarification. Enfin, AEI serait une force incroyable pour lutter contre la concurrence non-européenne.

Et l’emploi dans tout cela ?

Il y a évidemment beaucoup d’emplois en jeu. Les licenciements se comptent déjà par dizaines de milliers. La pression sociale monte. Pourtant, vouloir maintenir l’emploi à tout prix ou tailler insuffisamment dans l’emploi à cause de pressions politiques ou syndicales serait une erreur.

Au contraire, il est temps d’adapter le niveau de l’emploi à la stratégie du secteur pour la génération future. Il est indispensable d’éliminer la surcapacité qui mine le secteur, de diminuer le nombre de vols pour préparer un avenir neutre en carbone, mais aussi de rétablir une rentabilité qui permettra de faire les investissements et les innovations nécessaires. Tout cela entraînera inévitablement des pertes d’emplois. Penser le contraire est un leurre.

Soutien à l’emploi

En contrepartie, les travailleurs victimes de la réorganisation du secteur devront être soutenus par des plans sociaux et par des initiatives pour les aider à se reconvertir. Le coût de ces plans sociaux doit être pris en charge par les responsables du chaos dans le secteur à savoir les compagnies aériennes et leurs actionnaires et non les Etats. Comment ? En faisant participer les anciens actionnaires (via la dilution de leurs participations) aux moins-values occasionnées par la restructuration du secteur. En revanche, si le partenariat public-privé sous la houlette d’AEI réussit, les anciens actionnaires assureront la pérennité de leur investissement.

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