«Urbanisme et pandémie: une révolution de la culture du territoire s’impose en Wallonie!»

Rue Pont d’Avroy, à Liège.
Rue Pont d’Avroy, à Liège. - Michel Tonneau.

Le territoire wallon s’est trouvé sous le régime du confinement pendant près de deux mois. Les espaces publics se sont vidés, les activités se sont arrêtées, la circulation automobile a presque disparu. Dans les villes, petites ou grandes, de nouvelles appropriations de l’espace se sont développées.

De tout temps, les épidémies ont laissé des traces sur les villes, et les ont fait évoluer. Il est certainement trop tôt pour tirer toutes les conclusions de cette crise, mais il est grand temps de se poser des questions. Des enseignements sont à tirer des situations vécues dans les quartiers.

Aujourd’hui les villes ont compris qu’elles ne pouvaient plus attendre. Milan, chef-lieu d’une des régions les plus polluées d’Europe, respire et développe un programme de mobilité verte extrêmement ambitieux. Amsterdam lance un plan de relance centré sur une économie au service des besoins humains et de l’écologie. Barcelone prépare un « pacte de reconstruction citoyenne » permettant d’inscrire la ville dans un régime de transition, etc., etc.

Trop peu de projets wallons

Certes ces exemples sont emblématiques, certes le réseau urbain wallon a ses spécificités mais il est frappant de constater le peu de projets le concernant, comme si les impacts sur les villes n’existaient pas, alors que ce sont les populations qui y résident qui ont certainement le plus souffert du confinement.

Développer une culture de la gestion publique du territoire et du fait urbain est une absolue nécessité. Nous plaidons ainsi pour que le Gouvernement wallon et les acteurs communaux se saisissent du moment pour investir les deux thèmes suivants, avec audace et ambition. Ce ne sont pas des dépenses que nous demandons mais un investissement ferme dans l’avenir.

Les espaces publics comme bien commun

Les situations vécues en période de confinement devraient amener à une prise de conscience de l’importance de développer l’action publique dans ces espaces qui bénéficient à tous. Il importe de mobiliser toutes les politiques qui y interviennent : environnement, culture, cohésion sociale, logement, mobilité, etc.

Il est question d’un investissement budgétaire – passant par une convergence des moyens, plutôt que d’un éparpillement – mais surtout d’un investissement culturel.

Dans le cadre de la Sixième réforme de l’Etat, la politique fédérale des grandes villes a été transférée à la Wallonie mais sans véritable évolution de mentalités. Or les villes wallonnes ont une grande diversité d’expériences et richesse de pratiques, mais rarement mises en cohérence.

Face à ce constat, nous plaidons pour la création d’un centre d’expertise régional qui propose des solutions innovantes, des marchés publics ambitieux, nourrisse les politiques locales, et de surcroît, réalise de la prospective territoriale pour permettre la transition.

Nous plaidons également pour que se réalise enfin le transfert modal qui priorise une fois pour toutes les transports publics et la présence des modes actifs (marche, vélo) dans les espaces publics.

Le travail sur le paysage urbain, la verdurisation des villes, et leur mise en relations avec les écosystèmes naturels et territoriaux ont été mille fois prônés, trop peu appliqués, voir niés.

Il est temps de passer le cap. Les espaces publics sont des biens communs de nos villes bien plus fondamentaux que des infrastructures exclusivement dédiées à la voiture et au shopping.

Une logique territoriale basée sur la proximité

La déclaration de politique générale annonce que « le Gouvernement déploiera une stratégie régionale pour augmenter l’accès aux services et équipements publics ou collectifs, et aux petits commerces, dans les noyaux urbains, périurbains et ruraux existants ».

Le confinement a permis de révéler une échelle de quartier. Les déplacements se sont raccourcis, les commerces et services de proximité ont été redécouverts. Cette crise sanitaire aura illustré toute la pertinence d’une économie des circuits courts, donnant tout son sens aux logiques de ceinture alimentaire que l’on voit se développer autour des villes.

Mais, quelles suites pérennes allons-nous donner à cette expérience grandeur nature ?

Nous plaidons pour qu’une intensification de l’urbanisme de proximité concomitante à la prise en considération des opportunités de production et de transformation qu’offrent nos territoires deviennent dès aujourd’hui des priorités.

C’est maintenant !

Au Gouvernement régional wallon de se saisir de l’opportunité pour réinvestir dans les espaces urbains et la ville dans une perspective pluridisciplinaire et intergénérationnelle, intégrant une vision décloisonnée de l’aménagement du territoire.

C’est du cadre de la vie d’une majorité de Wallons dont il est question.

La situation actuelle nous aura appris que le « business as usual » n’est pas une option. Il faut se doter d’une politique qui anticipe les territoires dans une perspective de résilience sociale et de valorisation des écosystèmes, pour faire face à la pandémie actuelle mais aussi affronter les enjeux climatiques et de transition qui s’annoncent.

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