«Un plan de relance fort et rapide pour éviter le pire»

«Un plan de relance fort et rapide pour éviter le pire»

C itius, Altius, Fortius (« plus loin, plus fort, plus rapide »), la devise olympique pourrait s’appliquer à la nécessité de mettre en œuvre le plus rapidement possible un plan de relance de grande ampleur en Belgique.

A la suite d’une crise sanitaire sans précédent (dont la phase chronique risque encore de durer de longs mois), notre pays s’apprête à faire face à une crise socio-économique sans précédent. Les entreprises sont confrontées à une demande qui ne redémarre pas, ce qui selon la Banque nationale laisse craindre une reprise bien plus lente que prévu. En conséquence, selon les enquêtes du ERMG, 63 % des entreprises prévoient de reporter ou simplement d’annuler leurs investissements. Les prévisions économiques deviennent plus noires de jour en jour. On parle aujourd’hui d’une croissance négative pour 2020 entre -11 % et -13 % !

Si aucune action d’envergure pour relancer la demande et l’investissement n’est prise rapidement, des dégâts irréversibles seront causés à notre économie et une vague de faillites sans précédent nous frappera dès l’automne 2020 avec des conséquences désastreuses pour l’emploi. Un employé sur cinq actuellement en chômage temporaire ne redémarrera jamais. Cela va impacter 180.000 familles belges, en particulier pour les travailleurs actifs dans le secteur des arts, de la culture, de l’horeca et de l’événementiel.

Face à une vague annoncée d’une telle ampleur, l’Etat doit pleinement jouer son rôle en relançant la machine économique. Il peut le faire à la fois en supportant la demande intérieure, en aidant de manière ciblée les entreprises pour éviter les faillites mais aussi en stimulant l’investissement public et privé.

Pour reprendre Esther Duflo, prix Nobel d’économie en 2019, nous sommes donc «  dans un moment keynésien par excellence et il faut injecter massivement des ressources dans l’économie  » . Cela peut évidemment sembler contre-intuitif pour les tenants de l’orthodoxie budgétaire, mais la priorité aujourd’hui ne doit pas être le montant de la facture mais bien de garantir que l’économie reste aussi intacte que possible, aussi bien du point de vue du capital humain que physique. Les économistes parlent de limiter les effets d’hystérèse. En d’autres mots, d’un point de vue budgétaire, injecter de l’argent aujourd’hui permet de protéger les recettes fiscales de demain en sauvant des entreprises et des emplois.

De même, outre la nécessité de récompenser ceux qui ont été mis à l’épreuve par la crise et d’aider ceux qui souffrent dans la précarité, un soutien direct au pouvoir d’achat (via des chèques ou des primes) contribue à ce cercle vertueux de la relance. Dans la situation de récession profonde que nous connaissons, les effets retour budgétaires sont supérieurs aux coûts de ces mesures, d’autant plus si ce soutien est ciblé sur les catégories qui en ont le plus besoin (pour assurer que les moyens sont effectivement dépensés localement et pas mis sur un compte épargne). C’est le fameux concept du multiplicateur keynésien que Geert Persman et Stijn Baert, économistes à l’Université de Gand estiment entre 0,8 et 1,5 en période de conjoncture normale et jusqu’à 3,0 en période de récession comme celle que nous vivons actuellement. En d’autres mots, 1 euro de soutien additionnel au pouvoir d’achat peut augmenter la richesse collective d’un montant allant jusqu’à 3 euros et, si on suppose une charge fiscale de 50 %, aura donc un retour budgétaire jusqu’à 1,5 euro pour l’état.

Nos voisins semblent avoir mieux compris que nous ces mécanismes. Selon les comparaisons effectuées par le think tank Bruegel, il apparaît que le stimulus direct est particulièrement faible en Belgique. L’ensemble des mesures de relance initiées à ce jour en Belgique s’élève à 0,7 % du PIB alors qu’il est de 1,6 % aux Pays-Bas (x2,2), de 2,4 % en France (x3,5) et de plus de 10 % en Allemagne. Si, la Belgique ne réagit pas rapidement, la position de la Belgique et de ses entreprises belges sera fortement déforcée en sortie de crise. Pour faire une analogie avec la Formule 1, il y a un risque réel que, quand la saison reprendra, la Belgique reste bloquée sur la grille de départ ou ne tourne qu’avec la moitié de ses cylindres par rapport aux autres écuries. Les amateurs de F1 comprendront.

Dans chaque crise réside aussi la possibilité de se réinventer. Via un plan d’investissement massif s’inscrivant dans la stratégie du « green deal » européen, la crise du coronavirus est aussi une opportunité de redessiner un futur souhaitable et durable. En Formule 1 aussi, une période prolongée dans les paddocks est une occasion pour faire un upgrade du moteur (pourquoi pas l’électrique ?) ou pour changer l’axe de direction.

La Belgique est aujourd’hui à la croisée des chemins. Suite à la crise de 2008, les mesures d’austérité dans quasi tous les pays européens ont handicapé la vigueur de la reprise et prolongé les effets de la récession. Aujourd’hui, certains pays européens semblent avoir appris de leurs erreurs et mènent une politique de relance expansionniste. Il faut tout faire pour que la Belgique en fasse partie.

Cet article réservé aux abonnés
est en accès libre sur Le Soir+
Chargement
A la une
Tous

En direct

Le direct

     

    Cet article réservé aux abonnés est exceptionnellement en accès libre

    Abonnez-vous maintenant et accédez à l'ensemble des contenus numériques du Soir : les articles exclusifs, les dossiers, les archives, le journal numérique...

    7,5€/mois
    pendant 6 mois
    J'en profite
    Déjà abonné?Je me connecte
    Aussi en Cartes blanches