Carte blanche d’un directeur d’école: «La gestion de la crise coronavirus atteint un nouveau record d’incompétence»

Carte blanche d’un directeur d’école: «La gestion de la crise coronavirus atteint un nouveau record d’incompétence»

Madame la Ministre,

La situation est telle qu’il est temps de la décrire telle qu’elle est, de vous dire comment se sentent les directions et le corps enseignant du primaire et du fondamental.

La rupture de confiance entre les écoles et le ministère est totale.

En temps normal, les directions ont l’habitude de pallier les très nombreux manquements de la Fédération Wallonie Bruxelles. C’est devenu une habitude, c’est même devenu une tradition via les fameuses fancy-fairs. Aussi bien les directions, que les enseignants, que les parents et, dans une moindre mesure, même les syndicats, participent de bon cœur aux œuvres caritatives organisées par les directions pour subvenir aux besoins des écoles afin de remédier aux manques de moyens alloués par la FWB.

Le corps professoral déborde de bonne volonté et d’énergie. Il s’investit cœur et âme dans ce métier qui est une véritable vocation. Un métier si beau, si avantageux et surtout si bien mis en valeur par vos soins qu’il est en pénurie.

Mais il y a des limites.

Comment est-il possible que les directions découvrent dans la presse, en même temps que les parents et les enseignants la circulaire définissant les futures consignes organisant les écoles ? Quel manque total de politesse et de respect. J’en reste sans voix.

Comment voulez-vous que les parents et les enseignants fassent encore confiance à un gouvernement qui change d’avis comme de chemise suite à la pression d’un groupe de pédiatres. Bien entendu que l’école est importante et que les contacts sociaux sont importants mais trois semaines de cours vont-elles sauver les enfants de la folie annoncée par les pédiatres ? N’exagère-t-on pas la situation pour suivre les décisions du nord du pays ou répondre à une pression certaine ?

Tous les dangers sont-ils réellement écartés en deux semaines de temps ? Est-ce qu’ouvrir les écoles pour trois semaines tout en sachant tout ce que cela va impliquer comme complications est une décision prise en bon père de famille ? Le gouvernement a-t-il seulement pris la peine de contacter les directions pour voir la faisabilité de cette réouverture cavalière ? Non ! Jamais nous n’avons été entendus. Nous n’avons pas été consultés une seule fois alors. Et comme vous n’avez pas consulté une seule fois les directions, vous ne pouvez comprendre la presque impossibilité physique d’organiser les écoles en suivant vos recommandations. Comment faire laver des mains à plus de 500 enfants 8 fois par jour alors qu’il n’y a qu’un évier par classe ? Comment faire pour que les enfants ne se mélangent pas dans les cours quand ils sont plus de 500 ? Comment gérer les « bulles » lors des garderies ? Et puis, l’école obligatoire ne l’est plus vu que les parents ne sont pas obligés de déposer leur enfant. Dès lors, quid des apprentissages pour les absents ? Non, rien n’a été pensé convenablement, vous avez suivi le vent qui vous pousse dans le dos en méprisant totalement les directions.

De plus, votre circulaire n’impose rien, ne solutionne rien. Elle conseille, elle invite mais surtout elle tente de donner mauvaise conscience sans engager une seule fois la responsabilité qui est la vôtre. Il est temps que ce gouvernement agisse en prenant ses responsabilités pleines et entières. C’est trop facile de laisser aux autres le soin de décider si oui ou non il faut ouvrir ou non les écoles en fonction de ses possibilités. Le gouvernement devrait donner les moyens d’atteindre les résultats attendus à toutes les écoles… ce que nous attendons toujours depuis des dizaines d’années.

La gestion de cette crise restera dans les mémoires comme un nouveau record d’incompétence atteint dans votre chef. Comme une ligne totale de mépris envers les acteurs de terrain. Une fois de plus, rien que les mots « Fédération Wallonie Bruxelles » vont faire rire. Vous n’avez plus aucun crédit à ce jour. On se rend clairement compte que l’école n’est pas votre priorité et je le déplore.

Et puis, terminons par cette confirmation totale de votre déresponsabilisation : l’école n’est plus obligatoire jusque fin juin. Vous avez réussi à rendre l’enseignement obligatoire facultatif. Chapeau bas, vous êtes très forte et voilà une décision qui va renforcer un peu plus la belle image de notre enseignement professionnel et compétent aux yeux du monde entier. Vous avez réussi l’exploit de transformer officiellement sans le dire clairement l’école en garderie.

Un seul mot : bravo.

Un directeur qui souhaite que son ministère assume ses responsabilités.

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