«Véronique De Keyser présidente du CAL: un crachat au visage des Syriens!»

Véronique De Keyser, nouvelle présidente du Centre d’Action Laïque.
Véronique De Keyser, nouvelle présidente du Centre d’Action Laïque. - Roger Milutin.

Notre collectif ActionSyrie a été interpellé par le fait que Mme Véronique De Keyser a été élue présidente du Centre d’action laïque (CAL) ce 26 mai 2020.

Sans préjuger des qualités de Mme de Keyser qui ont fait qu’elle a été élue présidente du CAL, nous voulons rappeler ici qu’elle a rencontré le président de Syrie, Bachar al-Assad à Damas le 19 septembre 2013, une nouvelle fois, : « Elle s’est d’abord rendue au Liban où elle a vu des camps de réfugiés syriens et été reçue par le chef de l’État Michel Sleiman, et a rencontré l’ancien ambassadeur libanais à Bruxelles M. Mansour qui lui a proposé de se rendre en Syrie, ce qu’il a rendu possible » (rédaction RTBF / publié le vendredi 20 septembre 2013 à 18h20).

Lors d’une interview donnée à son retour en Belgique, Mme De Keyser déclara : « J’ai beaucoup hésité quand on m’a proposé de rencontrer le président al-Assad, c’est une responsabilité personnelle et politique assez lourde », reconnaît-elle, mais « quand on va en Syrie, on va ou du côté des rebelles, ou du côté gouvernemental ».

Il faut également rappeler qu’à cette époque, Mme De Keyser était parlementaire européenne PS et Vice-présidente du groupe socialiste au Parlement européen.

Un déplacement à l’étranger d’une personne occupant une telle position, est instamment politique, comme elle le déclare elle-même.

Qui croyait-elle rencontrer en allant à Damas et rendre visite au maître absolu de la Syrie assadienne ? Un adepte de la Communication non violente ? Un adepte de la non-violence promue par le Mahatma (« grande âme ») Gandhi ?

Une dictature féroce

Nous savons que cela est faux, archi-faux, et que depuis le coup d’état de Hafez al-Assad (qui se serait précédemment prénommé Hafez Al Wahch « monstre » ou « bête sauvage ») en 1970, la Syrie a été transformée en une dictature féroce, confessionnelle, totalement corrompue, occupante du Liban durant 29 ans, où n’importe qui pouvait disparaître en un clin d’œil sans que jamais on ne sache, ou ose savoir, ce que cette personne était devenue.

Une Syrie assadienne, un Etat sultanien, suivant le concept élaboré par Yassin Al-Haj Saleh.

Mme De Keyser croyait-elle qu’elle aurait pu transformer par ses rencontres un monstre en adepte de l’humanisme ?

Quand Mme De Keyser déclare en 2013 : « quand on va en Syrie, on va ou du côté des rebelles, ou du côté gouvernemental », elle occulte complètement la révolution pacifique qu’une partie de la population a déclenchée en mars 2011, au nom du respect de la justice et de l’humanité (dont se réclame Mme De Keyser) contre l’état de dictature que Bachar Al-Assad a hérité de son père. Celle, celui qui se révolte contre une dictature terrible, n’est qu’un.e « rebelle »…

Des exactions que Mme De Keyser ne pouvait ignorer

De plus, à l’époque de la rencontre en 2013, les services de sécurité syriens enlevaient et torturaient activement, l’armée était déployée et combattait les éléments de l’armée syrienne libre, l’emploi de gaz de combat (sarin, notamment) était avéré, les milices du régime régnaient en maître, avec le soutien total du clan Assad, et cela Mme De Keyser ne pouvait pas l’ignorer, connaissant parait-il très bien la Syrie et la situation dans laquelle elle était à ce moment-là.

Dans son interview radio à l’émission Matin Première de la RTBF du 27 mai 2020 dernier, Mme De Keyser parle de « accompagnement de fin de vie », « souffrance des plus vulnérables », « personnes qui sont mortes sans voir les leurs », « rituels de fin de vie », « défense par le CAL des droits humains », « on ne s’habitue pas à une privation de liberté »…

Un point de détail ?

Quand on écoute toutes ces expressions qui parlent de choses tellement vitales et importantes, par le prisme de la situation en Syrie assadienne, on ne peut qu’être envahi par un sentiment de colère, de faux, d’abandon…

La terrifiante situation de la Syrie assadienne n’est-elle pas une fois de plus un point de détail de notre histoire contemporaine ?

Certes, toute personne commet sans doute des erreurs mais nous n’avons pas souvenir de regrets et encore moins d’excuses de la part de Mme De Keyser au sujet de ses rencontres.

Pour toute personne, la collusion « naïve », « mal informée », même passée, avec un criminel contre l’humanité fonderait une fin de non-recevoir pour représenter les valeurs du mouvement laïque, ou de tout autre mouvement se réclamant de la défense des droits humains.

Il faut croire que quand il s’agit des Syriens dont bon nombre meurent en ce moment même sur les routes de l’exil, dans les prisons immondes de Bachar al-Assad ou sous les bombes de ses alliés cela n’a pas d’importance pour le CAL.

La devise du CAL telle qu’indiquée sur son site Internet est « Libres, ensemble ». Quelle dérision…

Nous espérons que cela ne se traduira pas en « Libre sans les Syriens » ?

Le combat démocratique ne peut être entaché par de telles compromissions, surtout dans le contexte actuel de montée des populismes et des discours de haine. En méprisant la liberté des Syriens, c’est notre liberté à toutes et tous qui est menacée.

*ActionSyrie (Collectif citoyen de soutien à la révolution syrienne fondé en 2012) : Sophie Aujean, Ahmad Darwiche Sbahi, Sarah Degée, Alec de Vries, Caroline Goosens, Rend Haffar, Bicher Haj Ibrahim, Yahia Hakoum, Anne-Laure Losseau, Hisham Masalmeh, Median Omar Albakkour, Marie Peltier, Pauline Thirifays, Simone Susskind.

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