Le MAD donne carte blanche à la photographe Lynn Vanwonterghem
Maria Fléron

Le MAD donne carte blanche à la photographe Lynn Vanwonterghem

Née en 1995 à Liège, Lynn Vanwonterghem se fait remarquer avant même sa sortie de l’institut Saint-Luc avec un travail centré sur l’humain. Pour évoquer cette humanité, la jeune fille se tourne d’abord vers ceux qui l’entourent : un groupe d’amis dans son village natal de Magnée. « Je peux laisser tomber une grosse soirée à Liège pour rester simplement avec deux ou trois copains dans mon bled pourri », rigole-t-elle à l’époque. Sa série Le bout du monde attire les regards par sa justesse, sa simplicité, cette façon qu’elle a de transformer une scène quotidienne banale en une image semblant sortir d’un film plein de mystère.

En quelques mois, à peine sortie des études, elle expose notamment à la Galerie du Soir au Musée de la photographie à Charleroi puis chez Contretype à Bruxelles, s’attirant des commentaires élogieux de toute part. Mais que faire ensuite ? Elle se cherche, consciente d’être encore sur cette frontière fragile aux portes de l’âge adulte. C’est cela qu’elle va dès lors photographier et confronter avec des images réalisées par sa grand-mère « quand elle avait plus ou moins le même âge ». Comme un rite de passage où la photographie, une fois encore, lui permettra « de profiter beaucoup plus pleinement de ces moments parce que j’ai compris que chacun était unique ».

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Alentours

Par LYNN VANWONTERGHEM

L’idée est un peu une invitation au voyage ici ou un peu plus loin, intime ou lié au territoire.

J’ai réellement été perdue après Saint-Luc et mon réflexe a été de prendre des images de ce moment, de ce nouveau territoire, de cette nouvelle vie. À force d’amasser les images, je me suis aperçue que c’était le début d’un long chemin, que ce chemin était parsemé de pièges mais aussi, et bien plus souvent, de magnifiques moments. Je lisais en même temps Errance qui prenait tout son sens.

Suite à mon premier travail Le bout du monde, j’avais vraiment envie de faire des images avec un appareil argentique. Cette méthode me semblait plus lente et je pense que c’est ce dont j’avais besoin… de lenteur. J’ai donc trouvé un 6 × 6 vraiment pratique et agréable. Je découvre la technique, j’y vais un peu au « pif ».

La première chose qui me surprend, c’est la rapidité à laquelle on oublie ce qu’on a fait. Lorsque je reçois mes négatifs, je suis incapable de dire ce qu’il y a dessus, c’est un moment de suspense et de re-découverte que j’apprécie tout particulièrement. Il y a certaines images que j’attendais avec impatience, bien souvent elles étaient toujours sur-imprimées ou vraiment inutilisables. Sans doute la joie du moment qui passait bien avant l’action de remonter le film ou de bien cadrer l’image.

En Italie, nous avions trouvé un refuge perdu au milieu de la forêt en pleine montagne. C’était magique. Je me sentais comme dans la clairière de Shrek. Évidemment, je n’ai aucune idée de ce que j’ai pu faire mais l’image était coupée, floue. On n’arrivait même pas à distinguer le refuge. Je me suis donc contentée de garder ce merveilleux souvenir dans un coin de ma tête.

Une autre fois, c’était ici à Liège. D’habitude je m’aventure dans le bois de la Chartreuse pour, j’imagine, retrouver ce que je connais, ce que je sais photographier. Ce jour-là, j’ai décidé d’essayer de photographier la Ville, j’étais sûre que je n’allais pas aimer ces images. Finalement, mon regard s’arrête sur le soupirail d’un grand hangar qui a l’air un peu abandonné. Je me concentre, je regarde, j’essaye de trouver ce qui attire mon attention. J’arme et je déclenche. Je continue mon chemin. Je décide de rentrer à la maison par le passage secret, c’est une sorte d’escalier où d’un côté il y a un mur et de l’autre le jardin des maisons. C’est très doux. Je me prépare à faire une image pour ne pas oublier ce sentiment, je fais vite. Cadrage classique, je déclenche sans trop réfléchir et je remonte mon film.

Quelque temps plus tard, je scanne mon film et là, je découvre une surimpression de ces deux images. Au début, j’étais vraiment déçue. Je l’aimais vraiment bien ce soupirail. Aujourd’hui, c’est une de mes images préférées de la série.

Je pense que c’est cela que j’ai envie de partager à travers ce projet. Rien n’est jamais acquis, et tout peut toujours basculer mais quoi qu’il arrive nous continuons notre chemin.

J’ai longuement été ennuyée à l’idée de devoir être un adulte, de devoir faire de l’argent (à n’importe quel prix), d’avoir des choix à faire et des responsabilités à assumer. Je pense que tout ça fait partie du chemin, suffit-il juste de trouver sa vitesse de croisière ?

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