«La solidarité comme moteur de société»

«La solidarité comme moteur de société»
Pierre-Yves Thienpont.

Cette carte blanche a été coécrite et signée par des collectifs de citoyens, des plateformes, des groupes facebook, des voisin.e.s qui, avec comme moteur la solidarité, se sont rassemblés bénévolement pendant cette crise pour proposer du soutien, sous toutes ses formes, à celles et ceux qui en avaient besoin.

Le 13 mars, tout a commencé. Nous, citoyen.ne.s, nous sommes inquiété.es pour les personnes isolées, pour les personnes sans abri, pour les personnes sans-papiers, pour les personnes âgées, pour les personnes fragilisées et celles enfermées, pour les femmes violentées, pour les malades coupé.e.s du monde, pour les proches dans l’impossible deuil, pour le personnel en première ligne, pour les enfants enfermés avec des familles en crise, pour toutes celles et ceux qu’on oublie trop souvent.

Une grande mobilisation citoyenne

Pendant ce grand confinement, les invisibles sont devenus visibles. Les failles d’un système soudainement étouffé par l’urgence sont devenues des cratères. Pour pallier les manques et le silence de l’Etat, le monde associatif s’est réinventé et s’est coupé en quatre pour venir en aide au plus grand nombre. Les professionnel.le.s n’étaient pas seul.e.s dans la bataille. De leurs côtés, citoyennes et citoyens ont aussi remonté leurs manches, cousu des masques, construit des visières, distribué des ordinateurs aux enfants pour poursuivre leur programme scolaire, des tablettes aux patient.e.s isolé.e.s, préparé des repas et/ou distribué des colis alimentaires pour les plus démuni.e.s, prêté des appartements, hébergé des personnes sans ressource, envoyé de l’argent, donné de leur temps. Ils et elles ont innové, créé, imaginé et apporté des solutions à une crise qui n’avait pas de frontières.

Dans l’urgence, avec comme seules ressources la spontanéité, le besoin de faire sens, la pro-activité, l’écoute et l’intelligence collective, ils et elles ont protégé nos voisins, nos voisines, nos con-citoyen.ne.s.

Un vent frais sur un système dysfonctionnel

Les citoyennes et les citoyens ont espéré. Que ce vent de solidarité devienne tornade et chamboule tout sur son passage. Un air frais sur un système dysfonctionnel. Un regard nouveau, renforcé par cette expérience unique que nous avons partagée et ce besoin vital d’être ensemble, de se sentir connecté.e.s les un.e.s aux autres. La solidarité comme moteur de société, les citoyennes et les citoyens y ont cru, ont voulu y croire et s’attachent encore à cet espoir.

Fatigués d’apposer des sparadraps…

Depuis plus de onze semaines (mais en fait, depuis des années !), nous mettons des sparadraps pour essayer, en urgence, de guérir une hémorragie. Aujourd’hui, nous ne voulons pas d’un retour à la vie d’avant. Nous voulons, dès maintenant, un tissu social fort, une société plus juste, plus égalitaire, plus inclusive. Une prise en compte des plus fragiles, des plus faibles, des oublié·es. Nous nous impliquons avec cœur, énergie, et bienveillance dans ces actes solidaires, mais aujourd’hui, nous sommes en colère et fatigué·e·s.

Le déconfinement entraîne l’arrêt de plusieurs initiatives citoyennes. Les personnes de terrain redoutent que la situation des publics fragilisés devienne encore plus catastrophique.

Il est temps que celles et ceux à qui incombent ces responsabilités, celles que nous avons temporairement assumées à leur place, arrêtent de se reposer silencieusement sur nous. De nos dirigeants, nous attendons une reconnaissance de l’échec, et une prise de conscience de l’urgence de changer. Parce que oui, lorsqu’une partie de la société n’a pas accès aux soins et/ou crève de faim, c’est un échec. Avant la crise du Covid-19, 450.000 personnes avaient déjà recours à l’aide alimentaire. Aujourd’hui, il y en a 200.000 de plus, comme l’a alarmé Céline Nieuwenhuys, la Secrétaire générale de la Fédération des services sociaux. Nous demandons que la priorité soit à l’humain, dès maintenant.

La solidarité comme moteur de société, oui, mais aussi du côté des autorités. Chèr.e.s dirigeant.e.s, à partir de maintenant, que proposez-vous ? Nous, citoyen.nes, participons politiquement et économiquement à cette société qui se dit « sûre » grâce notamment à la sécurité sociale. Mais la réalité est autre pour nombre d’entre nous. Quand le bien commun en vue d’une vie digne et décente pour tou.te.s sera-t-il mis au centre de nos préoccupations ?

Nous attendons des actions.

*Les signataires et leurs actions mises en place pendant la crise sanitaire et sociale (cette liste n’est pas exhaustive des initiatives citoyennes) :

Les badass solidaires pour Solidarité Solidariteit Brussels Bruxelles Coronavirus : 14.600 membres, 2.716 publications dont 221 sur l’accès au matériel médical (masques, visières, blouses), 106 à propos de dons alimentaires, 164 autour de l’aide pour les courses, 113 autour des personnes exilées, 133 concernent les personnes âgées, 75 les personnes sans abri, 55 l’accès au logement, 35 la fracture numérique. Le groupe a entraîné 97.976 réactions depuis sa création.

L’opération LinkUp : 385 tablettes distribuées, environ 13.500 patients connectés dans 82 institutions de soins et d’accueil.

Agnes et Olivia, admins du groupe Masque tissu – Solidarité Coronavirus – Belgique – Création et distribution : 12.391 membres. Au moins 100.000 masques en tissu confectionnés bénévolement via le groupe.

Non, t’es pas tout·te seul·e : Initiative bruxelloise et spontanée qui vient en aide à des familles isolées et occupations de sans-papiers. Depuis 11 semaines, en récoltant et redistribuant des dons citoyens de différents types de denrées (alimentaires, hygiène, livres et jouets, vêtements…), et en livrant chaque semaine plus de 160 personnes.

#PourEux Bruxelles : 700 cuistots dont 40 % ont cuisiné plus d’une fois, 150 livreurs et 16.800 plats distribués. Ce qui fait une moyenne de plus de 250 plats par jour depuis 2 mois. Le groupe compte maintenant 5.500 membres.

Les Gastrosophes : 9.000 repas depuis le début du confinement, 8.000 distribués directement aux personnes en rue (entre le 16 mars et le 1er mai) et 1.000 livrés directement dans des hôtels qui accueillent des personnes sans abri.

Waste No More BXL : Plus de 5.400 repas servis, 12 bénévoles, 2 restaurants impliqués à la réalisation des plats chauds.

L’opération « Colis du cœur » : Plus de 4.000 colis alimentaires par une trentaine de bénévoles chaque jour à Bruxelles.

Samedi Solidaire : Colis alimentaires distribués chaque samedi en avril-mai dans une soixantaine de familles mises en difficulté par la crise, à Mouscron. Une dizaine de bénévoles, des centaines de dons alimentaires reçus par les particuliers et commerces mouscronnois.

Tissons des liens : Création de masques et de blouses médicales, Mouscron et sa région. 18.000 masques artisanaux en tissu, réalisés et distribués aux travailleurs de première ligne. Plus de 500 blouses. 150 couturières bénévoles.

Admin de Solidarité Coronavirus – Bastogne : 1.544 membres.

Admin de Spreading solidarity – not the virus – Brussels : 4.458 membres.

Admin de Solidarité Coronavirus Brabant wallon : 1.488 membres.

Citoyens solidaires : Colis alimentaires livrés à 50 familles par semaine pendant la crise. Distribution de centaines de 550 repas 6 fois par semaine au Quai des péniches.

ASBL du partage El : 500 repas par semaine et 100 colis alimentaires par jour pour les familles démunies.

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