Carte blanche: «Aucun étudiant ne doit rater à cause de cette crise!»

Carte blanche: «Aucun étudiant ne doit rater à cause de cette crise!»
reuters

Le 12 mars 2020, le Conseil des Recteurs Francophones (CReF ASBL) annonçait fermer les portes de nos universités pour faire passer les 100 000 étudiants universitaires en enseignement à distance. Ce changement ne s’est pas fait sans difficultés pour les enseignants, assistants et étudiants. Il n’a pas permis de garantir à tous les étudiants des conditions correctes d’apprentissages. En conséquence, maintenir une session d’examen certificative est peu justifiable du point de vue pédagogique et revient à une sélection sociale violente.

Une fermeture sans concertation ni préparation

La lourde décision de fermeture des universités a été prise sans la concertation des enseignants et des étudiants, pourtant les premiers concernés par celle-ci. Malgré certaines déclarations optimistes, rien n’indiquait que les universités étaient prêtes à passer au « tout numérique » en un week-end. Le recul permet aujourd’hui d’affirmer qu’elles ne l’étaient pas. Ce sont étudiants et enseignants qui ont dû réinventer l’enseignement universitaire en l’espace d’un week-end. Comme l’écrivaient récemment nos confrères de l’ULiège membres du collectif des 123 chercheurs réunis à l’initiative de Carta Academica, « les institutions universitaires ne se sont pas donné le temps d’interroger les enjeux des dispositifs technologiques proposés comme des solutions toutes faites, ni les transformations et les inégalités qu’ils induisent dans l’activité d’apprentissage »*

Le numérique, une solution pas si miraculeuse

Les conséquences de ce passage forcé au numérique sont graves. Plusieurs études ont déjà été réalisées pour mesurer l’impact de cette crise sur les conditions d’études de nos étudiants. Par exemple, l’étude réalisée par l’Observatoire de la Vie Étudiante de l’ULB** montre une baisse du bien-être général pour plus de 70 % des étudiants et une augmentation du stress pour près de 80 % d’entre eux. Ces variables ne sont pas sans conséquences sur leur travail académique : 80 % ont plus de mal à se mettre au travail ou à se concentrer que d’habitude.

De plus, malgré toute l’énergie déployée par les enseignants et les services techniques, les alternatives mises en place furent souvent soumises à des bugs techniques, dont un certain nombre échappent forcément au contrôle des institutions (coupures de réseaux, bugs logiciels ou défaillances matérielles des ordinateurs individuels). Sans compter qu’une fois l’apprentissage relégué à la sphère privée, les étudiants et leur réussite sont davantage dépendants de leur confort matériel privé et de l’aide de leurs proches. De quoi creuser plus encore les inégalités dans un enseignement supérieur qui est déjà loin d’être irréprochable en la matière. À ce niveau, les études menées par plusieurs d’entre nous montrent que les étudiants les moins favorisés et les adultes en reprise d’étude ont tout particulièrement été placés dans des conditions rendant impraticable la poursuite de leurs études, faute de lieu adéquat pour se concentrer.

Des examens, mais pour évaluer quoi ?

En l’état actuel des choses, on peut affirmer que les examens, pour la session de juin comme pour celle d’août, que s’apprêtent à passer nos étudiants ne permettront pas d’évaluer les connaissances et compétences acquises lors de leur passage dans nos universités ce quadrimestre. De fait, au vu de la manière dont s’est déroulé le quadrimestre ces examens évalueront 3 éléments : le confort matériel des étudiants, leur résistance au stress et la capacité des évaluateurs à mobiliser et à s’approprier l’outil numérique pour donner cours et réaliser des examens. Il est évident que les enseignants cherchent la qualité de l’apprentissage et la réussite de leurs étudiants, mais cette crise n’a pas permis la première et obérera fortement la seconde.

En tant que membres de la communauté académique, nous refusons de voir les étudiants pénalisés par cette situation. Récemment, des étudiants ont lancé le site www.noonefails.be pour faire passer un message similaire : aucun étudiant ne doit rater à cause de cette crise, et a fortiori subir les conséquences parfois lourdes d’un échec académique. Nous les soutenons dans leur démarche et leurs revendications de garantir la réussite à minimum 10/20 pour tous les étudiants.

*Renaud Maes (ULB-USL-B), Laurence Rosier (ULB), Sabine Kahn (ULB), Charlotte Pezeril (USL-B) , Christophe Mincke (USL-B), Antoine Janvier (ULiège), Grégory Cormann (ULiège), Marc-Antoine Gavray (ULiège), Maud Hagelstein (ULiège) , Vincent Engel (UCL), Olivier Malay (UCL), Dan Van Raemdonck (ULB), Carla Nagels (ULB), Michel Gevers (UCL), Jacinthe Mazzocchetti (UCL), Vinciane Despret (ULiège) , Laurent Demoulin (ULiège), Fanny Barnabé (ULiège)

**https ://www.cartaacademica.org/post/continuit%C3%A9-p%C3%A9dagogique-et-d%C3%A9confinement-des-universit%C3%A9s

*** https ://www.ulb.be/fr/ove/rapport-de-synthese-enquete-%c2%ab-vos-conditions-de-vie-et-de-travail-en-confinement-%c2%bb

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