«Le Monde d’après? Construire des ponts pour partager les frontières»

«Le Monde d’après? Construire des ponts pour partager les frontières»

Ce n’est pas un idéal, ce n’est pas une vaine pensée lancée pour agiter. C’est un travail que je mène au quotidien dans mon Eurométropole Lille-Kortrijk-Tournai, dans mes rapports aux gens, dans mes échanges professionnels. Pourquoi me direz-vous ? Parce que je ne crois pas, ou plus, aux frontières mentales, morales et administratives que notre humanité a érigées. Nous le constatons chaque jour, ces frontières, invisibles à l’œil nu, symbolisées par des emblèmes, fanions ou couleurs ne collent plus à notre réalité. Nous nous rendons de part et d’autre pour entretenir nos liens sociaux, économiques, professionnels. Des constructions mentales et administratives qui tombent et s’effacent dès qu’il est question d’entretenir un échange.

La frontière a proprement parlé ne devrait-elle pas être reconsidérée ? Soyons honnêtes, hormis dans la tête des hommes et pour réguler leur appartenance ou pour s’identifier, cette frontière n’est pas toujours considérée. Ni le fleuve qui la traverse, ni la goutte d’eau qui le compose n’en a que faire de cette frontière. Ni l’air, ni les nuages, ni le soleil ne s’attarde à saisir ces limites administratives. Nous partageons tout cela sans réfléchir. Les éléments qui nous entourent ne connaissent pas ces frontières. Nous respirons le même air, partageons le même fleuve, bénéficions du même climat. Nous vivons les mêmes peurs, nous subissons les conséquences néfastes de la pollution et des virus. Nous sommes souvent dans le même bateau.

Alors pourquoi ne pas requalifier ses frontières, se concerter sur leur avenir, oser prendre de la distance et réfléchir à demain. Parlons de bassins de vie, atténuons la force mentale que représentent les frontières et osons nous concerter sur leur requalification. Je constate, qu’au quotidien, les organes de gestions transfrontaliers sont des niveaux qu’il faudra renforcer. Au plus proche des citoyens, observateurs aguerris de la vie sur lesdites frontières, initiateurs de plans d’actions menant à des collaborations entre les entités locales de part et d’autre de ces frontières, ces organes devraient être davantage concertés.

Dans Éloge de la frontière, publié en 2010, Régis Debray rappelait cette citation de Christian Jacob, « la carte est une projection de l’esprit avant d’être une image de la terre » et d’ajouter « la frontière est d’abord une affaire intellectuelle et morale ». Je me permettrai de rebondir en précisant qu’ériger des ponts entre entités transfrontalières ne signifie pas éviter de voir les frontières, de comprendre leur raison d’être mais c’est d’aller au-delà des limites qu’elles représentent. C’est prendre la hauteur pour tisser des liens, entretenir l’avenir, faire tomber les murs, reprendre en main l’avenir en passant au-delà de ces limites administratives. C’est entretenir des frontières durables, solidaires et innovantes.

La fermeture des frontières suite à la crise liée au coronavirus nous a purement et simplement donné l’occasion de reformuler le rôle d’une frontière et la façon dont nous devons, en tant que citoyens transfrontaliers et groupement territorial, l’intégrer dans nos actions. Nous tirons des enseignements de cette crise et de ce qui a dysfonctionné. Nous ne reviendrons pas là-dessus, la presse ayant largement relayé cela, mais l’avenir nous revient et « le monde d’après » passe par plus de coopération, par la mise en place de projets communs, par le maillage des connaissances et des savoir-faire de part et d’autre de nos frontières. Il est urgent d’intégrer les groupements territoriaux transfrontaliers dans les prises de décisions qu’elles soient économiques, urbanistiques, territoriales, sociales, environnementales, sanitaires et santé publique. La coordination ne peut s’exercer que s’il y a concertation entre les différents niveaux de pouvoirs intégrant la plus petite unité, locale, jusqu’à la plus haute, nationale, ce qui prévaut de parler aux élus locaux, régionaux, nationaux de part et d’autre des frontières même lorsque cela concerne plusieurs états.

Le territoire ne doit plus se cantonner à une frontière, telle une ligne de démarcation, mais comme un bassin de vie où doivent se coordonner plusieurs états, plusieurs régions, plusieurs groupements autour d’enjeux communs que sont la santé, la mobilité, l’éducation, la formation, etc. Près de 30 % de la population européenne vit dans un bassin de vie transfrontalier. Ce sont des millions de gens qui passent de part et d’autre des frontières pour des raisons professionnelles et familiales. Nous devons désormais aller vers une gouvernance multiniveau et interterritoriale qui tient compte de la réalité des citoyens européens.

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