«Les sans-abri en Europe: si nous cessions de regarder ailleurs?»

«Les sans-abri en Europe: si nous cessions de regarder ailleurs?»

Les sans-abri sont de plus en plus nombreux en Europe. Dans 24 des 27 États membres de l’Union européenne, les chiffres sont même en constante augmentation sur la dernière décennie. Selon des études, ce sont 700.000 personnes en moyenne qui passent la nuit dehors, soit 70 % de plus qu’il y a dix ans. Il y a urgence.

Depuis la pandémie de Covid-19, la démonstration n’est plus à faire : un logement décent est essentiel à la santé et au bien-être de toute personne. Que tout le monde ne puisse pas avoir un toit au-dessus de sa tête rend les individus comme nos sociétés plus vulnérables. Être sans-abri est encore trop souvent considéré comme une forme de fatalité. Cela revient à accepter que, chaque nuit, dans la deuxième économie mondiale, des hommes, des femmes et des enfants dorment dans la rue, dans une voiture, sous une tente ou dans un hébergement d’urgence – avec des conséquences dramatiques pour leur santé, leur bien-être et leur insertion dans la société. Cette situation est révoltante. Elle constitue une grave atteinte à la dignité, au sentiment d’appartenance à la communauté et à la vie même. Cette situation est fondamentalement inconciliable avec les objectifs de progrès social que s’est fixés l’Union européenne, et elle est incompatible avec le dessein d’un modèle social européen, quel qu’il soit.

Durant la crise de la Covid-19, les pouvoirs publics ont adopté des mesures exceptionnelles pour aider les sans-abri, en mettant à disposition des milliers d’hébergements d’urgence. Bruxelles, par exemple, a ouvert 700 places d’accueil dans 11 hôtels. Au Portugal, plus de 500 places d’hébergement ont été mises à disposition dans différents lieux. Cela démontre qu’en période de crise, ce qui paraissait inconcevable ne l’est plus. Ces solutions de court terme, à savoir les abris d’urgence, les plans hiver et les hébergements temporaires, sont indispensables en situations d’urgence. Elles nous rappellent également la nécessité de concevoir une nouvelle approche déterminante propre à mettre fin à cette injustice.

Soyons clairs : aussi complexe soit-elle, la problématique qui se pose n’est pas insurmontable. Nous pouvons même parvenir à sortir durablement les personnes sans abri de la rue. Il faut pour cela engager une action déterminée contre les racines mêmes de cette problématique sociale, investir dans des stratégies de prévention et aider les personnes concernées à reprendre confiance en elle. La responsabilité incombe d’abord aux autorités nationales, régionales et locales. Plusieurs programmes développés dans différentes régions d’Europe ont fait leurs preuves et sont autant de sources d’inspiration. La stratégie finlandaise du « logement d’abord » (« Housing First »). Avec d’autres programmes d’accès au logement, elle constitue un exemple probant d’action en faveur des sans-abri.

L’Union européenne a elle aussi un rôle important à jouer : elle peut rassembler tous les acteurs concernés autour d’un objectif commun et amener les États membres à s’engager. Elle peut également faciliter les échanges de bonnes pratiques et, grâce au budget européen, soutenir la montée en puissance de politiques qui ont fait leurs preuves. Telle est l’ambition du 19e principe du socle européen des droits sociaux, qui souligne la nécessité de fournir des services qui promeuvent l’inclusion sociale des sans-abri.

La Commission européenne lancera l’année prochaine un plan d’action pour mettre en œuvre ce socle européen des droits sociaux. Ce sera une occasion unique de consolider le rôle de l’Union dans le combat pour sortir nos concitoyens de la rue et de transcrire dans les faits ce 19e principe du socle européen. Nous sommes prêts à favoriser une plateforme européenne de collaboration sur le sans-abrisme qui, à compter de 2021, rassemblerait les parties prenantes. De concert avec les gouvernements des États membres et les acteurs concernés, nous agirons pour obtenir des résultats décisifs durant le mandat de l’actuelle Commission. Et nous inviterons à participer à ce projet toutes celles et ceux appelant de leurs vœux un changement décisif et permanent.

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