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Carte blanche: «Appel pour la création d’une Fondation européenne de Prévention des crises environnementales et sanitaires»

La pandémie actuelle de SARS-CoV-2 a confronté le monde entier à une crise sanitaire sans précédent. La rapidité de sa diffusion sur toute la planète, conséquence inévitable des innombrables déplacements individuels dans une économie mondialisée, tranche avec la difficulté pour les Etats de coordonner la gestion d’une telle crise. Pire même, elle a accentué les divergences de stratégies pour y répondre quand elle n’a pas exacerbé les rivalités géopolitiques préexistantes.

Cette pandémie a surgi alors que, depuis plusieurs années, une autre crise de grande ampleur nous est annoncée, celle due au réchauffement climatique. Cette dernière modifiera en profondeur l’habitabilité de beaucoup de zones submersibles, les modalités de production agricole donc de nutrition humaine et, sans doute, la dynamique de propagation des maladies infectieuses, autant de situations d’urgence humanitaire et de déplacements de populations qu’il est difficile d’anticiper.

Un devoir d’action à l’échelle européenne

A l’heure où la Chine et les États-Unis s’affrontent en tentant d’imposer leurs doctrines politiques et sociales respectives, nous devons préserver le socle de solidarité sociale, de démocratie politique et le souci du bien public qui prévalent en Europe, pour le plus grand bénéfice de tous ses citoyens. Or, par temps de crise, les inégalités sociales s’aggravent, les plus démunis étant toujours les plus touchés. Pour affronter ces défis, chacun attend d’abord des États européens qu’ils assument leurs responsabilités. Mais l’Union européenne doit aussi se doter d’une capacité renforcée de gestion de crise, pour affronter convenablement les périodes chaotiques à traverser avant de retrouver une situation plus sereine. Elle doit intervenir auprès des populations et dans les régions les plus durement frappées par les crises sanitaires ou environnementales pour qu’elles puissent bénéficier d’un puissant effort de solidarité.

L’expérience de la pandémie actuelle nous rappelle pourtant que ces décisions institutionnelles, lestées d’une administration complexe, ont un temps de réponse moins bien adapté à l’urgence en temps de crise. Il est nécessaire qu’une mobilisation issue de la société civile ait également lieu. A ce titre, l’initiative de personnes privées disposant de grandes fortunes permettrait de répondre beaucoup plus rapidement à des défis imprévus, en complément des mesures adoptées par les États européens et l’Union européenne.

S’inspirer de la tradition américaine

Aux Etats-Unis, on ne compte plus les initiatives de milliardaires américains pour contribuer à la lutte contre la pandémie. Elles s’inscrivent dans une longue tradition philanthropique qui représente 1,5 % du PIB américain. Force est de constater que cette tradition est beaucoup moins forte en Europe, où les dons ne correspondent qu’à 0,2 % du PIB, malgré un certain soutien dans le domaine social, éducatif et scientifique. Mais il faut bien dire que les initiatives des grandes fortunes européennes dans la lutte contre le SARS-Cov-2 sont restées très discrètes à ce jour.

Nous appelons ces grandes fortunes à une mobilisation de citoyenneté européenne pour créer ensemble une « Fondation Européenne de Prévention des Crises Environnementales et Sanitaires ». Elle pourrait être dotée d’un capital de 20 milliards d’euros, apporté par des mécènes de chacun des 27 pays de l’Union européenne. Il suffirait qu’une centaine d’entre eux contribuent à hauteur de 200 millions d’euros pour y parvenir. Cela ne représente pas un effort excessif quand on le compare à ce qu’ont fait Warren Buffet et Bill Gates qui, à eux deux, ont doté la Fondation Bill et Melinda Gates à hauteur de 50 milliards d’euros, soit plus de deux fois ce que nous proposons. Ce capital, en partie consomptible, pourrait être mobilisé en période de crise aiguë avec une réactivité incomparable sur simple décision de son conseil des mécènes pour intervenir dans les territoires de l’Union européenne les plus durement frappés, et ailleurs dans le monde si nécessaire. Hors crise aiguë, le revenu annuel de la Fondation, de l’ordre de 500 millions d’euros, permettrait de soutenir, sur les avis d’un conseil scientifique indépendant, les efforts de recherche académiques sur les questions environnementales et sanitaires, et d’accompagner de petites entreprises socialement et techniquement innovantes sur des créneaux stratégiques, autant d’enjeux de prévention des crises à venir.

Soutenir le dynamisme social

Fédérer les efforts de mécènes européens au sein d’une même fondation, c’est se donner les moyens d’une action de grande ampleur, à la hauteur de ce que l’Europe représente dans l’Histoire, pour relever les défis environnementaux et sanitaires à venir. Cette initiative ne saurait se substituer à un engagement fort des Etats dans le respect de la tradition européenne d’investissements publics, garant de la cohésion sociale. Mais l’engagement européen des plus fortunés montrerait que chacun sait accompagner notre destin commun à la vraie mesure de ses moyens, un gage de solidarité et de dynamisme social, dont nous sortirons tous renforcés.

*Cosignataires : Adriano Aguzzi (Pathology, University of Zurich, Suisse), Rudolf Amann (Environmental Microbiology, Max Planck Institute for Marine Microbiology Bremen, National Academy of Sciences Leopoldina, Allemagne) ; Martin Andler (Mathematics, Université de Versailles‐Saint‐Quentin, France) ; Eva‐Mari Aro (Plant Biology, University of Turku, Finnish Academy of Science and Letters, Finlande), Frédéric Barras (Microbiologie, Institut Pasteur Paris, France), Françoise Barré‐Sinoussi (Virologie, Institut Pasteur Paris, Inserm, Academy of Sciences, Lauréate Nobel, France), Roberto Bassi (Bioenergetics, University of Verona, National Academy dei Lincei, Italie), Mónica Bettencourt‐Dias (Cell Biology, Instituto Gulbenkian de Ciência, University of Lisbon, Portugal), Christoph Binder (Vascular Medicine, Medical University of Vienna, Autriche), Ralph Bock (Plant Biology, Max Planck Institute, Potsdam, National Academy of Sciences Leopoldina, Allemagne), Ulla Bonas (Biology, University of Halle, Vice‐President, National Academy of Sciences Leopoldina, Allemagne), Paola Bonfante (Plant Biology, University of Turin, National Academy dei Lincei, Italie), Donato Boscia (Virology, Institute for Sustainable Plant Protection, Bari, Italie), Marcella Bonchio (Organic Chemistry, University of Padua, Italie), Josep Casadesù (Microbiology, University of Sevilla, Espagne), Luigi Casella (Chemistry, University of Pavia, Italie), Daniel Cohen (Economics, École normale supérieure Paris, France), Pascale Cossart (Microbiology, Institut Pasteur Paris, Académie des Sciences, France), Roberto Danovaro (Marine Ecology, University of Ancona, Italy), Stefanie Dimmeler(Molecular Cardiology, University of Frankfurt, National Academy of Sciences Leopoldina, Allemagne), Carlo Doglioni (Geology, University of Rome, National Academy dei Lincei and Academy of the XL, Italie), Jozef Dulak (Medical Biotechnology, Jagiellonian University of Kraków, Polish Academy of Arts and Sciences, Pologne), Gérard Eberl (Immunology, Institut Pasteur Paris, France), Alain Fischer (Immunology, Collège de France, Paris, Académie de Médecine, Académie des Sciences, France), Marc Fontecave (Chemistry, Collège de France, Paris, Académie des Sciences, France), Guido Forni (Immunology, University of Turin, National Academy dei Lincei, Italie), Francisco Garcia‐del Portillo (Microbiology, National Center for Biotechnology (CNB‐CSIC), Madrid, Espagne), Piero Genovesi (Ecology, Institute for Environmental Protection and Research, Chair of IUCN SSC Invasive Species, Specialist Group Rome, Italie), Rafael Giraldo (Biotechnology, National Center for Biotechnology (CNB‐CSIC), Madrid, Espagne), Michael Grätzel (Chemistry, École polytechnique fédérale de Lausanne, Swiss Academy of Technical Sciences, Suisse, National Academy of Sciences Leopoldina, Allemagne), Göran Hansson (Vascular Immunology, Karolinska Institute, Stockholm, Nobel Foundation, Royal Swedish Academy of Sciences, Suède), Gerald Haug (Climatology, Max Planck Institute for Chemistry, Mainz, National Academy of Sciences Leopoldina, Allemagne), Reinhard Hüttl (Geoecologist, German Research Centre for Geosciences, Potsdam, Allemagne), Daniela Jacob(Climate Change, Climate Service Center Germany, Helmholtz Center Geesthacht, Allemagne), Sirpa Jalkanen (Immunology, Institute of Biomedicine, University of Turku, Finnish Academy of Sciences and Letters, Finlande), Stefan Jansson (Plant Biology, Umea University, Royal Swedish Academy of Engineering, Royal Swedish Academy of Sciences, Suède), Antonio Juarez (Microbiology, University of Barcelona and Institut de Bioenginyeria de Catalunya, Espagne), Olle Kämpe (Endocrinology, Karolinska Institute, Stockholm, Royal Swedish Academy of Sciences, Suède), Eric Karsenti (Marine Biology, European Molecular Biology Laboratory, Scientific Director of Tara‐Ocean Expedition, CNRS, Académie des Sciences, France), Sylvia Knapp (Infection Biology, Medical University of Vienna, Autriche), Markku Kulmala (Atmospheric Science, University of Helsinki, Finnish Academy of Science and Letters, Finlande), Marc Lecuit (Microbiology, Infectious Diseases and Tropical Medicine, Institut Pasteur Paris, Hôpital Necker, Université de Paris, France), Thomas Lengauer (Computational Biology, Director, Max Planck Institute for Informatics, Saarbrücken, Membre du Conseil de la National Academy of Sciences Leopoldina, Allemagne), Roland Lill (Biochemistry, University of Marburg, National Academy of Sciences Leopoldina, Allemagne), Ewa Łojkowska (Plant Biology, University of Gdańsk, Pologne), Julius Lukeš (Parasitology, Institute of Parasitology, České Budějovice, Academy of Sciences, République tchèque), Jochem Marotzke (Physical Oceanography, Max Planck Institute for Meteorology, Hamburg, National Academy of Sciences Leopoldina, Allemagne), Jos van der Meer (Internal Medicine and Infectious Diseases, Radboud University, Nijmegen, Academy of Sciences, Pays-Bas), Andres Metspalu (Genetics, University of Tartu, Academy of Science, Estonie), Franco Miglietta (Global Change, Institute for Bioeconomy, Florence, Italie), José Moura (Chemistry, NOVA University Lisbon, Portugal), Pierre Netter (Genetics, Université de la Sorbonne, Paris, France), Staffan Normark (Microbiology and Infectious Diseases, Karolinska Institute, Stockholm, Royal Academy of Sciences, Suède), Gunnar Öquist (Plant Physiology, Umeå University, Past General Secretary of Swedish Natural Science Research Council, Royal Swedish Academy of Sciences, Suède), Jan Potempa (Microbiology, University of Louisville School of Dentistry, Etats-Unis, Jagiellonian University of Krakow, Pologne), Maurizio Prato (Organic Chemistry and Materials, University of Trieste, National Academy dei Lincei, Italy, CIC biomaGUNE, Espagne), Pere Puigdomenech (Plant and Animal Genomics, CSIC‐Centre for Research in Agricultural Genomics, Royal Academy of Sciences and Arts of Barcelona, Espagne), Krzysztof Pyrc (Virology, Virogenetics, Malopolska Centre of Biotechnology, Jagiellonian University of Krakow, Pologne), Lluis Quintana‐Murci (Evolutionary Genetics, Institut Pasteur Paris, Collège de France, Paris, Académie des Sciences, France), Miroslav Radman (Genetics, Founder of the Mediterraean Institute for Life Science, Academy of Sciences, France et Croatie), Rino Rappuoli (Vaccinology, Imperial College, Royal Society, Royaume-Uni), Markus Reichstein (Climate Change, Max Planck Institute for Biogeochemistry, Jena, Allemagne), Félix Rey (Virology, Institut Pasteur, Paris, Académie des Sciences, France), Francesco Salamini (Plant Genetics, University of Milano, National Academy dei Lincei, Italie), Philippe Sansonetti (Microbiology, Institut Pasteur Paris, Collège de France, Académie des Sciences, France), Joaquim Segalés (Veterinary Sciences, Autonomous University of Barcelona and Institute of Agrifood Research and Technology, Espagne), Stig Strömholm (Private and International Law, Uppsala University, Academia Europaea‐London, Bank of Sweden, Tercentenary Foundation, Royal Academy of Letters, History and Antiquities, Suède), Bo Sundqvist (Ion Physics, Uppsala University, Royal Swedish Academy of Sciences, Suède), Alain Tedgui (Vascular Biology, Paris‐Cardiovascular Research Center, Inserm, Université de Paris, France), Riccardo Valentini (Global Change and Climatogy, University of Viterbo, Italie), Robert Vautard (Climatology, Institut Pierre‐Simon Laplace, Guyancourt, CNRS, France), Jörg Vogel (Infection Biology, University of Würzburg, National Academy of Sciences Leopoldina, Allemagne), Andreas Zeiher (Cardiology, University of Frankfurt, Allemagne).

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