«Chapeau la Justice belge!»

«Chapeau la Justice belge!»

Mercredi 27 mai 2020 : rejet du pourvoi en Cassation de Fabien Neretse ! Conclusion limpide. Justice a été rendue et, de la plus belle des manières, puisque cela signifie que la plus haute instance judiciaire de notre pays ne change pas une virgule à l’arrêt pénal prononcé par la Cour d’Assises de Bruxelles le 19 décembre 2019.

On s’en souvient, Fabien Neretse avait été reconnu coupable d’avoir commis le crime de génocide et des crimes de guerre, au Rwanda, en 1994.

F. Neretse a bénéficié de circonstances atténuantes en raison de son âge (71). La Cour d’Assises l’a condamné à une peine de 25 ans de prison. Au regard des atrocités dont F. Neretse a été reconnu coupable, c’est somme toute, peu de choses. Ce qui nous semble essentiel, c’est la Vérité qui a été dite à travers les motivations de cette peine.

– F. Neretse a porté une atteinte irrémédiable à l’humanité tout entière, de par les atrocités commises qui défient l’imagination et heurtent profondément la conscience humaine

– Il a démontré une volonté d’extermination de l’autre et une volonté de division comme outil de pouvoir

– Il a contribué à faire du génocide des Tutsis un génocide de proximité, notamment en dénonçant ses voisins et en incitant à la délation

– Ses actes ont touché un nombre important de victimes, identifiées et non identifiées, et ont eu et auront encore des répercussions considérables sur les parties civiles et sur toutes les familles de ces victimes

– Il a contribué à priver la population tutsie de tout espoir

– Il a été sans pitié et extrêmement organisé, a mis en place une milice qui joua un rôle déterminant dans les massacres commis dans tout un secteur

– Par son autorité morale, F. Neretse a entraîné dans son projet génocidaire des gens ordinaires, qui ont répondu à l’appel des autorités, dont il faisait partie

– F. Neretse n’a fait preuve d’aucune remise en question. De surcroît, à l’occasion du présent procès, il a continué à véhiculer l’idéologie génocidaire qui est la sienne

– Sa persistance dans la révision de l’Histoire révèle dans son chef une dangerosité actuelle et spécifique.

Au terme d’un procès qui aura duré 6 longues semaines pour la partie publique, mais qui a mobilisé durant des années de préparation, les magistrats, les avocats, les parties civiles, les témoins, il y a lieu de rendre hommage à toute l’institution judiciaire de la Cour d’Assises de Bruxelles – en ce compris les membres du Jury dont l’engagement citoyen fut exemplaire. Tous ont accompli un travail colossal durant ce procès.

L’Histoire retiendra que ce procès fut exceptionnel de par l’incrimination de génocide. Au terme d’une procédure qui fait honneur à la Belgique, à notre démocratie et à notre état de droit. Justice a été rendue et même, doublement. Tant aux Assises qu’en Cassation, la motivation limpide de la condamnation de F. Neretse pour le crime de génocide a été parfaitement argumentée et a, du même coup, démonté toutes les attaques de l’avocat J. Flamme et ses incessantes références – hors sujet – aux jurisprudences du TPIR ou de la CPI.

Dira-t-on assez à quel point la défense de F. Neretse a usé de toutes les manœuvres dilatoires et provoqué, avec une grossièreté choquante, des incidents en tous genres pour tenter de saboter la procédure en cours ? Sans parler du relai constant et éhonté des thèses négationnistes et autres discours virulents chers aux mouvances génocidaires, dont elle s’est fait l’écho. Ceci ne s’était jamais vu au cours des 4 précédents procès d’Assises « Rwanda » !

À cet égard, il y a lieu de saluer la dignité et la résilience des parties civiles, des victimes et amis des survivants du génocide qui ont eu à subir l’outrage de ces propos véhiculant des flots de haine génocidaire, de mensonge et de déni massif face aux témoignages pourtant nombreux et accablants à l’encontre de F. Neretse.

Nous n’oublierons pas la parole d’un des nombreux témoins venus du fin fond des montagnes du Rwanda, qui suppliait F. Neretse de reconnaître sa culpabilité et de demander pardon à ses victimes. Jusqu’au dernier jour, le condamné F. Neretse n’aura pas eu un seul mot pour ses victimes.

Ne les oublions jamais !

Rendons hommage à toutes les victimes de F. Neretse en nombre indéterminé non identifiées à ce jour, membres du groupe ethnique tutsi.

Hommage aux victimes identifiées : Isaïe Bucyana, Claire Beckers, Katia Bucyana, Colette Sissi, Lily Umubyeyi, Grâce Tangimpundu, Jean de Dieu Sambili, Ildefonse Ngarambe, Sigisbert Rutonesha, Julienne Mukayumba, Inès Gakwaya, Joseph Mpendwanzi, Anastase Nzamwita.

Hommage aux survivants Régine Bategure, Emmanuel Nkaka, Marie-Antoinette Umurungi dont F. Neretse a été reconnu coupable d’avoir tenté de les assassiner, à Kigali, à Nyamirambo, le 9 avril 1994.

Grâce au verdict de la Cour d’Assises de Bruxelles, vingt- six ans après les faits, les parties civiles peuvent tourner une page douloureuse de leur histoire. Ce jugement ne leur rendra pas leurs morts, mais peut-être pourront-elles déposer leurs tourments sur les marches du Palais – bien nommé – de Justice, ayant trouvé un terme à leur lourd devoir de mémoire. Subsistera un immense regret cependant : l’indemnisation des parties civiles restera lettre morte, car Fabien Neretse, ayant soigneusement organisé son insolvabilité, ne paiera pas ses dettes. Sa condamnation aux dommages et intérêts financiers demeurera symbolique.

Puissent ce verdict et ses motivations remarquablement étayées, servir de jurisprudence dans les futurs procès qui attendent les présumés génocidaires qui sont en cavale de par le monde, impunis, persuadés que le Temps jouera toujours en leur faveur.

Dans le combat contre le négationnisme du génocide contre les Tutsi, négationnisme dont on sait la virulence en Belgique, ce procès constitue un cinglant désaveu des thèses nauséabondes des mouvances génocidaires et négationnistes. Saluons d’ailleurs le fait que la Belgique se soit récemment dotée d’une loi réprimant la négation du génocide contre les Tutsi.

L’étape cruciale dans le combat contre l’impunité qu’a constitué le procès contre F. Neretse est un encouragement au travail de mémoire et de recherche incessante de la vérité.

La Justice Belge peut être fière d’avoir rendu possible ce devoir d’humanité.

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