Bronchite obstructive: «Tous les Belges n’ont pas la chance de déconfiner…»

Bronchite obstructive: «Tous les Belges n’ont pas la chance de déconfiner…»
Pierre-Yves Thienpont.

Il ne fait pas bon d’avoir une maladie respiratoire en ce moment. Si le Covid-19 a retenu l’attention de tous ces derniers mois et à juste titre, d’autres maladies respiratoires ont été tout simplement oubliées. C’est le cas de la méconnue non moins très fréquente BPCO (Broncho-Pneumopathie Obstructive Chronique) qui touche environ 800.000 personnes dans notre pays et dont la moitié l’ignore. Ces milliers de patients sont aujourd’hui à la dérive à cause du confinement. Pour le comprendre, il faut se pencher sur cette maladie grave et irréversible dont le diagnostic survient souvent très tard. Très tôt dans l’évolution de leur maladie, les patients vont limiter leur activité physique et rentrer dans une spirale infernale de déconditionnement à l’effort, ce qui va ensuite aggraver leur essoufflement, leur mobilité et leur qualité de vie. Pour agir sur ces 3 aspects, la revalidation respiratoire constitue le traitement le plus efficace en parallèle des traitements type aérosols.

Un désastre pour la santé et l’autonomie

Après un bilan d’évaluation, la revalidation respiratoire comprend un programme d’entraînement physique (généralement du vélo), un soutien nutritionnel, un support psychosocial, une éducation thérapeutique et une aide éventuelle au sevrage tabagique. Les chiffres le montrent, la revalidation apporte des bénéfices inestimables au patient. Elle permet d’augmenter la distance de marche de 50 mètres en 6 minutes, de réduire l’essoufflement, d’améliorer la qualité de vie et de réduire la fréquence des exacerbations.

Comme tout le monde, les patients atteints de cette maladie respiratoire chronique sont restés confinés. 3 mois de confinement sans aucune prise en charge, sans aucune revalidation, c’est un désastre pour leur santé et leur autonomie ! Cette revalidation si cruciale à leur état de santé n’a pas été poursuivie pendant le confinement alors que les patients Covid-19 eux en ont bénéficié. Je reste perplexe face à ce constat car aujourd’hui la plupart des patients BPCO sont essoufflés, immobiles et isolés.

Indigne de notre système de santé

Malheureusement, cette situation, même si elle s’est aggravée pendant le confinement, est loin d’être idéale en temps normal. La revalidation des patients BPCO est mise au placard par nos autorités depuis des années déjà. Alors que tous les consensus internationaux sur la BPCO la consacrent comme un des piliers du traitement, la revalidation est sous-développée dans notre pays ! Seuls 4 hôpitaux ont reçu le statut de centre de revalidation avec une convention spécifique chez nous… 4 centres seulement pour tous ces patients ?! Si on remet les chiffres dans leur contexte, cela signifie 100.000 patients par centre et je ne parle que de ceux qui savent qu’ils en sont atteints. C’est une situation totalement irréaliste et surtout aberrante. Encore plus pour des patients qui ont de grandes difficultés à se déplacer ; c’est n’est pas digne de notre système de santé.

Des dysfonctionnements exacerbés

Je plaide pour un élargissement des centres de revalidation sous convention afin qu’on prenne la patientèle BPCO en charge de manière beaucoup plus optimale comme le préconisent toutes les recommandations internationales. Il faudrait reconnaître un minimum de 20 centres de revalidation dans notre pays pour que ceux qui en ont vraiment besoin reçoivent l’attention et la prise en charge adéquates. Ce confinement a exacerbé les dysfonctionnements existants dans la revalidation chez le patient BPCO. Il est temps de tirer la sonnette d’alarme et que nos autorités s’intéressent au sort de milliers de patients BPCO cloîtrés chez eux pas uniquement à cause du confinement mais surtout par manque d’accès à une revalidation salutaire et primordiale.

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