Le cimetière et la chapelle multiséculaire d’Ollomont, départ de la balade.
Le cimetière et la chapelle multiséculaire d’Ollomont, départ de la balade. - J.-L. B.

Les balades d’été du «Soir»: sur les traces des pionniers de la randonnée

Marcher, l’un des gestes les plus élémentaires de l’homme, a une histoire. Enfin, quand on dit « marcher », c’est plus que cela. Randonner, voilà le terme exact ! Si on marche parfois sans but, on randonne en regardant les paysages, les sites, les arbres, les monuments. Pour bien randonner, il faut savoir lire des cartes ou des balises pour suivre un itinéraire précis dessiné dans le paysage. L’ASBL SGR (Sentiers de grande randonnée) en est un des garants les plus marquants, tant en Belgique qu’à l’étranger, proposant des milliers de kilomètres de randonnées balisées.

Pour cette balade du jour, un circuit familial en boucle dans les méandres de l’Ourthe dans la région d’Houffalize, on revient aux sources des premiers tracés créés par Maurice Cosyn (1895-1951), qui va créer avant la Seconde Guerre mondiale 25 sentiers en Wallonie, soit 1.200 km de balades cartographiées, principalement en Ardenne, avec des compléments au départ de la Lorraine belge, d’Arlon ou de Florenville, jusque vers la région liégeoise et les cantons de l’Est.

Les épicéas, parfois scolytés, se dressent tout au long de la balade et laissent entrevoir de temps à autre l’Ourthe en contrebas.

La randonnée a son histoire

Jean-Pierre Englebert, membre des SGR, a réalisé une longue recherche historique pour retrouver les origines de la randonnée qui a démarré dans l’Eifel allemand (Eifelverein), dont faisaient partie les sections de Malmedy, Burg-Reuland, Eupen et St-Vith notamment. L’idée d’un balisage en couleur standardisé pour toute la région de l’Eifel est avancée dès 1897. A l’époque, les itinéraires suivaient surtout les routes rurales où le trafic était réduit à sa plus simple expression. En complément aux 13 sentiers structurants, des itinéraires locaux sont progressivement mis en place. Le premier conflit mondial va porter un fameux coup à ce réseau.

En parallèle, Charles-Jacques Comhaire et Charles Florenville créent l’association « Le Vieux Liège », portant sur la protection du patrimoine sous toutes ses coutures, dont la découverte des paysages par la marche. Plus tard, dans les années 1934-1935, Maurice Cosyn créera les « Sentiers ardennais », soutenus par le ministère des Transports et mis en forme par le Touring Club de Belgique. Parmi ces 25 sentiers, on retrouve le sentier de l’Ourthe (Liège-Clervaux), finalisé en 1937, qui servira de base pour le futur GR 57 de 170 km.

Les sentiers de l’Ourthe font partie des itinéraires les plus parcourus et appréciés, car les paysages traversés ne laissent jamais le regard tranquille. Et l’Ourthe, comme ses sœurs Semois et Amblève, est une rivière mythique qui garde un air sauvage. Avec cette randonnée en famille (11 km ou 5,6 km) assez pentue, on va être servi pour découvrir ses méandres tortueux, des plateaux patiemment creusés, des vallées profondes d’où émergent de nombreux bosquets d’épicéas, parfois scolytés, et des sites grandioses dominant la rivière.

Le point de départ a la saveur de l’Ardenne profondément rurale, à Ollomont, ce village dont le cœur historique sent le schiste et la chaux qui couvre les murs de ses vieilles maisons agricoles. Direction le belvédère du Hérou qui domine la vallée, en bordure de forêt, en longeant d’abord l’Ourthe. Le chemin est parfois pentu, il vaut mieux le faire par temps sec pour éviter une glissade. La vallée présente d’intéressantes vues, parfois avec des versants à pic qui préfigurent le Hérou.

Des Celtes sur un rempart de 13 ha

Le belvédère du même nom, un ancien restaurant qui fut un point de vue remarquable avec sa tour panoramique offrant une vue à 360º sur toute la vallée, est fermé, délabré et envahi par la végétation depuis des années. Dommage dans un endroit si couru ! On plonge alors dans la forêt au fond de laquelle l’Ourthe s’écoule dans des méandres langoureux. Le chemin zigzague, monte ou descend, entre cailloux, terre et racines noueuses. Plus bas, l’Ourthe se contorsionne à qui mieux mieux pour franchir ces collines boisées. En face se dresse le fameux site du Hérou, classé depuis 1937. Il s’agit d’un bloc rocheux majestueux qui domine la rivière, avec une falaise abrupte qui peut avoir une largeur de 80 m à la base, sur une longueur d’environ 1.000 m. Une bonne partie de cet éperon s’est couverte de végétation au fil des décennies.

L’Ourthe vue de l’impressionnant bloc rocheux du Hérou.

Arrivé à la « Cresse des chevaux », soit on poursuit vers le Cheslé, soit on coupe au court pour rejoindre Ollomont. Si vous décidez de continuer, vous n’êtes pas au bout de vos peines sur des chemins parfois chaotiques qui longent l’Ourthe, jusqu’au site du Cheslé, mais le paysage, parfois coupé par des barres de végétation, vaut le détour jusqu’à ce Cheslé de Bérisménil, un oppidum celte de 13 ha, le plus étendu du pays.

Les méandres de l’Ourthe se devinent dans le fond, vu du promontoire du Cheslé.

Datant du VIe siècle avant notre ère, il culmine sur un promontoire rocheux à 80 m au-dessus de l’Ourthe, que l’on peut voir en contrebas. Cette fortification entourée d’un rempart de pierre, de bois et de terre, est l’objet de fouilles par l’ULB depuis les années 60. On peut alors rejoindre Ollomont tout en profitant encore de points de vue verdoyants qui imposent une certaine sérénité.

La balade permet de se promener jusqu’au site celtique du Cheslé.

Le parcours

J.-L.B.

1

Ollomont, le départ

C’est là qu’a vécu le photographe Edmond Dauchot, en pleine ruralité, où il a réalisé des milliers de clichés noir et blanc dans les années 1930 à 1950. Il en a légué 18.000 au musée de la Grande Ardenne – En Piconrue de Bastogne, qui en a publié en 2012 une série dans un beau livre intitulé L’Ardennais. La vie rurale d’alors y est croquée en toutes saisons, notamment à Ollomont. Aujourd’hui, il ne reste que quelques bâtisses en souvenir de cette époque où tout se faisait à la main, autour de la chapelle Ste-Marguerite du XIIe et de son cimetière classé où les illustres croix de schiste donnent une ambiance particulière à ce hameau paisible.

2

Nisramont

A 2 km d’Ollomont, le barrage de Nisramont joue le rôle de réservoir d’eau de 3 millions de m3, de centrale électrique, de station de traitement et de pompage de l’Ourthe orientale et occidentale qui l’alimentent. Mais il est aussi le point de départ de randonnées en kayak sur le « lac de l’Ourthe ». Vous pouvez aussi y démarrer une autre promenade de 14 km qui fait le tour complet de ce lac de 47 ha. La pêche y est autorisée. Taverne à proximité.

En pratique

J.-L.B.

On part du cimetière classé du hameau d’Ollomont, près de Nadrin, entre Houffalize et La Roche. La balade s’étire sur 11 km, ou 5,6 pour les moins aguerris. Il est vrai que c’est un peu sportif, sur des sentiers tantôt pentus, tantôt étroits, faits de terre et de rochers qui affleurent. A éviter si possible par temps pluvieux qui rend le parcours glissant.

Une bonne partie de cette randonnée suit le tracé du GR 57 Vallée de l’Ourthe et sentier du Nord. A suivre avec le topo-guide des Sentiers de Grande Randonnée « Randonnées en famille dans la province de Luxembourg ».

Infos : www.grsentiers.org

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