Carte Blanche: «Regards croisés des recteurs de l’ULB et de la VUB sur l’université de demain»

Yvon Englert, recteur de l’ULB et Caroline Pauwels, rectrice de la VUB.
Yvon Englert, recteur de l’ULB et Caroline Pauwels, rectrice de la VUB. - Sylvain Piraux.

La cérémonie de clôture de l’année académique de l’ULB a lieu ce mercredi. A cette occasion, Yvon Englert, dont le mandat de recteur s’achève, décernera le titre honoris causa à sa consœur de la VUB, Caroline Pauwels, qui entamera son deuxième mandat à la tête de l’institution flamande. « Le Soir » a proposé à ces deux personnalités académiques de rédiger une carte blanche à l’adresse d’étudiants de l’autre communauté. Chacun y pose un regard croisé sur l’Université et les enjeux auxquels l’institution dans son ensemble devra faire face dans l’après Covid.

Yvon Englert aux étudiants de la VUB: «C’est entre vos mains que se placent nos espoirs pour le monde à venir»

Par Yvon Englert, recteur de l’Université Libre de Bruxelles

Yvon Englert, recteur de l’ULB.
Yvon Englert, recteur de l’ULB. - S.Piraux.

Chères Malia, Marleen et Nia, Chers Amir et Jeroen,

Vous venez de vous inscrire à la VUB. Je suis convaincu que vous y passerez parmi les meilleurs moments de votre vie et y forgerez des amitiés solides. Des milliers d’étudiant(e)s ont parcouru ce chemin avant vous et pourtant il ne sera que pour vous seul. Commencer une vie universitaire implique un mélange d’inquiétudes, de peur de l’inconnu, en même temps que d’excitation et de découvertes. A l’Université l’anarchie côtoie l’excellence et la jeunesse défie la vérité de ses enseignants. L’université ce n’est pas qu’auditoires et bibliothèques, mais surtout des rencontres, des échanges d’idées, de récits et d’histoires personnelles. C’est une expérience unique où l’apprentissage se mêle à une insouciance faite d’amours et d’amitiés nouvelles.

Si vous avez choisi la VUB, ce ne sera pas par hasard. D’ailleurs, je ne crois pas au hasard. Vous l’avez peut-être choisie pour ses programmes, pour ses valeurs, par tradition familiale, pour sa position à Bruxelles, fenêtre sur le monde, ou encore parce qu’avec l’ULB, elle forme une communauté avec une longue tradition de combats pour des valeurs, de soutien de ceux qui n’ont plus de force, à celles qui attendent qu’on les reconnaisse…

Un futur difficile et inquiétant

Les temps actuels ne sont pas faciles. Le covid qui n’en finit pas, la crise économique mondiale qui s’annonce, la crise environnementale qui grandit, la violence, la cupidité des hommes et les challenges sociaux auxquels nous faisons face, la montée de l’extrême droite chez nous et dans le monde. Votre futur sera bien plus difficile et inquiétant que celui auquel ma génération a dû faire face. Nous vous léguons un bien triste monde. Je le reconnais et m’en excuse.

Vous vous demandez sans doute ce que tout cela a à voir avec les études que vous vous apprêtez à entreprendre. Cela a tout à voir, parce que c’est entre vos mains que se placent nos espoirs pour le monde à venir. C’est votre génération qui nous mènera vers de nouveaux lendemains. Et c’est bien là l’enjeu de l’Université : au-delà de l’apprentissage de nouvelles matières voire d’un métier, c’est de vous donner les outils intellectuels qui vous permettront de vous repenser et de repenser la société autour de vous.

Des enjeux devenus planétaires

Les idées d’hier, nos convictions et nos certitudes, ne pourront pas être simplement répliquées. Mais, en les mélangeant à votre vécu et vos nouvelles réflexions, il en sortira quelque chose de bien, apte à contribuer à la transformation de notre quotidien. Les enjeux de justice, d’égalité, de partage des richesses, de défense des valeurs ont forgé les luttes de tout temps. Aujourd’hui, rien n’a changé, sinon qu’ils sont devenus planétaires. Les luttes et les solutions doivent en tenir compte.

Si vous découvrez Bruxelles, explorez-la ! Plus grande ville universitaire du pays, ville de culture, centre politique majeur, elle illustre combien la Belgique est riche de ses différences. Vous vous y sentirez comme hissés sur le toit du monde ou du moins sur celui de l’Europe. Ceux qui ne font qu’y passer n’apprennent jamais à la connaître. Ceux qui y kotent la gardent dans leur cœur.

Un partenariat précieux

Je connais bien votre Rectrice, j’ai eu la chance de faire un bout de chemin avec elle. C’est une personnalité exceptionnelle, qui combine un engagement sans faille pour les causes auxquelles elle croit et une attitude toujours positive. Nous avons essayé de bâtir des ponts solides entre nos deux communautés universitaires, entre nos deux communautés tout court. Cela n’a pas toujours été simple, je le reconnais. Mais l’enthousiasme des jeunes et des moins jeunes de nos 2 universités nous a aidés. Vous aurez la chance de pouvoir faire vos études sur un des campus de la VUB, de l’ULB ou d’une des universités de nos alliances européennes. Vous pourrez ainsi découvrir d’autres langues, voie royale vers d’autres cultures.

Cher(e)s futur(e)s étudiant(e)s, vous arrivez et je pars. C’est cela la roue du temps. Comme disait, dans le film La Haine, le type qui tombe d’un immeuble de 50 étages – et qui se répète sans cesse pour se rassurer : jusqu’ici tout va bien – l’important ce n’est pas la chute, c’est l’atterrissage. Notre atterrissage est dans vos mains.

Caroline Pauwels aux étudiants de l’ULB: «Ne vous limitez pas aux frontières de votre Etat-nation!»

Par Caroline Pauwels, rectrice de la Vrije Universiteit Brussel

Caroline Pauwels, rectrice de la VUB.
Caroline Pauwels, rectrice de la VUB. - S. Piraux

Chers étudiants et chères étudiantes d’en face,

Permettez-moi de vous écrire cette lettre, à vous qui vous trouvez de l’autre côté du campus bruxellois. Une lettre qui parle de frontières, et de toutes les questions que cela soulève.

Les frontières m’ont toujours attirée, parce que, pour moi, elles invitent à être franchies, et élargissent le champ des possibles.

Enfant, la première frontière que j’ai découverte fut la frontière linguistique. Mes cousins habitaient en Wallonie et, pour pouvoir jouer et communiquer ensemble, apprendre la langue de l’autre était un must. Comme le mot « must » le laisse présager, l’anglais s’est également vite imposé comme lingua franca. Et chaque langue apprise vous rend plus humain et est synonyme d’enrichissement ; c’est en tout cas ma perception. En effet, une langue ne permet pas seulement d’apprendre de nouveaux mots, elle véhicule une âme, une culture, une identité…

L’ouverture des frontières, une libération !

Les frontières entre les pays… Vous n’avez pas connu les files d’attente interminables aux postes frontières et la paperasse qui allait avec, ni le change de devises étrangères (dont on ressortait par ailleurs systématiquement perdant). Autant ces temps d’attente aux frontières m’agaçaient et me faisaient perdre patience, autant j’ai exulté lorsque l’Europe a décidé d’ouvrir les frontières en 1993. J’ai ressenti cela comme une libération, comme une invitation ouverte à découvrir l’autre, les autres. Aujourd’hui, force est de constater que de nouvelles frontières et murs se reconstituent, à mon grand dam. Il n’y a rien de mal à faire preuve de fierté locale ou de patriotisme, mais ne vous limitez pas aux frontières de votre Etat-nation ! Revendiquer vos racines ne doit pas vous empêcher de déployer vos ailes et de vous envoler !

Une approche plurielle indispensable

Les frontières scientifiques… Les grandes découvertes se font souvent aux frontières de différentes disciplines, et ce grâce aux scientifiques qui osent les franchir. Au sein de l’université, nous vous enfermons encore trop souvent dans des disciplines scientifiques et des silos facultaires et je le regrette. Parce que les défis sociétaux auxquels nous faisons face aujourd’hui nécessitent une approche interdisciplinaire et multidisciplinaire.

La frontière intergénérationnelle… Rien ne m’irrite plus que d’entendre les générations plus âgées véhiculer des préjugés à l’égard des jeunes générations. Les gens oublient souvent qu’ils ont été jeunes aussi, et ont pareillement rêvé d’un monde meilleur. Personnellement, je trouve que nous avons beaucoup à apprendre de vous : vos marches pour le climat, votre résilience pendant la crise du Covid-19, votre acceptation de la diversité… Cet apprentissage intergénérationnel représente une formidable opportunité de se former tout au long de sa vie, saisissons-la à bras ouverts. Vous et moi. Ensemble.

Acquérir la sagesse en franchissant les frontières

La frontière avec ceux qui vivent différemment, pensent différemment de nous… C’est sans doute la plus difficile à franchir, mais aussi la plus fascinante. Non seulement cela nous permet d’apprendre à nous connaître, mais cela nous permet surtout d’acquérir de la sagesse ; sagesse qui naît de la reconnaissance que l’autre pourrait bien avoir raison aussi.

Chers étudiants et chères étudiantes d’en face : j’espère de tout cœur que vous franchirez beaucoup de frontières dans vos vies. Voici ce que Yvon Englert et moi-même, l’ULB et la VUB, avons tenté de faire ces dernières années. Et cela n’a cessé de me remplir de joie. Parce que cela en valait vraiment la peine, et parce que j’ai énormément appris. Ne cessez pas d’apprendre tout au long de votre vie et de vous émerveiller…

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