«Eviter de creuser une dette écologique»

«Eviter de creuser une dette écologique»
Alain Dewez

Le 2 juillet 2018 sur le coup de 21h15, avec un score de 0-2 pour le Japon, plus personne ne donnait la moindre chance de qualification pour les quarts de finale de la Coupe du monde à nos diables rouges. Et là, au pied du mur, les bonnes décisions ont été prises par le coach jusqu’à cette fameuse 94e minute et la relance à la main de Thibaut Courtois qui a initié une remontée foudroyante de terrain et a fait chavirer dans la liesse tout un pays.

Depuis cette soirée de folie, une relance efficace a souvent été comparée à cette phase de jeu… et pourtant notre société est amenée à faire face à différentes crises aux conséquences parfois catastrophiques suivies de périodes de relance à bien négocier.

La crise sanitaire actuelle a démontré l’importance d’évoluer vers une société plus résiliente, plus juste, tout en préservant notre capital environnemental. Il importe de quantifier la performance d’une économie par la mesure selon laquelle nos besoins réels sont satisfaits sans dépasser le plafond écologique de notre planète. La circularité de l’économie, l’économie de la vie, c’est tout le contraire de ce que certains aveugles et/ou sourds appellent la décroissance. Bien au contraire, c’est éviter de creuser une dette écologique et de la laisser lâchement aux générations futures.

Attirer vers des solutions énergétiques durables

Il est ainsi primordial de mettre en place une stratégie de relocalisation de notre économie pour des besoins essentiels via des investissements contribuant durablement à l’économie locale, régionale et européenne.

Un juste équilibre doit être trouvé entre les mesures incitatives et la mise en place de normes sociales, environnementales et sanitaires au niveau européen, évitant l’application aveugle de ce que d’aucuns appellent la théorie des avantages comparatifs aboutissant par exemple à une concurrence sociale, fiscale, sanitaire, environnementale trop souvent destructrice entre les Etats. L’économie de marché ne peut en effet fonctionner sans un certain nombre de garde-fous protégeant contre différentes pratiques abusives, néfastes à l’environnement, à la durabilité de notre économie et à la Vie tout court.

Mobilisation de l’épargne

Afin de favoriser la transition énergétique, il est nécessaire de prendre les mesures visant à réorienter massivement les investissements et l’épargne vers des solutions énergétiques durables.

Une meilleure mobilisation de l’épargne accumulée par les citoyens belges sur leurs livrets d’épargne (300 milliards d’euros) devrait être envisagée et pourrait ainsi générer ce qu’il est convenu d’appeler de la « bonne dette » contribuant durablement à la création de valeur dans notre pays en évitant de transférer un insupportable héritage climatique aux générations futures.

Les pouvoirs publics peuvent stimuler les épargnants à investir davantage en Belgique, dans les secteurs durables et générateurs d’emplois locaux liés à la transition énergétique, en prenant les mesures utiles permettant d’améliorer l’attractivité de ce type d’investissements.

Vers un tax shift environnemental efficace

L’attractivité des investissements dans les secteurs et les activités les moins intensifs en carbone doit aussi être améliorée par la mise en œuvre d’un shift fiscal environnemental devant passer par la suppression des subventions accordées aux énergies fossiles, en réduisant au moins à due concurrence d’autres prélèvements (TVA sur les équipements et combustibles durables, réductions d’impôts conditionnelles sur les revenus générés…) liés aux investissements, services et achats courants dans l’utilisation rationnelle de l’énergie et les sources d’énergie renouvelable. A titre d’exemple, une majoration progressive des accises sur les énergies fossiles, en fonction de leurs émissions de CO2, pourrait être compensée par une forme d’allocation universelle de transition au profit des ménages et/ou par une diminution modulable des charges patronales des entreprises.

Pour se qualifier dans le groupe des pays européens progressistes et volontaristes en la matière, il est urgent et impérieux que la Belgique s’accorde sur une stratégie énergétique globale permettant d’offrir le cadre d’investissement le plus stable et clair possible pour les investisseurs dans la transition énergétique et ainsi tendre très rapidement vers un système énergétique durable, décarboné, flexible, décentralisé et basé (quasi) exclusivement sur des sources énergétiques renouvelables. Une telle stratégie aura un effet structurant sur tous les acteurs économiques et les ménages. Peu importe que cette relance « à la Thibaut » s’effectue via l’aile gauche, l’aile droite ou le centre !

*Fédération des entreprises développant des produits et services tournés vers la transition énergétique.

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