Une balade de 78
km dans la Grande forêt de Saint-Hubert attend les randonneurs les plus avertis.
Une balade de 78 km dans la Grande forêt de Saint-Hubert attend les randonneurs les plus avertis. - D.R.

Les balades d’été du «Soir»: en chemin sur les berges de la Lesse

Il y a forêt et forêt. La forêt jardinée, propre comme un sou neuf, qui grandit le plus souvent en lisière des villes. Et puis il y a la forêt semi-sauvage, certes surveillée de près par des agents spécialisés, certes ouverte aux exploitants, aux chasseurs, aux baroudeurs et aux touristes, mais qui a su préserver le goût de l’authentique. La Grande forêt de Saint-Hubert, tout au sud de la Wallonie, est de celles-là. Un territoire de 100.000 hectares – dont la moitié est boisée – s’étendant sur une dizaine de communes. Un paradis pour les promeneurs avec 1.500 km de balades balisées. Tout à l’ouest du territoire, les acteurs touristiques ont eu l’excellente idée de créer une randonnée de 78 km ceinturant, à peu de chose près, la commune de Libin et ses villages pittoresques. Départ à Lesse (à deux pas de Redu), retour à Lesse trois jours plus tard. Aires de bivouac comprises. A réserver aux randonneurs avertis, équipés et entraînés.

Le meilleur pour la fin

Les autres ? Ils seraient bien inspirés de s’offrir ce parcours magique sur la fin de la boucle de la grande randonnée. Cinq kilomètres dans sa version aller simple (à condition de faire appel à un ami qui patiente à l’arrivée, quitte à lui suggérer de mettre quelques saucisses à griller), dix kilomètres dans sa version aller-retour. Partons sur la première option. Voiture indispensable pour rejoindre le point de départ (les transports en commun dignes de ce nom sont inexistants dans le coin) sur la nationale entre Maissin (Paliseul) et Transinne (Libin). Visez le fond de vallée, juste à la limite entre les deux communes. Visez surtout la Lesse qui fait frontière. Un parking porte le nom de la boucle « Entre Lesse et Lhomme ». Se diriger à l’oreille vers la rivière qui murmure quelques mètres en contrebas, à l’entrée du massif forestier.

Joli petit pont de bois. Reflet de la lumière sur le cours d’eau tumultueux. Les jeux d’eau, d’algues et de cailloux dessinent une œuvre mouvante que chacun interprétera à sa manière. Le pont franchi, il faut filer vers la droite en suivant scrupuleusement les panneaux blancs flanqués d’un rectangle vert (le balisage de la grande randonnée). Là, il n’y a plus qu’à marcher, gentiment, en se laissant bercer par le chant de la Haute-Lesse, paradis des poètes, des photographes, des amateurs de cathédrales boisées.

Car tout au long du parcours, il n’y a que bois de toutes sortes. Du hêtre, du chêne, des jeunes épicéas créant un désert à leur base mais aussi des fûts majestueux, de 60-70 ans, capables à cet âge de réinviter la lumière faire son œuvre photosynthétique à leur pied. Entre les branches, on aperçoit de-ci de-là d’anciennes bâtisses aujourd’hui souvent rénovées ou reconstruites, et reconverties en maison de campagne. C’est le cas par exemple de l’ancien Moulin de Mohan, au bord d’un chemin déviant le randonneur – s’il le souhaite – vers le village voisin de Transinne.

L’hommage d’Omer Marchal

Il y a surtout cette Lesse envoûtante, tantôt à deux pas du sentier, tantôt à quelques dizaines de mètres, tantôt au même niveau, tantôt au fond d’un ravin rocheux. Envoûtante mais toujours chantante. L’écrivain Omer Marchal, enfant du pays, lui a – quelques mois avant son décès prématuré en 1995 – rendu le plus bel hommage : « Il est bien entendu qu’un pays civilisé devrait élever la rivière Lesse à la dignité d’un monument classé, sacré. »

En attendant, l’amateur de botanique s’amusera à nommer les végétaux de lisière, comme cette digitale qui élève ses hampes fleuries (attention poison) comme autant de gardes nature tout au long du chemin.

Envie d’une nuit à la belle étoile ? A deux kilomètres du point de départ, une aire de bivouac officielle (une denrée rare en Wallonie) accueille les amateurs de camping « sauvage ». Une nuit, pas plus. Dix personnes, pas plus. Accès interdit aux véhicules à moteur. Ni eau ni électricité. Juste une immense clairière et quelques bancs rudimentaires. Dépaysement garanti.

Bon, l’aire est plutôt réservée aux courageux randonneurs qui s’offrent le tour complet en trois jours. Pour le coup, presque au bout de la balade, on amorce une jolie descente vers Lesse, un hameau hors du monde, mignon comme tout, avec son pont de pierres, ses maisons d’un autre âge souvent parfaitement restaurées… Avec, surtout, ce coin magique en bordure d’une Lesse soudain plus sage : une grande plage herbeuse, un autre petit pont de bois, des tables et bancs, des barbecues à disposition… et le clapotis de la rivière pour rafraîchir ses pieds. Voire plus si affinités.

Redu et son incontournable Mudia

Jean-Luc Bodeux

Vous n’aimez pas l’art, les peintures, et encore moins les musées ? Allez au Mudia, l’étonnant musée de l’art autrement, ouvert depuis un an à Redu. Il apporte un souffle neuf à ce village du livre. Mais pas encore assez pourtant vu la qualité des œuvres présentées. S’il était situé en ville, il ferait sans doute trois ou quatre fois plus d’entrées que les 25.000 de cette première saison. Car il y a là des Véronèse, Breughel, Rodin, Picasso, Modigliani, Magritte, Hergé, Franklin, Geluck, et le tout dernier venu cet été, un Toulouse-Lautrec. Pas des copies, non, de vraies peintures, sculptures ou dessins. En tout, près de 300 œuvres !

Le Mudia est le rêve devenu réalité d’Eric Noulet, un collectionneur et amateur d’art. Ce passionné devenu ardennais par son épouse a travaillé dans le marketing à l’international. « L’art m’a toujours passionné, mes parents étaient collectionneurs. Et quand je voyais mes petits-enfants qui ne tenaient pas plus de dix minutes dans un musée, je me suis dit qu’il fallait mettre sur pied quelque chose qui les retienne environ une heure et demie… » Aujourd’hui encore, de nombreux visiteurs restent dubitatifs face à la richesse de ce Mudia qui signifie « Musée didactique de l’art », original et atypique, avec un parcours truffé d’attractions de tous types, qui séduiront à coup sûr les enfants tout en permettant aux parents de se délecter de chefs-d’œuvre issus d’une quarantaine de mouvements artistiques.

www.mudia.be et 061-51.11.96.

Autour du parcours

Eric Burgraff et E.B.

1

Le pont Marie-Thérèse

Quelques centaines de mètres avant le point de départ, il faut rendre visite au pont Marie-Thérèse. A la sortie de Maissin, suivre un fléchage vers la droite. Cet ouvrage d’art à quatre arches inégales, d’aspect romain, permet de franchir la Lesse depuis le XVIIe siècle. La tradition locale veut que ce soit l’impératrice Marie-Thérèse d’Autriche qui, après une chute à cheval survenue quand elle franchisait la Lesse à gué, a fait construire le pont. En réalité, il équipait la voie de « grande communication » reliant l’ancien duché de Bouillon à Liège. Cette voie, la N899, a depuis été déplacée quelques centaines de mètres vers l’ouest. Le pont Marie-Thérèse est classé depuis 1989.

2

Redu

La promenade terminée, il ne faut pas manquer de pousser une pointe jusque Redu, ses maisons pittoresques, ses bouquineries, ses artisans, ses galeries… et ses terrasses à profusion.

3

Esa

Au sud-ouest de Redu – et à trois kilomètres de Lesse – la campagne ardennaise abrite le site exceptionnel de l’Esa : une forêt… d’antennes paraboliques au départ de laquelle l’Agence spatiale européenne pilote et contrôle des dizaines de satellites, dont ceux constituant le futur GPS européen Galiléo. Le site ne se visite pas mais ce spectacle déconcertant niché au creux d’une cuvette – elle-même en forme naturelle de parabole – vaut le détour.

Pratique

Eric Burgraff

Le parcours proposé n’est que la partie finale (5 km environ) de la grande randonnée « Entre Lesse et Lhomme » (78 km, départ et arrivée au village de Lesse). Notre parcours, par contre, emprunte les cinq derniers kilomètres, il est accessible aux marcheurs, aux vététistes et aux cavaliers.

Départ sur le parking « Entre Lesse et Lhomme » le long de la N899 reliant Maissin (Paliseul) à Transinne (Libin). Laisser sa voiture sur place et prendre à droite vers la rivière, traverser le pont de bois et suivre le fléchage (rectangle vert sur fond blanc) vers la droite. Arrivée à Lesse.

Plusieurs outils sont disponibles. Une carte IGN (8 euros, à la maison du tourisme de Saint-Hubert et à l’office du tourisme de Libin situé à Redu). Elle propose, en sus, des liaisons vers les villages voisins ainsi que d’autres balades.

L’application « SityTrail » : la boucle de 78 km et les 16 liaisons-villages sont téléchargeables gratuitement sur smartphone via l’application. Trace GPX disponible sur demande au 061/61.30.10.

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