«Nucléaire iranien: cinq ans après, une dernière chance»

«Nucléaire iranien: cinq ans après, une dernière chance»

L’accord entre les Etats-Unis, la Chine, la Russie, la France, la Grande-Bretagne, l’Allemagne (P5+1) et l’Iran sur le nucléaire iranien fête son cinquième anniversaire ce mardi 14 juillet. Réussite diplomatique majeure de la présidence Obama, ce Joint Comprenhensive Plan of Action (JCPOA) a été torpillé par Donald Trump dès son arrivée. En se retirant unilatéralement de l’accord puis en multipliant des gestes agressifs dépassant toute mesure à l’égard de Téhéran, Trump coule les espoirs de réconciliation avec un pays largement mis au ban du système international jusque-là. Une dernière chance sera offerte aux Américains de rectifier le tir en novembre prochain.

De l’affrontement à l’apaisement

Le programme nucléaire iranien démarre dans les années 50 sous l’égide… des Etats-Unis dans le cadre – autre ironie – du projet « Atomes pour la paix » porté par les Américains. Cependant, inquiet après la révolution iranienne de 1979, Washington change radicalement son fusil d’épaule et met en place sa stratégie pour faire chuter le régime iranien : gel d’actifs, embargos commerciaux, sanctions financières…

Après un bref assouplissement, les révélations d’un dissident iranien sur un programme clandestin en 2002 font repartir le train des sanctions. Elles culminent en 2012 avec un embargo sur le pétrole et une série d’autres biens décidé par les États-Unis puis l’Union européenne. Si ces sanctions étouffent la population, elles n’amènent aucun changement positif dans le chef des dirigeants iraniens. L’approche nettement plus diplomatique de Barack Obama, combinée à l’élection de Hassan Rouhani et à la volonté de conciliation de ce dernier, va cependant permettre la conclusion d’un accord à la portée bien plus large que la forte limitation des capacités nucléaires iraniennes.

S’il ne répond pas à toutes les critiques que les Occidentaux adressent à l’Iran, le JCPOA représente une réelle avancée à au moins deux égards. Il donne tout d’abord à la communauté internationale un vaste accès aux installations nucléaires iraniennes qui permet de monitorer les activités déclarées mais aussi de repérer de potentielles activités clandestines. L’Agence internationale de l’énergie atomique fait ainsi régulièrement rapport à l’ONU sur le respect par l’Iran de ses engagements.

L’autre avancée majeure est la réintégration de l’Iran dans le concert des nations. Conséquence indirecte du deal, l’Iran redevient « fréquentable » et sort de son isolement. Le pays reprend sa place dans l’économie mondiale et les ambassades étrangères retrouvent leurs personnels à Téhéran. Une logique « diplomatique » se substitue alors à la logique d’affrontement qui avait prévalu jusque-là, ouvrant la possibilité à un réel dialogue. Cette dynamique porteuse connaît toutefois un arrêt brutal.

Retrait unilatéral de Trump

En mai 2018, Donald Trump décide de retirer son pays du JCPOA et réinstaure des sanctions à l’encontre de Téhéran alors que ce dernier s’acquittait de ses obligations. L’accord se vide de sa substance d’autant que les sanctions, de portée extraterritoriale pour certaines, atteignent durement l’Iran puisqu’elles dissuadent de nombreuses entreprises, même non américaines, de faire affaire avec Téhéran.

L’Iran réagit en tentant de mettre les autres signataires face à leurs responsabilités. La Chine et la Russie étant eux-mêmes dans le collimateur de Trump, l’essentiel des attentes va vers les Européens. Or ces derniers se distinguent surtout par leur atonie : incapables de peser sur leur partenaire transatlantique, ils ne trouvent pas des voies de contournement effectives des sanctions pour éviter l’asphyxie de l’Iran. De plus, ils contribuent à brouiller les responsabilités en sommant Téhéran de respecter unilatéralement ses engagements.

Après un an de tergiversations européennes, l’Iran commence en juillet 2019 à revenir sur certains de ses engagements, tout en signalant son souhait de voir l’accord sauvé et en insistant sur le caractère réversible de ses actions. Cette mesure ne trouve aucun écho.

La politique du pire

Portée par le désir de l’Administration Trump et de ses alliés israéliens et saoudiens d’exercer une pression maximale sur Téhéran, la politique du pire prend en 2020 de nouvelles proportions. Début janvier, en violation de la légalité internationale, les États-Unis assassinent un des plus hauts dignitaires iraniens, le général Soleimani, à Bagdad. La tension est à son comble, mais Téhéran fait à nouveau preuve de pondération en se contentant de représailles de façade.

Plus récemment, et en dépit d’un contexte régional et national aggravé par la pandémie du Covid-19, des attaques plus insidieuses se sont multipliées contre l’Iran. Bien que les faits soient encore difficiles à établir, il semble que plusieurs sites industriels, dont le principal site d’enrichissement d’uranium de Natanz et le complexe balistique de Khojir, aient été la cible d’explosions attribuées à des agents israéliens.

Conclusion

Rien n’indique à ce jour que cette politique du pire finira par payer dans le sens souhaité, à savoir un effondrement du régime islamiste en Iran. Au contraire, dans un pays exsangue, constamment poussé dans ses retranchements, tout laisse croire à un retour en force de composantes les plus intransigeantes du régime.

En février 2020, les élections législatives se soldent au bénéfice des conservateurs. C’est Mohammad Baqer Qalibaf, un dur, qui remplace à la tête du Majlis un allié du président Rouhani, Ali Larijani. Said Jalili, grand favori à la course présidentielle de 2021 est un proche de l’ancien président conservateur Ahmadinejad. Si les forces les plus radicales devaient s’imposer ainsi, il serait vain d’espérer la retenue dont a fait preuve le président Rouhani sur le dossier du nucléaire.

Un mince espoir subsiste : celui de la non-réélection de Trump en novembre prochain, au profit de son concurrent Joe Biden qui entend ramener les Etats-Unis dans le JCPOA. Les électeurs iraniens pro-réformateurs pourraient y trouver une raison pour se remobiliser et, peut-être, les durs du régime pour ne pas tourner le dos à la solution négociée, la seule possible.

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