Un endroit où pousser sur le bouton pause de la vie.
Un endroit où pousser sur le bouton pause de la vie. - Pierre-Yves Thienpont.

Les balades de l’été du «Soir»: sur le sentier méditatif de l’Abbaye de Villers

Une marche après l’autre. Il y en a vingt-six à grimper avant d’arriver au début du sentier méditatif de l’Abbaye de Villers. Il est 16 h 45 ce jour-là. La lumière du soleil est rasante et vient embraser les murs de l’ancienne abbaye cistercienne dont la création remonte à l’an 1146, quand le chevalier Gauthier de Marbais et sa mère Judith invitent des moines de l’abbaye de Clairvaux, en France, à fonder une nouvelle abbaye à Villers sur leurs terres. Un petit groupe de 17 moines s’installe alors à cet endroit. Venir en ces lieux aujourd’hui, c’est souvent venir y chercher son caractère apaisant mais, depuis deux ans, c’est aussi démarrer à l’arrière de l’église une promenade un peu particulière puisqu’elle nous invite sur deux cents mètres à ralentir le pas pour nous reconnecter avec nous-mêmes.

« L’esprit du débutant contient beaucoup de possibilités, l’esprit de l’expert en contient peu. » Ainsi s’exprimait le maître zen Shunruy Suzuki. C’est ce qui est écrit sur le premier des huit panneaux de la promenade, consacré à « L’esprit du débutant », mais on peut aussi avoir préparé sa visite en téléchargeant les podcasts sur son téléphone. On entend alors la voix douce d’Ilios Kotsou, de l’ASBL Emergences qui a collaboré à la création, qui lit la phrase d’introduction et qui nous invite à nous mettre le plus possible à l’aise, assis ou debout, « pour découvrir cet endroit avec des yeux neufs, avec un regard d’enfant, un regard émerveillé, comme si vous le découvriez pour la première fois. Et c’est peut-être le cas… »

Une pause dans le quotidien

Anne Burette voulait remettre un supplément d’âme dans les ruines.

Anne Burette nous accompagne. Cette historienne de l’art, employée de l’Abbaye, a eu l’idée de créer ce sentier qui démarre au pied du lieu-dit La Léproserie : « Je voulais remettre un supplément d’âme dans le site des ruines, dans ce lieu destiné à la spiritualité mais sans lui apporter un nouvel aspect religieux. La méditation en pleine conscience permet à chacun d’y arriver, quelles que soient ses pensées philosophiques ou théologiques. Ce sentier est ainsi là pour nous rappeler qu’il est essentiel de s’arrêter de temps en temps, d’appuyer sur le bouton “pause” dans notre quotidien de stress. Et c’est encore plus vrai après cette période de confinement Covid. »

Elle fixe une rose et se concentre sur elle, comme d’autres peuvent regarder le mur de pierre. On entend les bruits de la route, et c’est normal d’être distrait, mais on essaye de recentrer son attention vers l’objet choisi avant de regarder le reste du paysage, « comme si les yeux étaient des pinceaux et que vous effleuriez et dessiniez les formes qui sont tout autour de vous », dit la voix dans les oreilles.

Difficile de se dire qu’il y a eu là jusqu’à cent moines et au moins le triple de convers. Tout s’est écroulé un soir d’orage quelques années après la Révolution française, quand l’abbaye fut vendue à un marchand de matériaux, qui avait commencé à la démonter pièce par pièce. Une belle exposition de photos en noir et blanc en montre l’état d’alors. Et ce n’est sans doute pas Victor Hugo, de passage pour écrire « Les Misérables », qui aura laissé un tag avec l’inscription « Veni, vidi, flevi » (je suis venu, j’ai vu, je pleure), même si c’est ce que l’on a pu ressentir alors.

Au sommet de la colline, sur ce qui reste de la carrière de schiste qui a servi à édifier les murs de l’abbaye.

Entre lavande et romarin

Les premiers visiteurs viendront rapidement dès 1854 grâce à la ligne Ottignies-Charleroi, une aberration puisque les trains traversent les jardins du palais de l’abbé. Aujourd’hui, ce sont 160.000 visiteurs qui viennent tous les ans découvrir le magnifique Jardin des Simples et ses plantes médicinales, la houblonnière ou encore la ligne du temps faite de rosiers anciens. Et on ressent toujours les frissons du vent, quand entre lavande et romarin, l’on poursuit le sentier méditatif vers le « Non Jugement ». « Ce n’est pas aisé de poser sans cesse un jugement sur soi et les autres, souffle Anne Burette. Mais qu’est-ce qu’on se sent mieux quand on y arrive. La vie devient agréable. »

La Chapelle Saint-Bernard.

De la Chapelle Saint-Bernard, on arrive vite au sommet de la colline, sur ce qui reste de la carrière de schiste qui a servi à édifier les murs de l’abbaye. On voit les prairies en face, la grue qui aide à réparer le porche détruit par un camion, les voitures qui remontent vers Baisy-Thy. Près de neuf siècles d’histoire nous contemplent. L’on pense déjà à déguster une bière de la micro-brasserie de l’abbaye ou, tous les premiers samedis du mois, le bon vin de la Confrérie du Vignoble, mais l’on se sent tout petit. On préfère se laisser caresser par le soleil, prendre conscience de la chaleur de son corps. C’est la « Bienveillance » qui apporte sa profondeur. On prend attention à tout notre corps, comme s’il respirait. Et on ouvre les yeux à la vie.

Retrouvez toutes les balades du « Soir »

En pratique

J.-P. D.V.

Le sentier méditatif est accessible toute l’année. Une fois dans le site de l’abbaye, il suffit de se rendre derrière l’église pour accéder aux premières marches. Et oser l’aventure intérieure, avec un guide disponible à l’accueil, qui reprend les textes du parcours de méditation, ou en ayant au préalable téléchargé les podcasts des huit stations. On peut surtout refaire le parcours à l’infini, car la lumière et les couleurs varient selon les saisons. De même en groupe, à l’occasion de séances de méditation guidée qui, si le temps est mauvais, se déroulent alors dans la cave romane. Voir le site www.villers.be.

Le parcours

J.-P. D.V.

1 Abbaye de Villers En ces temps de coronavirus, un sens giratoire a été conçu pour les visiteurs, depuis l’ancienne entrée jusqu’au centre du visiteur qui sert de sortie. Le tout pour 9 euros pour les adultes ou 15 euros pour le pass annuel. Réduction pour les enfants et les seniors.

2 Notre-Dame des Affligés Tout autour de l’abbaye, de nombreuses promenades s’offrent aux visiteurs. L’une d’entre elles vous fera passer dans les bois qui surplombent l’abbaye où a été construite en 1731 la superbe petite chapelle de Notre-Dame des Affligés. L’édifice est dû à un officier de passage qui a promis cette chapelle pour la Vierge s’il revenait de combats. Aujourd’hui, Notre-Dame des Affligés est invoquée par certains pour faire marcher les enfants qui font difficilement leurs premiers pas.

3 L’Arbre de Justice En poussant la balade plus loin, au-delà de Mellery, on découvre l’Arbre de Justice, sur Court-Saint-Étienne. Il aurait pu servir de pilori. L’arbre, que l’on retrouve déjà en 1777 sur la carte Ferraris, a été dynamité par les Français en 1940. Un nouveau tilleul a, lui, été replanté il y a peu car le précédent avait été tronçonné de nuit par de mauvais plaisantins.

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