Les balades d’été du «Soir»: à pieds nus à travers champs
Benjamin Durieux.

Les balades d’été du «Soir»: à pieds nus à travers champs

Chaussé de bottines, de tongs, de baskets ou d’escarpins, peu importe comment l’on arrive à la ferme de la Planche à Gouvy, en province du Luxembourg, il faudra tout ôter, dans un petit sas doté de bancs et de rangements à l’entrée, pour se retrouver pieds nus et entamer la balade le long du sentier.

Sous la plante des pieds, des pierres spongieuses qui s’affaissent mollement, des bouchons de liège mouillés rassemblés dans un grand pneu de tracteur, du sable humide, des écorces froides. On avance les yeux fixés sur le sol, par curiosité, avec un brin d’excitation en attendant la prochaine sensation. On en oublierait presque de regarder devant soi et de pousser la barrière de l’enclos où l’on se retrouve face à la croupe d’un poney qui, paisible, accepte quelques caresses.

Dans le respect de la nature

Car cela reste bien une ferme : « Vaches, chevaux, ânes, alpagas peuvent se trouver sur le parcours », précise le propriétaire José Thiry. Ce sentier pieds nus se fait dans le respect de la nature. « C’est un plaisir pour nous », ajoute-t-il. « Les gens partagent notre façon de voir. Ils profitent du calme, de la nature protégée, des fleurs. »

Benjamin Durieux

Agriculteurs et exploitants forestiers à l’activité peu rentable, José Thiry et Marie-Christine Richir ont cherché à se diversifier au début des années 2000. Après avoir songé à faire un restaurant et un camping à la ferme, ils ont finalement aménagé un golf et organisé des balades à dos d’âne. « Mais on voulait quelque chose qui soit davantage respectueux de la nature, plus en concordance avec nos valeurs », souligne José. Le couple avait aussi envisagé de créer une ferme nordique avec des rennes. Avant de s’inspirer d’une balade pieds nus dans les Vosges.

« Nous avions tout : l’environnement, la clientèle, la capacité d’accueil. » Et en un peu moins de deux ans, quelques coups de chariot télescopique et pas mal de travaux d’aménagement, tout était prêt, en 2013, pour recevoir les marcheurs sans chaussures. Qui affluent tellement que José et Marie-Christine ont dû mettre fin au golf et aux balades avec les ânes trois ans plus tard.

Pour les plus petits, la grande aventure

Long de trois kilomètres pour une durée d’environ deux heures, le chemin sillonne la vallée, longe les champs, traverse de vastes prairies aux trèfles roses et blancs, descend dans les bois. Il y a le vent, quelques éclaircies, les arbres, la rivière. On se connecte à la nature autrement. On retrouve un autre contact avec le sol qui change encore et encore. Galets arrondis, paille qui chatouille, humus, racines, mousse… Mais dans le sentier de terre, on oublierait presque que l’on est pieds nus.

Et puis, quelques passages se corsent ! Là, une planche de bois en pente douce qui glissent sous les petits pieds. Ici, des graviers aux bords aigus qui piquent. Là encore, au sommet de la colline, d’immenses troncs d’arbre creux sur lesquels on joue aux équilibristes avec une vue panoramique regorgeant de verdure.

Les grands aident les plus petits, pour qui se promener nus pieds est une grande aventure. On entend des éclats de rire, des « ouille ouille ouille », des cris d’excitation quand, à un peu plus de la moitié de la balade, vient le moment de traverser le cours d’eau à plusieurs endroits. D’abord passer au-dessus de trois gros rochers, crier de frisson en longeant un tronc d’arbre les pieds dans l’eau fraîche ensuite, sentir cailloux, racines et vase en suivant plusieurs cordes enfin. C’est sans doute ça qui fait le charme et le plaisir de cette balade : des sensations simples et naturelles expérimentées par les plus petits sans qui la promenade serait sans doute moins savoureuse.

Le parcours se veut tout-terrain et accessible à tout âge. « Tout dépend de la motricité de l’enfant », précise José Thiry. « Certains enfants de deux ans et demi ont tout fait à pied. D’autres de quatre ans ont eu des difficultés. À certains endroits, il faudra peut-être les porter. » Et pour les moins aventureux ou les plus fatigués, les passages difficiles, indiqués par des pieds orange en bois, peuvent être évités grâce à des raccourcis balisés verts, faciles.

Propre et sûr

Depuis la réouverture de son sentier pieds nus voici trois semaines, la ferme de la Planche accueille deux fois plus de monde par jour par rapport à l’été dernier. Un véritable succès malgré la crise sanitaire et des mesures contraignantes, selon José. Le port du masque est obligatoire à l’accueil et dans l’espace cafétéria à l’extérieur avant et après la promenade. Sur le parcours, la distanciation sociale est de rigueur entre les groupes. Ce qui peut parfois créer des embouteillages lorsque les plus petits enfants éprouvent des difficultés à franchir des obstacles.

Se déplaçant sur le site en petit véhicule électrique, le patron veille au respect des mesures mais aussi des règles qu’il a mises en place dans sa ferme : ne pas courir, ne pas dépasser les gens, ne pas crier, ni faire peur aux animaux. « Certains se sentent dans un parc d’attractions », regrette-il, parfois victime du succès de son sentier qui accueille quelques milliers de personnes par saison. Chaque jour, José passe deux heures à nettoyer le sentier des déchets, branches, ronces pour qu’il soit praticable et sûr. Cela a réduit le nombre de petits bobos à la ferme. Mais il vaut toujours mieux regarder où on met les pieds. Sous lesquels peuvent toujours se glisser une ortie ou un chardon… Comme nous l’avons douloureusement expérimenté.

Le parcours

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Le point de vue

En hauteur, exposé au vent, les yeux sur une nature à perte de vue, le point panoramique est un moment suspendu de la balade. Au propre comme au figuré. On peut y grimper sur une vieille souche d’arbre, pour observer l’horizon de plus haut encore. Et on peut tester ses talents d’équilibriste sur de grands troncs posés en enfilade. Promeneurs pris de vertige s’abstenir.

2

Plaine et bois

D’une vaste plaine, on entre dans l’intimité d’un petit bois sombre. Sous les pieds, de l’humus noir, des racines, de la mousse, des brindilles. Ça sent le bois, la terre, l’humidité. Une petite parenthèse plus silencieuse.

3

Le cours d’eau

Le sentier se finit par une cordée dans le cours d’eau, que l’on a déjà franchi plusieurs fois de différentes manières. Ici, on descend sur des rochers, on traverse une première fois en tenant la corde, l’eau fraîche sur les mollets (et bien plus haut pour les petits), et puis encore, grimpant sur quelques racines molles d’où saute l’eau, avant de remonter sur la terre ferme. Dernière étape du parcours : une jetée en béton descend tout droit dans le cours d’eau pour se laver les pieds avant de sautiller de pierre en pierre pour aller se rechausser.

En pratique

Le départ et l’arrivée se trouvent à la ferme de la Planche, Montleban 75 à Gouvy. C’est là que vous pourrez payer l’entrée au tarif de 5 euros par personne, avec un accès gratuit pour les moins de trois ans, que vous pourrez vous déchausser et vous rechausser et que vous pourrez boire un verre et pique-niquer. Le parcours est long de trois kilomètres et dure environ deux heures. Les lieux sont accessibles en voiture, avec un parking gratuit de cinquante places.

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