Au cœur du marais, la «
skyline
» dessinée par des tours de logements vient rappeler la présence toute proche de la ville.
Au cœur du marais, la « skyline » dessinée par des tours de logements vient rappeler la présence toute proche de la ville. - dominique duchesnes

Les balades d’été du «Soir»: au nord de Bruxelles, c’étaient les marais

Sur la place Cardinal Mercier, à l’ombre de l’église Saint-Pierre, on pourrait presque sentir « l’esprit de clocher » flotter dans l’air. Parmi les 19 communes bruxelloises, Jette est sans doute l’une de celles qui ont le plus conservé son caractère de « village en ville ». Une caractéristique qu’elle partage avec sa voisine Ganshoren. Les deux entités n’en formaient d’ailleurs qu’une seule jusqu’en 1841, finalement scindée en deux, au grand chagrin de quelques unionistes locaux.

Méconnues des Bruxellois du sud et du centre qui rechignent encore parfois à franchir le canal, ces deux communes résidentielles qui semblent parfois assoupies ont pourtant de sacrés arguments à faire valoir. Parmi ceux-ci, quelques joyaux naturels rares en Région bruxelloise, vers lesquels nous partons user nos godasses.

Malgré un démarrage sur le bitume, en partance de la gare de Jette, que les randonneurs venus pour la verdure se rassurent. À peine franchi le souterrain qui traverse les voies de chemin de fer de la gare, l’asphalte commence déjà à se faire rare. On traverse ici le parc Roi Baudouin et ses 110 hectares, qui présentent de très belles qualités paysagères avec son ensemble jonglant entre pelouses bien tondues, étangs vivants (avec de beaux grands roseaux, s’il vous plaît), et surfaces végétales laissant la place à une douce anarchie florale. Il faut dire que le parc, vieux de quarante ans, a eu droit à un lifting en profondeur au cours de la dernière décennie. On y longe désormais le Molenbeek – qui, on ne le sait pas toujours, fut le nom d’un ruisseau avant de devenir celui d’une commune – en y saluant des bernaches du Canada en liberté.

Bruxelles originelle

Dans la prolongation du parc, les marais de Jette-Ganshoren ne ressemblent à aucun autre espace vert de la capitale. S’y promener, c’est se replonger dans l’état pré-urbain du nord de Bruxelles, qui avant d’être surplombé par l’Atomium fut autrefois une vaste zone humide. L’écrin dans lequel on se trouve n’a cependant retrouvé ses caractéristiques originelles que dans les années 70, après la suppression de tuyaux de drainage et de potagers sauvages qui avaient fini par assécher les lieux. Comme le note Bruxelles-Environnement, gestionnaire du site, c’est assez paradoxalement le passage du chemin de fer en son sein qui a permis à cet espace d’être protégé de l’urbanisation, en repoussant plus loin les constructions autorisées. Au cœur du marais, la « skyline » dessinée par des tours de logements qui le bordent vient malgré tout rappeler la présence toute proche de la ville, offrant un contraste assez improbable.

Dans cette zone de conservation Natura2000, les chanceux croisent paraît-il la route de martins-pêcheurs et de couleuvres vertes. À défaut de rencontres aussi spectaculaires, on y observe sans difficultés quelques lapins fuyant à l’approche des marcheurs, des hérons ainsi que de nombreux batraciens.

Un bois face au Ring

Le sentier qui sort du marais nous fait ensuite passer devant l’unique houblonnière de la capitale, avec ses lianes grimpant sur plusieurs mètres. Elle n’est pas bien vieille. Lancé il y a trois ans par Christophe Speltiens, un passionné, le projet se donne pour mission première d’expérimenter et de renouer avec des traditions qui furent celles des régions encerclant Bruxelles. Durant les bons jours de l’été, ce dernier installe parfois un stand sur place pour faire goûter la Super Deluxe, sa cervoise maison.

En poursuivant vers le nord, on s’enfonce peu à peu dans le bois du Laerbeek, qui abrite une importante hêtraie. Le sentier qui le borde nous fait marcher en plein sur la frontière linguistique, entre les anémones et les jacinthes. Petit à petit, une musique moins agréable se met alors doucement à ronronner à l’oreille. C’est celle des automobiles et des camions qui traversent à toute vitesse le Ring de Bruxelles en direction d’on-ne-sait-où. La rencontre des deux mondes est un peu rude, il est vrai, alors que l’on s’était habitué en chemin à la quiétude des lieux. Cette cohabitation difficile pourrait bien aller de mal en plus. La Région flamande prévoit effectivement d’élargir la portion nord de « son » Ring (qui ne traverse la Région bruxelloise que sur 5,5 kilomètres), en faisant rouler la circulation sur 10 bandes sur certains tronçons. Un chantier pharaonique qui risque de mettre à mal la préservation du bois, et contre lequel la commune de Jette ainsi que plusieurs associations environnementalistes s’opposent depuis plusieurs années.

Sur le chemin du retour, après avoir retrouvé la quiétude de la forêt, vous aurez l’opportunité de disserter sur le sujet en vous arrêtant pour siroter une boisson ou grignoter un plat au Chalet du Laerbeek, l’enseigne phare du bois. Vous avez deux heures ! Ou même plus, si le cœur vous en dit. Notre point de départ de la gare de Jette est à moins d’une quarantaine de minutes à pied, en redescendant par les petits sentiers.

En pratique

Atteindre le cœur de Jette en transports en commun est tout à fait jouable, notamment via le tram 19 de la Stib, qu’il est possible de rejoindre via les métros 2 et 6 à Simonis. Mieux encore : la gare de Jette donne en plein sur la place Cardinal Mercier. Elle offre plusieurs connexions avec les gares du centre de Bruxelles. Plusieurs lignes venant de l’extérieur y marquent aussi l’arrêt. Des places de stationnement payant existent également sur ses abords. Pour ce qui est de la marche à pied, la promenade (qui compte près de 8 kilomètres) se fait en deux heures environ pour les marcheurs peu pressés.

Le parcours

1

Le parc Roi Baudouin

Un écrin de verdure qui s’étire dans toute sa longueur entre Jette et Ganshoren, développé sur le modèle « semi-naturel ». On y trouve notamment les vestiges d’une ancienne villa romaine. La guinguette Fabiola est aussi là pour rassasier les assoiffés de début de parcours.

2

Le marais

Ici, la nature spontanée a repris ses droits. Sur les sentiers de terre de cette zone humide traversée par un chemin de fer, on se sent loin de Bruxelles. Avec un peu de chance et de patience, on peut y observer une faune diverse. On y trouve notamment la couleuvre à collier, dont la présence sur le site serait toutefois de plus en plus menacée.

3

Le bois du Laerbeek

Cette forêt, que vous avez peut-être déjà remarquée en empruntant le Ring nord, est l’un des poumons verts du nord de Bruxelles. Aménagés par endroits, sauvages en d’autres, les lieux inspirent à la flânerie. Et ce même s’ils butent, au nord, sur l’autoroute (sous laquelle un tunnel permet d’ailleurs de continuer à pied vers Asse).

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