La flèche du donjon du château de Famelette date du XIV
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 siècle.
La flèche du donjon du château de Famelette date du XIV e siècle. - Dominique Duchesnes.

Les balades d’été du «Soir»: dans l’air pur entre Burdinale et Mehaigne

Le monument aux morts témoigne encore du fait que des villages tranquilles ont aussi eu leur lot de martyrs. Nous sommes sur la place Limage à Fumal, un village en forme d’étoile, cerné de nombreux bois. Avec pour nom celui de la Promenade des chevreuils, la balade s’annonce prometteuse. Il fait beau mais pas trop chaud. L’idéal pour aller à la découverte du parc naturel Burdinale-Mehaigne, sis aux confins des provinces de Liège, de Namur et du Brabant wallon, avec deux rivières qui servent de trait d’union entre les communes de Braives, Burdinne, Héron et Wanze.

Le chemin s’écarte très vite des maisons pour nous faire profiter de la douceur des champs, puis par la rue de Marneffe très peu fréquentée, nous fait remonter jusqu’à la merveilleuse petite chapelle Sainte-Anne qui offre un paysage à la mesure du parc naturel.

Paysages préservés

« La préservation des paysages fait partie des missions du parc naturel Burdinale-Mehaigne », nous explique Elodie Dispaux, la responsable de la communication de la Fédération des parcs naturels de Wallonie et qui a coordonné l’écriture d’un guide sur le sujet. « C’est que le territoire est attractif et en pleine expansion au niveau de l’habitat. Les quatre communes ont donc décidé de s’unir pour contribuer à un bon aménagement du territoire. Cela s’accompagne d’une action pour une agriculture durable, avec une diminution des pesticides, et pour la préservation de la nature et de la biodiversité. Le parc s’est ainsi choisi le faucon crécerelle comme emblème. »

Entre bleuets et coquelicots, des papillons bleus volent de fleur en fleur, accompagnés ici et là de libellules vertes. Là, un étang est visible tandis que, de l’autre côté, des bois verdissent le paysage. Et derrière une haie, on pense même apercevoir une linotte mélodieuse, avec sa poitrine rosée. Elle s’échappe vite, non sans avoir émis quelques doux trilles et roulades.

Pour 20.000 habitants

« Il ne faut pas confondre parc naturel et réserve naturelle », poursuit Elodie Dispaux. « Les réserves sont gérées pour permettre la préservation de la faune et de la flore, tandis que les parcs naturels ont été mis en place pour permettre le développement harmonieux d’un territoire en préservant et en restaurant le cadre de vie de ses habitants. Pour le parc naturel qui nous concerne ici, cela touche la vie de quelque 20.000 habitants. »

Du haut du plateau de Marneffe, l’on redescend vite au milieu des bois vers le fond de la vallée. On passe devant le moulin banal de Huccorgne. Son logis est daté de 1784 et est un bel exemple des nombreux moulins établis sur le cours de la Mehaigne. Dommage qu’en passant sur le petit pont, les propriétaires aient placé une palissade en bois qui en cache la vue. Il reste heureusement le clapotis des eaux.

Le moulin banal de Huccorgne, côté prairie.

Pendant la descente, l’on se régale déjà de la fin de la promenade avec l’église Saint-Martin et le château de Fumal dont on aperçoit l’unité, classée, de l’autre côté de la vallée, puis c’est presque avec étonnement que l’on remarque la E42 Namur-Liège et son vertigineux viaduc. Voilà qui rappelle la nécessité de préserver la zone qu’il surplombe. Heureusement, l’on revient vite dans les bois où des plumes de faucon crécerelle seront les seuls témoins visibles de leur présence dans l’environnement. Et on fera aussi chou blanc avec les chevreuils, dont on n’aura relevé que quelques empreintes dans la boue. Il est vrai que, pour les apercevoir, il est préférable de se promener dès potron-minet.

Un mélange parfait

La ferme Mozon a été le siège de l’Armée secrète.

On passe alors à portée de vue du château de Famelette que l’on présente comme une défense périphérique du château de Moha. L’ensemble architectural est de toute beauté. Le temps de compter ses pas pour se recentrer sur soi et s’extraire du tourbillon de la vie quotidienne, voilà déjà la ferme Mozon, bien isolée et si discrète dans sa pierre de schiste local qu’elle fut, pendant la Seconde Guerre mondiale, le siège de l’Armée secrète.

Le château de Fumal a été érigé sur un ancien domaine mérovingien.

Et revoilà la Mehaigne, bordée de reines-des-prés, avec leur odeur caractéristique d’amande amère mêlée de vanille, dont on fera une bonne tisane au retour. Mais un moment d’inattention nous fera perdre une balise et nous entraînera dans un détour de deux kilomètres avant de découvrir enfin de près le château de Fumal, érigé sur un domaine mérovingien. Un site privé, où l’on s’apprête à vivre les troisièmes vendanges, avec sa petite chapelle sur le côté à laquelle on accède par un escalier où l’on finit par repenser aux terres riches, eaux paisibles, chemins creux, alignements d’arbres, vergers hautes tiges, saules taillés en têtard, et pierres de schiste ou de roche de la promenade. Le mélange était parfait. Et l’air pur et le vent ont fait le reste au milieu des sillons que l’on devinait alignés au cordeau.

Le parcours

J.-P. D.V.

1

Le parc naturel Burdinale-Mehaigne

Le parc naturel Burdinale-Mehaigne fait l’objet d’un livre publié par les éditions De Rouck qui vous propose également de faire la découverte des onze autres « parcs naturels de Wallonie ». L’ouvrage de 160 pages, richement illustrées, revient à 16,90 euros. Un deuxième tirage est en cours vu son succès en librairie, mais on peut le trouver à la Maison du parc naturel à Burdinne.

2

Château féodal de Moha

Dans l’entité de Wanze, les lieux proposent une visite gratuite, mais avec réservation obligatoire en ces temps de Covid-19. L’occasion d’embrasser près de mille ans d’histoire au cœur d’une faune et d’une flore remarquables. Et pour s’essayer aux armes de siège, il en revient à 6 euros.

3

Moulin de Ferrières

C’est l’un des derniers moulins artisanaux encore en activité en Wallonie. Situé dans le village de Lavoir (entité de Héron), le Moulin de Ferrières date de 1745. La commune en a fait l’acquisition en 2015 pour préserver ce patrimoine remarquable, mais surtout pour l’intégrer dans un projet de développement économique et durable. On peut ainsi y trouver la farine de froment et d’épeautre obtenue à partir de céréales bio produites dans un rayon de 25 km autour du moulin.

En pratique

J.-P. D.V.

La promenade des chevreuils est longue de 9 km et est à suivre grâce à des losanges verts qui vous déroulent le chemin à chaque croisement. Un parking vous attend à côté de la place Limage, à Fumal, d’où démarre et où revient le parcours. Ce dernier n’est malheureusement pas accessible aux personnes à mobilité réduite et aux poussettes. Par temps de pluie, il vaut également mieux prévoir des bottines. Différents coups de cœur de terroir jalonnent la balade, mais il vaut mieux se renseigner avant de partir car tous les artisans (confitures, boucherie, gourmandises à l’ancienne, chèvrerie et huilerie) n’ouvrent pas tout le temps.

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