Carte blanche: «Le drame des minorités face à l’épidémie de Covid-19: un silence assassin»

Carte blanche: «Le drame des minorités face à l’épidémie de Covid-19: un silence assassin»

Les conséquences de l’actuelle pandémie de Covid-19 sont nombreuses et plurielles. Elles sont sanitaires, sociales, économiques, psychologiques… Difficile, aujourd’hui encore, d’en prendre la pleine mesure. Difficile également d’y répondre avec justesse autant qu’avec justice. Les enjeux sont considérables. Ils sont éthiques autant que politiques. Ils sont nationaux. Ils sont mondiaux. Ils sont multiples et parfois divergents.

Face à la crise et à l’incertitude, face à la panique et à l’angoisse, tous les pays ont appliqué des mesures de fermeture et de repli. En matière de masques ou de lits d’hôpitaux, c’est le chacun pour soi qui a largement prévalu contre la valeur de solidarité. Cette valeur – qui nous rappelle que nous sommes plus forts ensemble – a été mise, une nouvelle fois, à rude épreuve, sinon foulée aux pieds. Et cela questionne.

Une souffrance qui ne fait pas recette

L’actualité elle-même, en Belgique comme ailleurs, est demeurée, et demeure encore, obnubilée par les chiffres de la pandémie, l’inlassable décompte des nouveaux cas et des morts, le nombre des contaminations, les taux de reproduction du virus, les comparaisons entre pays et régions, les graphiques, les courbes… jusqu’à la nausée. Comme si le reste n’avait plus d’importance, plus de valeur. Comme si le monde s’était arrêté de tourner pour faire place au virus et à l’incessant ballet des experts.

Des drames, pourtant, continuent chaque jour de se jouer ailleurs dans l’indifférence quasi générale. À cet égard, force est de constater que dans la balance des priorités médiatiques et politiques, le sort des minorités – partout dans le monde – ne pèse pas bien lourd. Plus qu’hier, les égoïsmes sont à l’œuvre. Plus qu’hier, nous gardons les yeux fermés face aux souffrances des plus fragiles et des plus vulnérables, surtout quand ils sont loin, sans ressources, sans papiers, sans soutiens, sans État. Aujourd’hui, la souffrance à distance ne semble plus capter l’attention au-delà des frontières.

Des voix inaudibles, des vies invisibles

En cette période de pandémie, la voix de celles et ceux qui dénoncent ces drames est devenue plus inaudible que jamais. Loin des caméras et des réseaux sociaux, la répression et l’hostilité se sont amplifiées contre les femmes, les hommes et les enfants dont les convictions religieuses ou philosophiques, les croyances, la manière de vivre ou l’appartenance ethnique ne conviennent pas à la majorité ni aux autorités. Répression qui se voit cyniquement dissimulée dans l’arsenal des innombrables réponses formulées contre l’épidémie. On continue à tuer ou à laisser mourir dans l’insoutenable silence de la banalisation.

La situation dramatique des Ouïgours en Chine a tout juste été remise en lumière. Mais qui se souvient des Rohingyas en Birmanie ? Qui se soucie de l’oppression des minorités religieuses et des « basses castes » en Inde accusées par les autorités d’avoir propagé le coronavirus de façon délibérée ? Qui s’intéresse à la situation des minorités au Sri Lanka et aux humiliations qu’elles subissent au prétexte de lutte contre la propagation du virus ? Qui s’insurge aujourd’hui contre les traitements dégradants réservés aux Roms en Europe de l’Est et ailleurs où beaucoup les voient comme des vecteurs de maladies ?

Mais encore, qui pour dénoncer le prix exorbitant payé par les minorités noires et latinos aux États-Unis face à l’épidémie de Covid-19 ? Qui pour rappeler les drames vécus, jour après jour, par les migrants en Méditerranée, les Palestiniens, les tribus africaines ou les Indiens d’Amazonie dont les conditions d’existence se sont très sérieusement dégradées dans le contexte épidémique que nous connaissons ? La liste est longue de ces vies torturées devenues invisibles et passées sous un silence de mort. Ces vies sont celles de femmes, d’hommes, d’enfants, de vieillards, de malades…

Il faut agir ! Nous en avons justement l’occasion

En effet, la Belgique demeure, jusqu’à la fin de l’année, membre non permanent du Conseil de Sécurité des Nations unies. Notre pays a – nous en sommes convaincus – une occasion historique à saisir en attirant l’attention de la communauté internationale sur le sort des minorités ethno-religieuses et les tragédies qu’elles vivent à travers le monde, y compris en Europe – des tragédies lourdement accentuées par la pandémie.

Nous devons interpeller sans relâche. Nous devons mobiliser autour de cette problématique afin de la mettre d’urgence à l’agenda politique. Une résolution – portée avec d’autres pays – pourrait être présentée aux membres du Conseil de Sécurité. Les adversaires des droits humains et des minorités auraient alors l’obligation de se montrer au grand jour, de répondre des exactions qu’ils commettent et des injustices qu’ils font subir aux peuples du monde. Ce texte sonnerait comme un rappel à l’ordre. Dans cette même dynamique, et dans un souci d’initier le mouvement, une proposition de résolution est déposée par nos soins, au nom du Groupe socialiste, au Parlement fédéral belge.

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