«Souffrance animale: il est temps de rouvrir le débat sur la consigne des canettes»

«Souffrance animale: il est temps de rouvrir le débat sur la consigne des canettes»
Photonews.

La pollution de notre environnement par les déchets sauvages est une nuisance aux conséquences multiples. Alors que plus de 40 % du volume des déchets retrouvés en rue ou dans la nature est constitué de canettes et emballages de boisson (1), la consigne apporte une réponse peut-être partielle mais ciblée à cette nuisance. Si Inter-Environnement Wallonie défend depuis des années ce principe de consigne pour assurer une gestion durable des matières premières et diminuer la présence de déchets dans l’environnement, un événement sordide, qui touche toute notre équipe, nous pousse aujourd’hui à plaider une nouvelle fois pour l’instauration de la consigne.

Des ingestions fatales

Au-delà de la pollution de nos campagnes, la présence intempestive de déchets métalliques dans la nature peut causer la mort, dans d’atroces souffrances, d’animaux d’élevage, mais aussi de la faune sauvage, pour laquelle le vétérinaire ou l’éleveur ne pourra souvent abréger la douleur que par l’euthanasie de l’animal. C’est l’expérience malheureuse que notre chargée de mission ruralité, Julie Van Damme, vient de vivre dans l’exploitation familiale de Pondrôme :

« Ce vendredi, j’ai vu le visage décomposé de mon mari en raccrochant le téléphone. Son frère était en pleurs. Il venait de mettre fin aux souffrances d’une de ses vaches qui avait la bouche pleine de sang. La cause confirmée par plusieurs vétérinaires est sans équivoque : elle a ingurgité un corps étranger tranchant, type morceau de canettes que l’on retrouve de plus en plus au bord des champs. Nous sommes traumatisés ».

Des milliers de souffrances évitables

Même si les éleveurs mettent déjà en place des outils pour se prémunir de ce type d’accidents (barre de coupe d’herbe aimantée, placement d’un aimant dans la panse de l’animal), les syndicats agricoles reçoivent également régulièrement des témoignages similaires d’agriculteurs désemparés. Avec une trentaine d’accidents renseignés par des vétérinaires, ce serait près de 3.000 animaux qui souffriraient inutilement par an ! La fréquentation accrue des chemins de campagne durant le confinement a poussé la Fédération Wallonne de l’Agriculture

(FWA) et la Fédération des Jeunes Agriculteurs (FJA) à rappeler quelques principes de respect de l’espace public, dont la propreté.

Les avantages de la consigne

L’idée de la consigne n’est pas neuve, elle est prônée par toute une série d’organisations et de citoyens depuis des années. Parmi ses avantages, on peut citer :

– Une responsabilisation des usagers ;

– Une réduction de la pollution des milieux terrestres et marins ;

– Une protection des animaux d’élevage et de la faune sauvage ;

– Une optimisation de l’usage des ressources par un meilleur taux de recyclage et un recyclage plus qualitatif grâce à une séparation des flux ;

– Une diminution des coûts de la gestion des déchets sauvages et des dépôts clandestins par les pouvoirs publics et donc in fine par le contribuable (en Wallonie, plus de 84 millions d’euros dont 69 millions à charge des villes et communes). (2)

Le système de la consigne a fait ses preuves dans de nombreux pays (Allemagne, Danemark, Finlande, Québec, Norvège, Pays-Bas…) où les taux de retour sont élevés (3). La consigne réduit le volume de canettes et bouteilles dans les déchets sauvages de 70 à 90 pourcent (4).

Un débat bloqué

En Wallonie, la consigne est également remise à l’agenda politique des différentes législatures depuis 2009 et l’idée figurait dans les programmes de nombreux partis lors de la dernière campagne électorale. Aujourd’hui, une proposition de décret pour imposer une consigne sur les canettes et les bouteilles en plastique a été déposée encore récemment devant le Parlement wallon. Or, le débat semble bloqué, en attente des résultats d’expériences pilotes qui, ne présentaient pas les conditions optimales pour inciter la population à rendre ses contenants de boissons. Par ailleurs, l’absence de discussions pour aboutir à un consensus sur la question entre les trois régions du pays nous fait craindre le renvoi de ce sujet aux calendes grecques.

Une pétition nécessaire pour exprimer une grande frustration

Aux citoyens inciviques, pour qui le geste de jeter leur contenant peu importe où ils se trouvent semble banal, répond une armée de citoyens qui, régulièrement, épurent bénévolement nos espaces publics des dangers et nuisances multiples liés à ces déchets. Mais las, face à un puits sans fond de détritus dans la nature, une certaine frustration s’installe chez ces ambassadeurs de la propreté alors que les opérations de nettoyage n’apportent aucune solution structurelle. Une pétition a d’ailleurs été lancée par ces mêmes citoyens.

Sans être LE remède miracle, la consigne constitue un levier de l’économie circulaire auquel une majorité de Belges sont favorables selon un sondage réalisé par Test-Achats.

C’est à la fois en conscientisant aux conséquences d’un geste anodin pour certains et en poussant des solutions innovantes de recyclage comme la consigne dans nos villes et campagnes qu’il semble que nous pourrons ensemble mettre fin à cette nuisance environnementale et à ce gaspillage de matière première qui nous concerne tou.te.s.

Le site de la pétition

*Signataires : Antoine Lebrun, CEO du WWF-Belgique ; Christophe Vermonden, président des Cercles Naturalistes de Belgique ; Dominique Jacques, président UNAB ; Emmanuel Grosjean, pour le Service opérationnel au Collège des Producteurs ; Guy Francq, président du MIG ; Jean-François Buslain, directeur LRBPO ; Jean-Philippe Ducart, manager Public Affairs & Media Relations chez Test Achats ; Marc Lejeune, bourgmestre de Beauraing ; Marc Fichers, secrétaire général Nature et Progrès ; Marianne Streel, présidente FWA ; Mélanie Havenne, échevine à la commune de Beauraing ; Philippe Duvivier, président Fugea ; Philippe Funcken, directeur général Natagora ; Pierre André, président FJA ; Régine Florent, initiatrice de la pétition pour la consigne déposée sur le site du Parlement wallon ; Serge Peereboom, paysan maraîcher, mandataire du Mouvement d’action Paysanne ; Sylvie Meekers, directrice générale IEW ; Daniel Coulonval, agriculteur ; Geneviève Ligny, présidente de l’UAW, l’union des agricultrices wallonnes.

(1)  Rapport OWS  : Samenstelling zwerfvuil van Limburg.net, et rapport OVAM : Analyse en beschrijving van de impacts van het invoeren van een statiegeldsysteem.

(2) Etude COMASE pour le SPW, Evaluation des quantités et du coût de la gestion des déchets sauvages et dépôts clandestins, Rapport final, Janvier 2019.

(3) Avec la consigne, l’Allemagne arrive à un pourcentage de recyclage de bouteilles PET de 98 %. Aux Pays-Bas, les petites bouteilles PET sans consigne sont recyclées à seulement 58 % alors que les grandes qui sont consignées atteignent un taux de recyclage de 95 %. Les Pays-Bas prévoient ainsi l’extension en 2021 à toutes les bouteilles plastique.

(4) CE Delft, Kosten en effecten van statiegeld op kleine flesjes en blikjes, août 2017.

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