«Interdire d’urgence la publicité pour les SUV»

«Interdire d’urgence la publicité pour les SUV»
ZumaPress.

Un récent rapport du New Weather Institute Think Tank, un centre d’étude créé pour « accélérer la transition rapide vers une économie juste qui prospère à l’intérieur des limites planétaires », conclut que les Etats doivent interdire la publicité pour les SUV pour atteindre leurs objectifs climatiques.

La hausse importante et continue du nombre de SUV en Belgique et dans le monde est le deuxième facteur le plus important de la hausse des émissions de gaz à effet de serre mondiales depuis 2010, selon l’Agence internationale pour l’énergie.

La taille, le poids et la traînée aérodynamique des SUV signifient qu’ils consomment plus de carburant et émettent plus de CO2 que le véhicule moyen du parc automobile. Toute augmentation de la proportion de SUV dans le parc augmente de facto la pollution et les émissions de gaz à effet de serre. Mais les constructeurs automobiles dépensent des millions pour faire la publicité de ces véhicules et augmenter leur part dans le marché automobile belge.

Nombre de ces véhicules vendus sont désormais plus longs qu’une place de parking standard. Au niveau mondial, il y a plus de 200 millions de SUV, une augmentation de 35 millions d’engins, responsable de 60 % de l’augmentation de la flotte mondiale de véhicules depuis 2010. Cette tendance globale à l’accélération des ventes d’automobiles plus lourdes et plus polluantes met en péril l’atteinte des objectifs climatiques et de santé publique.

Toutes ces tendances générales sont des faits vérifiables.

Le rapport estime qu’il est nécessaire d’interdire les publicités pour des véhicules qui émettent plus d’une certaine quantité de grammes de CO2 au kilomètre, ou dépassant une certaine longueur, ce qui couvrirait le tiers le plus sale des véhicules en vente.

De la pollution vendue en grande quantité

Selon Andrew Simms, le directeur du think tank New Weather Institute, « nous avons interdit la publicité pour le tabac quand nous avons compris la menace pour la santé publique du fait de fumer. Maintenant que nous connaissons les dommages causés par la pollution automobile à la santé humaine et au climat, il est temps que nous empêchions la publicité de rendre le problème pire encore. Dans un monde plongé dans la pandémie, nous avons besoin d’un air pur et de plus d’espace dans nos rues et nos villes. » Simms estime que les publicités promouvant les SUV les plus gros et les plus émetteurs de CO2 sont équivalentes à vendre de la pollution en grande quantité.

Les dépenses de publicité pour les SUV se comptent en millions ou en milliards d’euros en fonction du territoire examiné, et la part des publicités automobiles consacrées aux SUV est désormais majoritaire. On peut faire un parallèle entre la publicité pour le tabac et celle pour les SUV car ces deux produits provoquent des dégâts immenses pour leurs usagers et la collectivité, alors que leurs publicités mettent un accent mensonger sur des prétendus bénéfices qu’ils procureraient.

L’inaction de l’Etat belge

Alors que la Belgique s’est engagée à atteindre une baisse drastique de ses émissions de gaz à effet de serre, permettre aux constructeurs automobiles de pousser la vente des véhicules les plus polluants du marché confine à la schizophrénie, maintenant que les liens de cause à effet sont scientifiquement établis. La hausse rapide des ventes de SUV doit être interrompue de toute urgence. Pourtant l’Etat ne fait rien. Ce qui plonge certains dans un abîme de perplexité et de colère légitime : « Alors que des millions d’entre nous s’efforcent de diminuer leur empreinte carbone pour répondre à la crise climatique, nous avons une industrie automobile et publicitaire qui pèse des milliards qui vend agressivement des véhicules hautement polluants, dont la plupart sont trop gros pour le réseau routier ». On nous promet la liberté et l’évasion, alors que la réalité est la création d’embouteillages, la pollution de l’air, la hausse des émissions de CO2.

Il est inouï de constater qu’au plus fort du mouvement climatique belge, les meilleurs éditoriaux de nos journalistes et les meilleures cartes blanches des leaders de la société civile côtoyaient des publicités en pleine page pour des engins, les SUV, qui détruisent nos propres conditions d’existence collectives. Comme une injure à notre dignité d’êtres humains pensants.

Pendant ce temps, en France, l’autorité de régulation de la publicité censure une publicité pour une marque de vélo parce qu’elle considère que la campagne visée « jette le discrédit » sur l’ensemble de la filière automobile et créé «un climat anxiogène».

Refuser la propagande fossile

Comme pour la publicité pour le tabac, on peut estimer qu’existent désormais des éléments juridiques suffisants pour attaquer ceux qui contribuent à cette incitation à la destruction écologique et sanitaire. Le présent raisonnement est vrai également contre la publicité pour le tourisme aérien de masse et l’industrie pétrolière, dont les publicités s’étalent à longueurs de pages, d’écrans et d’abribus. Ni l’Etat, ni la presse ne peuvent s’en laver les mains, alors que d’énormes fonds de pension décident de désinvestir de l’industrie pétrolière. Le Guardian a ainsi décidé de refuser toute publicité équivalente à de la propagande fossile, après avoir modifié sa charte éditoriale pour adopter un vocabulaire plus adéquat face à l’urgence écologique. La presse belge ne peut rester inerte.

Instaurer une aide d’Etat

C’est pourquoi l’Etat doit libérer la presse et les citoyens de l’emprise scandaleuse et désastreuse de la propagande fossile de l’industrie automobile, en interdisant d’urgence les publicités pour les SUV. Pour permettre à la presse de se libérer de son aliénation, cela doit s’accompagner d’un refinancement équivalent des médias sous cette emprise, à partir des budgets publics. Même si cela est difficile, la presse elle-même ne doit pas attendre qu’on lui interdise des actes hors de l’éthique de responsabilité écologique et peut déjà se mettre en mouvement. Tout le monde doit faire des efforts. Le fonctionnement de notre démocratie, et notre vie, en dépendent désormais. Sortons ensemble du nihilisme.

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