Carte blanche - «Les enseignants masqués ne tiendront pas!»

Carte blanche - «Les enseignants masqués ne tiendront pas!»
Mathieu Golinvaux.

La voix est un phénomène complexe. Elle nécessite : une énergie vocale fournie par un air exhalé mû par les poumons ; une fragmentation de cette énergie par la vibration des cordes vocales et enfin une modulation de cette onde par les cavités bucco-faciale afin d’humaniser le son.

Produire une voix nous en coûte en termes d’énergie. Cela est d’autant plus vrai du professionnel de la voix qui se doit de projeter cette même voix durant de longues heures, souvent dans le bruit et se devant de capter l’attention d’un auditoire par l’intonation. L’effort est intense, et mets à mal – en temps normal déjà – la physiologie vocale de l’enseignant, mais aussi de l’avocat, du journaliste, du tribun, du comédien du maraîcher, etc. Projeter la voix est un art, une profession en soi.

Une hérésie physiologique

Dès lors, demander à un enseignant, ou toute autre profession vocale, de porter un masque en permanence est une hérésie physiologique. Non seulement les flux d’air sont ralentis mais le masque constitue une barrière à la propagation de l’onde sonore. Cela rend déjà la voix conversationnelle fastidieuse mais surtout cela rend la voix projetée im-po-ssi-ble !

A quoi le professionnel de la voix s’expose-t-il ? Outre une fatigue professionnelle d’installation quasi immédiate, il sera à haut risque de lésions traumatiques des cordes vocales. En effet, au déficit respiratoire répondra une tentative de compensation – bien illusoire – par un forçage laryngé créant hémorragies, polypes et nodules. Ces lésions rendent dysphonique et parfois même aphonique. La sanction est sans appel : chirurgie suivie d’une longue rééducation logopédique avec convalescence de trois mois. Certains présenteront malgré tout des séquelles permanentes.

Déjà des premiers cas

En forçant les enseignants à porter le masque en classe, nous nous exposons à un afflux de pathologies vocales dans les mois qui viennent. Les premiers cas frappent déjà à nos portes de laryngologistes.

L’absentéisme massif menace et il n’est pas interdit de penser que la continuité des cours sera impactée.

Quelles solutions proposer, partant du principe que les cours présentiels sont essentiels en termes de sociabilité et de communication non-orale ?

Soit abandonner le port du masque durant le cours, imposant une distance de plusieurs mètres avec les premiers rangs ainsi qu’une position statique de l’enseignant ; soit proposer une amplification vocale avec micro-bluetooth sous le masque.

Les factures de chauffage exorbitantes de nos lycées et collèges semblent indiquer par l’absurde une bonne ventilation de leurs salles de cours. L’option de l’abandon du masque pour nos enseignants, une fois le cours entamé, semble donc possible. Pour les locaux peu ventilables, l’amplification vocale me semble la seule alternative si l’on veut éviter la catastrophe à terme.

Pour conclure je dirais qu’imposer le masque aux enseignants durant leurs cours est comparable à l’action de placer un sabot dans un métier à tisser tels qu’y procédaient les ouvriers nordistes au XIXe siècle afin de démarrer une grève. Mesdames, Messieurs les décideurs, sans modifications des règles vous allez casser l’outil… et ce sera du sabotage !

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