«Emissions de gaz à effet de serre: la justice va enfin s’emparer du dossier belge»

«Emissions de gaz à effet de serre: la justice va enfin s’emparer du dossier belge»
AFP

Plus d’un quart de million de fois le poids de l’Atomium en gaz à effet de serre, c’est ce que notre pays a émis depuis que l’ASBL l’Affaire Climat, en décembre 2014, avec des milliers de citoyens, a mis l’État fédéral et les trois régions en demeure en raison d’une politique climatique négligente. Rien que ces six dernières années, notre pays a émis une moyenne mensuelle de 10 millions de tonnes d’équivalent CO2, dont la majeure partie restera dans l’atmosphère pendant des centaines, voire des milliers d’années. En mars 2021, le juge se penchera enfin sur la question de savoir si nos autorités en font assez pour réduire ces émissions.

Si les émissions de gaz à effet de serre et le réchauffement climatique sont reliés entre eux de manière linéaire, les conséquences ne le sont pas. Avec le réchauffement climatique, les risques augmentent de façon exponentielle. En effet, une fois que les points de basculement seront atteints, ils sont irréversibles. Seule une limitation du « budget » global pour l’émission des gaz à effet de serre peut éviter cela, chaque pays assumant sa part de responsabilité. La Belgique, malgré ses engagements internationaux, ne le fait pas. Nos gouvernements utilisent notre budget sans retenue, ce qui rend la future politique climatique plus difficile et plus coûteuse, avec une moindre chance de maintenir le réchauffement sous la limite critique.

D’autres pays ont pris des mesures ces dernières années. Entre autres l’Allemagne, les Pays-Bas, le Danemark et la Suède ont adopté une loi sur le climat, souvent avec des objectifs intermédiaires et un calendrier contraignant pour parvenir à des émissions nettes nulles. La France et le Royaume-Uni ont organisé des assemblées citoyennes pour le climat afin de donner une nouvelle impulsion à cette politique. Rien de tout cela en Belgique. Nos dirigeants politiques ont principalement passé leur temps à être en désaccord sur leurs ambitions climatiques communes, qui se réduisaient au plus petit dénominateur commun, systématiquement représenté par la Flandre. Ceci est d’autant plus incompréhensible que des études internationales (Stanford 2017, Nature 2020) montrent que la Belgique a beaucoup à gagner en termes d’emploi et de qualité de vie avec une mise en œuvre rapide et complète de ses engagements climatiques internationaux, ce qui, selon ces mêmes études, est parfaitement réalisable sur le plan technique et économique.

Une inaction inexplicable et inexpliquée

La raison pour laquelle nos gouvernements s’en tiennent à ces ambitions faibles n’est jamais expliquée. Au contraire, les autorités ont plaidé, des années durant, sur la langue à utiliser lors de la procédure juridique, au lieu de défendre leurs choix politiques. Est-il dans notre intérêt général de remettre à plus tard l’exercice de réduction des émissions ? Le réchauffement climatique peut-il être contenu si tous les pays ne font pas leur part ? Pouvons-nous prendre le risque de nous appuyer sur des technologies inexistantes pour réaliser des émissions négatives ? L’année prochaine, le tribunal se penchera sur ces questions importantes, et nos autorités devront tout de même s’expliquer.

La Cour suprême des Pays-Bas (l’équivalent de la Cour de cassation belge) a déjà répondu à ces questions par la négative sur toute la ligne dans l’affaire climat de Urgenda. La liberté politique des gouvernements est limitée par les droits de l’homme, a confirmé le Conseil, et ceux-ci sont menacés par la politique climatique collectivement inadéquate. Les juges néerlandais sont intervenus. En Irlande aussi, le gouvernement a depuis été condamné pour une politique climatique inadéquate.

Ces déclarations pourraient bien être les premières d’une série qui changera le cours de l’histoire (climatique). Est-ce que l’Affaire Climat belge sera la prochaine ?

*Dirk de Clippeleir, Francesca Vanthielen, Ignace Schops, Sarah Van Riel, Serge de Gheldere, Jean-Pol Boone, Johan Van den Bosch, Lambert Schoenmaekers et Sarah Tak.

L’ASBL, avec 60.000 citoyens, a porté plainte contre les autorités belges parce qu’ils ne tiennent pas leurs promesses internationales en matière de climat.

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