Carte blanche: «Rendez-moi mon rêve: une médecine de qualité pour tous»

Carte blanche: «Rendez-moi mon rêve: une médecine de qualité pour tous»
Pierre-Yves Thienpont.

Lorsqu’il m’a fallu choisir mon cursus universitaire, j’ai d’emblée opté pour un métier qui serait pour moi plus qu’un métier, je désirais en faire ma vocation, mon sacerdoce. Je voulais me rendre utile, important, nécessaire.

Après 7 années de dur labeur, j’allais enfin pouvoir exercer ce métier si fascinant. Je m’y étais préparé longuement. Les heures de travail, le stress, les échecs, le manque de reconnaissance, j’étais prêt à tout affronter, tout sauf ça.

Je découvre avec stupeur qu’on avait fait des soins de santé une marchandise dont il fallait tirer profit.

En effet, les politiques restrictives en matière de santé publique menées maintenant depuis plusieurs années ont incité les professionnels de la santé à travailler de plus en plus vite avec de moins en moins de moyens.

Des besoins en hausse constante

Il apparaît très clairement que le budget des soins de santé a été malmené ces dernières années. Pour preuve, en 2017, une coupe budgétaire de 900 millions avait été réalisée et de 2,1 milliards d’euros sur l’ensemble de la législature. De plus, dans une étude réalisée par Belfius, la croissance du budget a été de 1,5 % de 2014 à 2018 contre 4,5 % pour le gouvernement précédent. Or les besoins en matière de santé croissent année après année. Arnaud Dessoy, responsable des études public finance pour Belfius explique cela par le vieillissement de la population, les évolutions technologiques ainsi que les produits pharmaceutiques de plus en plus onéreux.

Une pression accrue sur l’hôpital et le personnel médical

Les restrictions budgétaires imposées par le ministère de la Santé dirigé par Maggie De Block ont donc eu pour conséquence un impact drastiquement négatif sur la qualité des soins prodigués à nos patients et plus particulièrement aux patients les plus fragiles.

La réduction de la durée de séjour pour tel ou tel type d’intervention en est un exemple. Les jours supplémentaires d’hospitalisation étant à charge de l’hôpital, une énorme pression est maintenue sur le personnel médical qui ne peut réaliser le même travail en un temps restreint.

Ces mesures ayant initialement pour but de réaliser des économies auront un effet tout à fait contraire à long terme. Certains patients ne pourront plus se soigner correctement et développeront des pathologies bien plus coûteuses pour la sécurité sociale.

Chaque année, l’Euro Health Consumer Index établit un classement des meilleurs soins de santé. En 2018, La Belgique y figurait en 5e position derrière la Suisse, les Pays-Bas, la Norvège et le Danemark. Mais ce qui ressort surtout de ce rapport, c’est que la Belgique doit cette position essentiellement à son accessibilité aux soins de santé.

Or ces dernières années, la Belgique comme d’autres pays européens, a opté pour une privatisation de plus en plus accrue des soins de santé pour des raisons budgétaires.

Les bénéfices de ces restrictions méritent-ils vraiment qu’on sacrifie ce qui constitue actuellement notre meilleur atout en matière de soins de santé : son accessibilité ?

Un droit fondamental

Lors de la journée des droits de l’homme en 2017, le Dr Tedros Adhanom Ghebreyesus, directeur général de l’OMS, soulignait à juste titre que « Le droit à la santé pour tous signifie que chacun devrait avoir accès aux services de santé dont il a besoin, au moment où il en a besoin et là où il en a besoin, sans être confronté à des difficultés financières ».

Toutefois, ce droit fondamental est bafoué par des politiques de plus en plus contraignantes en matière de soins de santé, surtout concernant les patients socio-économiquement les plus fragiles. Selon un rapport publié en 2019 par la KCE (Centre fédérale d’Expertise de Soins de Santé), en Belgique la proportion de personnes devant reporter des consultations médicales en raison de difficultés financières est supérieure à la moyenne européenne et ce de manière bien plus importante pour les patients appartenant aux classes sociales les plus défavorisées.

Il est donc, aujourd’hui, urgent que l’Etat reprenne ses responsabilités et permette aux jeunes médecins comme moi de vivre leur rêve : offrir une médecine de qualité et accessible à tous.

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