Carte blanche – «Port du voile: non à l’abandon de la neutralité, à Molenbeek ou ailleurs!»

Carte blanche – «Port du voile: non à l’abandon de la neutralité, à Molenbeek ou ailleurs!»
Photonews

Le 31 août dernier, le conseil communal de Molenbeek-Saint-Jean a voté une résolution qui ouvre la porte au port des signes convictionnels pour les agents communaux. Les conséquences de cette démarche – si jamais elle aboutit – pourraient être désastreuses, et ce, à plusieurs niveaux. Car en mettant un terme à l’impartialité de la puissance publique, le conseil communal de Molenbeek fragilise l’Etat, fracture notre société et accélère son processus de communautarisation déjà bien avancé.

Dans la région de Bruxelles-Capitale, ces pressions communautaristes sont de plus en plus fortes. Plusieurs communes pourraient s’empresser d’évoquer le « cas Molenbeek » pour en faire un exemple à suivre. Plusieurs élus avouent craindre le pire. Nous, membres du Collectif laïcité Yallah, exprimons nos plus vives inquiétudes face à cette situation et appelons à une large mobilisation citoyenne pour défendre la neutralité de l’État.

Compromissions politiques…

Le 18 juillet dernier, nous avions déjà eu l’occasion d’alerter l’opinion publique quant à une telle initiative. Nous avions, à l’époque, anticipé les événements en publiant une carte blanche dans Le Vif intitulée : « La commune de Molenbeek renoncerait-elle au principe constitutionnel de la neutralité ? » Ce qui se tramait dans les coulisses est désormais de notoriété publique, mettant chacun face à ses responsabilités, faisant, surtout, éclater au grand jour les manœuvres des partis politiques et les pressions exercées sur les mandataires. Le traitement réservé à Karim Majoros, chef de groupe Ecolo au conseil communal, par son parti, illustre bien cette dérive autoritaire qui consiste à verrouiller tout débat sur l’islam. Ce qui inquiète Ecolo nous rassure. En effet, nous sommes soulagés de constater que, bien que minoritaires, certains élus osent porter la contradiction. Nous saluons le courage et la cohérence de Karim Majoros, élu démissionnaire (chassé ?), tout comme nous nous félicitons du positionnement du groupe MR et des déclarations de Françoise Schepmans, première échevine et ancienne bourgmestre. Nous, membres du Collectif laïcité Yallah, demandons aux partis politiques de clarifier leurs positions et lever toutes les ambiguïtés quant au principe de neutralité de l’État. Nous invitons les élus à afficher publiquement leur attachement au principe de neutralité en faisant adopter par leur conseil communal une motion en ce sens.

Surenchères religieuses et repli identitaire

Ce qui se joue à travers cette motion présentée par le tandem PS-SP.a et soutenue par Ecolo (à l’exception de Karim Majoros), le CDH et le PTB dépasse largement le seul cadre de la commune de Molenbeek. Cette situation nous concerne toutes et tous et nous implique collectivement comme société. Si nous cédons, aujourd’hui, sur cet aspect de l’égalité du traitement des usagers et du respect de leur liberté de conscience, nous nous enfoncerons rapidement dans une logique de surenchère religieuse et de repli identitaire. Comment pourrait-on refuser aux uns ce qu’on a concédé aux autres ? En essayant de changer le visage de l’administration publique, le conseil communal cherche à modifier en profondeur notre culture politique et à nous entraîner sur le terrain glissant des compromissions vis-à-vis des demandes religieuses. Ces élus tentent de nous placer dans la spirale infernale des « accommodements raisonnables ». Concept juridique qui a fait son apparition dans le monde du travail au Canada en 1985 fortement dévoyé au profit des intégristes religieux.

Le voile islamique, pièce maîtresse du séparatisme

Molenbeek n’est pas n’importe quelle commune. Mondialement connue depuis les attentats terroristes islamistes de Paris de 2015 et ceux de Bruxelles de 2016, l’islam politique y est largement présent, représenté à travers de célèbres figures qui cultivent l’idée d’imposer une vision rigoriste de l’islam avec comme pièce maîtresse le port du voile dans l’administration publique. Cet objectif politique vise à faire des musulmans des citoyens à part pour les soustraire à la culture démocratique de notre pays. Les musulmans ne sont pas des citoyens à part, ils sont des citoyens à part entière qui méritent, eux aussi, de recevoir des services publics de qualité. Pour les islamistes qui prônent la fusion entre l’État et la religion, le voile islamique n’est pas un signe convictionnel, dont l’adhésion est libre, il est une obligation religieuse qui véhicule un projet politique construit autour du séparatisme. Le voile sépare les femmes musulmanes entre « pures » et « impures », le voile sépare les femmes des hommes, le voile sépare les femmes musulmanes « pures » du reste de la société, le voile sépare notre société en communautés de croyants et non croyants régis par des temporalités antagoniques.

Un citoyen pris en otage

Lorsque la communauté nationale n’est vue qu’à travers une juxtaposition de communautés ethniques et religieuses, le citoyen devient l’otage de sa supposée communauté d’appartenance. Comment exercer son libre arbitre ? Que reste-t-il, alors, de la citoyenneté, seul moteur d’un vivre ensemble harmonieux ? Comment ne pas être sensible à la solitude et à l’isolement de celles et ceux qui choisissent d’exercer leur libre arbitre, de rompre avec la norme imposée par l’assignation identitaire ?

Cette offensive politique contre la neutralité de l’Etat se fait dans une grande confusion sémantique. En effet, cette entreprise d’abandon de la neutralité est présentée comme étant l’expression d’une neutralité « inclusive ». Cette manœuvre vise à discréditer le principe intellectuellement aux yeux de l’opinion publique pour le liquider politiquement. La neutralité est par définition inclusive. Ce principe a une portée universelle et met sur le même pied d’égalité croyants et non croyants, religion de la majorité et religions des minorités. Nous, membres du Collectif laïcité Yallah, rappelons une simple évidence : la primauté de la neutralité de l’Etat et du principe d’égalité entre les femmes et les hommes sur toute autre considération et ce, à l’échelle de tout le territoire belge.

*Signataires : Malika Akhdim, militante féministe et laïque ; Radouane El Baroudi, cameraman ; Djemila Benhabib, politologue et écrivaine ; Hamid Benichou, militant associatif ; Yeter Celili, militante féministe et laïque ; Bahareh Dibadj, psychologue ; Kaoukab Omani, éducatrice ; Abdel Serghini, réviseur d’entreprises ; Sam Touzani, artiste, citoyen.

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