Carte blanche sur le port du voile dans les administrations et les écoles: «Libérales et pour!»

Carte blanche sur le port du voile dans les administrations et les écoles: «Libérales et pour!»
Photonews

Ces dernières semaines et suite au dépôt de différentes motions au sein de certaines communes, le débat concernant le port de signes convictionnels au sein des administrations s’éveille à nouveau. Les discussions renvoient automatiquement aux récentes manifestations de collectifs tels que « Les 100 diplômées », ou « Hijabis Fight Back » tant pour le port du voile dans les administrations que dans les écoles. Face à cette actualité, le Mouvement Réformateur semble mettre un point d’honneur à réaffirmer sa position. Pourtant, nous tenons aujourd’hui à mettre en lumière la position de libérales en désaccord avec la ligne de leur parti.

Il convient premièrement de préciser que cette carte blanche se penchera uniquement sur le cas du port du voile pour les femmes musulmanes. Si d’autres signes convictionnels existent, nous pensons que ces débats tournent principalement autour de la question du voile, sans jamais oser le verbaliser. Nous prenons le postulat qu’une fois de plus, les femmes sont en première ligne lorsqu’il s’agit de débats visant à limiter les libertés individuelles, et nous ne pouvons l’accepter en tant que femmes libérales et féministes.

Une société heureuse doit être une société libre

Ces libertés individuelles sont au cœur des valeurs fondamentales du libéralisme. Nous concevons la liberté en son sens donné par la Convention des droits de l’Homme et du Citoyen, comme « consistant à pouvoir faire tout ce qui ne nuit pas autrui, ainsi, l’exercice des droits naturels de chaque homme n’a de bornes que celles qui assurent aux autres membres de la société la jouissance de ces mêmes droits ». Une vision partagée également par d’autres éminents penseurs libéraux (nous citerons Ruwen Ogien ou encore Stuart Mill), selon lesquels une société heureuse est une société libre, au sein de laquelle chacun vit comme il l’entend tant que cela ne nuit pas à autrui.

Cette notion fondamentale d’égalité est intrinsèquement liée à celle d’égalité en droit. Cette égalité en droit, nous la concevons comme une garantie pour chacun·e à l’accès à un travail, et un droit à l’éducation. Nous comprenons qu’il puisse exister des visions différentes, et nous entendons les arguments qui défendent qu’on ne puisse autoriser le port du voile dans les administrations (ou à l’école). Certes, il est possible de considérer que l’égalité de droit de chacun·e doit être garantie par une administration totalement neutre. Cependant, nous déplorons l’absence totale de débat au sein du parti sur cette question, et souhaitons souligner qu’il existe des libérales convaincues que le port de signes convictionnels puisse ne pas entrer en contradiction avec les libertés individuelles.

Oser le débat

Nous avons accueilli avec beaucoup d’enthousiasme les nouvelles lignes du Mouvement, souhaitant se moderniser, se diversifier et s’exprimer sur des débats pour lesquels le parti se faisait habituellement plus absent. Dans cette optique, il serait probablement pertinent de se pencher sur ces questions d’inclusivité et tolérer le débat car les arguments déployés par certain·e·s élu·e·s semblent vouloir nier la question. Nous avons entendu, dans le cas de Molenbeek, « que ces questions ne sont pas les principales en ce moment ». La politique serait donc incapable d’attaquer plusieurs problèmes en même temps ? Nous avons entendu que les priorités étaient l’éducation, la pauvreté, la qualité de vie. Mais l’accès à un travail et une éducation pour toutes, n’est-ce pas là un premier pas vers ces problématiques ? Comme le soulignait le mouvement Hijabis Fight Back, l’arrêt de la cour constitutionnelle du 4 juin 2020 porte atteinte au droit à l’éducation des femmes voilées.

Une dangereuse marche vers la division

Lors du Libre Débat, notre Président de parti soulignait encore l’opposition du MR aux différentes motions déposées dans les communes. On pouvait alors entendre qu’on ne pouvait permettre le port de signes visant à diviser les communautés. Par cet argument, Georges-Louis Bouchez semble vouloir nier que les différences culturelles existent. Nous pensons plutôt qu’interdire l’accès à certains milieux à une certaine communauté, c’est là que se trouve le pas vers la division. Ensuite, le président rappelait très justement que le rôle d’une administration est de traiter sur un pied d’égalité et de respecter les convictions et les orientations de chacun. Le postulat est tout à fait correct, mais débouche pourtant sur une conclusion ferme du parti concernant la question du voile. Respecter les convictions de chacun·e, ne serait-ce pas justement permettre à chaque individu d’exprimer ses convictions sans que cela altère leur service ? Par un enchaînement réflexif qui semble peu se soucier de la réalité du vécu des personnes, la ligne du parti a l’air de vouloir slalomer pour éviter le cœur du débat.

Une incapacité à se moderniser

En réalité, ce manque de volonté criant à entrer au cœur du débat dévoile probablement un problème plus important : l’incapacité pour le MR de se moderniser tout en essayant de satisfaire son électorat conservateur sur un maximum de plans. Pourtant, il devient urgent pour le parti de se permettre d’ouvrir le débat, en interne, concernant ces sujets, et pourquoi pas, offrir une plus grande liberté à ses élu·e·s sur ces questions. En tant que libérales convaincues, nous appelons à considérer la question.

Cet article réservé aux abonnés
est en accès libre sur Le Soir+
Chargement
A la une
Tous

En direct

Le direct

     

    Cet article réservé aux abonnés est exceptionnellement en accès libre

    Abonnez-vous maintenant et accédez à l'ensemble des contenus numériques du Soir : les articles exclusifs, les dossiers, les archives, le journal numérique...

    1€
    le 1er mois
    J'en profite
    Déjà abonné?Je me connecte
    Aussi en Cartes blanches