Carte blanche sur le droit de grève: «L’exercice de la citoyenneté ne se limite pas au dépôt d’un bulletin de vote dans l’urne!»

Carte blanche sur le droit de grève: «L’exercice de la citoyenneté ne se limite pas au dépôt d’un bulletin de vote dans l’urne!»
Belga.

Plus rien ne sera jamais comme avant à la brasserie de Jupille. Le conflit a laissé des traces. Les méthodes d’intimidation et de répression d’AB-InBev ont atteint des niveaux de violence rares. Violence ? Le terme pourrait en choquer certains. Mais comment qualifier autrement le comportement d’une multinationale s’attaquant à des travailleurs qui demandent juste à pouvoir travailler en toute sécurité ? Comment désigner autrement l’intimidation individuelle par SMS, l’intervention d’huissiers, la menace de saisie des biens personnels des grévistes… Tout cela pendant que deux de leurs collègues sont aux soins intensifs après avoir été contaminés sur leur lieu de travail. La violence ne se limite pas aux coups et aux atteintes aux personnes. Humiliations, inégalités, injustices, rapports de domination… La violence est aussi sociale.

Jusqu’aux pires excès

Cela fait trop longtemps que la démocratie sociale est malmenée. Intimidations, stigmatisation et licenciements de délégués, mépris et refus de la concertation sociale, non-respect des procédures, instrumentalisation judiciaire des conflits sociaux, entraves au droit de grève… Les déléguées et délégués syndicaux – des femmes et des hommes dont le seul tort est de s’engager pour le bien-être de leurs collègues, une meilleure organisation du travail et une plus juste répartition des profits – sont attaqués de toutes parts et de toutes les manières, certains patrons se laissant aller aux pires excès.

Ce sentiment d’impunité patronal ne vient pas de nulle part. Il est encouragé par l’indifférence de beaucoup face à ces attaques inacceptables mais aussi et surtout par la franche hostilité de certains politiques et médias à l’égard des syndicats et de leurs militantes et militants.

« Je ne suis pas contre le droit de grève… mais ». Voilà bien un argument qui en rappelle un autre. Peut-être faudrait-il rajouter « J’ai moi-même un ami syndicaliste » pour être tout à fait complet. Car, même s’il faut évidemment se garder de tout amalgame, il faut bien reconnaître que les faux amis du droit de grève et les vrais racistes ont ceci de commun : ils avancent masqués.

Ruses et louvoiements

Ils n’osent évidemment pas s’attaquer frontalement à un droit collectif qui fut à l’origine de nombreuses conquêtes démocratiques et sociales – suffrage universel, journée des 8 heures, congés payés, réduction de l’écart salarial femmes-hommes, sécurité sociale… Alors, ils rusent, ils louvoient. S’attaquent aux « excès » du droit de grève, stigmatisent des « comportements inacceptables et égoïstes » – occultant systématiquement les causes du conflit social et la responsabilité patronale –, mettent en avant la « liberté individuelle » et la « liberté de travailler »…

Comme si l’action collective avait perdu toute sa pertinence alors que les inégalités ne cessent de se renforcer, comme si la grève n’était pas l’arme de ceux qui n’en ont pas d’autre, la solution de dernier recours, qu’elle se menait pour le plaisir et sans perte de salaire, comme si l’exercice de la citoyenneté se limitait au dépôt d’un bulletin de vote dans l’urne…

Le service minium, trophée idéologique

Cette ligne dure et réactionnaire a trouvé son expression dans la loi avec l’instauration du « service minimum » dans les transports publics. Imposé malgré sa faible faisabilité et au mépris de la sécurité, ce dispositif faisait évidemment office de trophée idéologique pour la droite. Mais son réel objectif était aussi et surtout de tenter d’affaiblir la capacité de mobilisation des travailleurs des services publics et, plus largement, du monde du travail au niveau interprofessionnel. Dans ce cadre, on ne s’étonne évidemment pas non plus que les revendications de la FGTB pour le renforcement de la présence syndicale dans les PME (via l’abaissement des seuils) soient systématiquement ignorées. Parallèlement à cet arsenal législatif, on a vu se multiplier les procédures judiciaires à l’encontre de militants et militantes ayant participé à des actions collectives sur la voie publique ou devant des entreprises. Plus largement, c’est l’ensemble des mobilisations sociales et mouvements citoyens – militant pour l’environnement, la santé, les droits des migrants… – qui ont été davantage contrôlés, surveillés, réprimés.

Attaques idéologiques et politiques, condamnations judiciaires, répression dans les entreprises et dans les rues… La coupe est pleine ! La démocratie sociale est indissociable de notre modèle démocratique. Cette évidence, la FGTB, dans l’ensemble de ses composantes, entend bien la rappeler au futur gouvernement et faire de la lutte pour les libertés syndicales et démocratiques une de ses principales priorités dans les semaines, mois et années à venir.

*Signataires : Thierry Bodson, Jean-François Tamellini, Sabine Libert, FGTB wallonne ; Eric Neuprez, Andrea Della Vecchia, Geoffrey Goblet, Centrale générale FGTB ; Myriam Delmée, Françoise Bernard, SETCa-FGTB ; Patrick Lebrun, Michel Meyer, IRW-CGSP ; Hillal Sor, MWB-FGTB ; Tangui Cornu, Michèle Duray, FGTB Horval ; Daniel Maratta, FGTB-UBT ; Simon Darimont, Jeunes FGTB.

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